MAURY Léa [née TOUSSENEL Léa, Louise, Juliette]. Pseudonyme à Moscou : FLAMAND Lucienne

Par Daniel Grason, Claude Pennetier

Née le 24 mars 1905 à Béthancourt-le-Haut (Haute-Marne), morte le 22 novembre 1943 des suites d’un accident dans le Nord) ; élève de l’École léniniste internationale de 1933 à 1934 ; militante communiste ; comptable puis journaliste à l’Humanité ; résistante.

Léa Maury (Arch. PPo D.R)
Léa Maury (Arch. PPo D.R)

Fille de François Jules Toussenel, petit agriculteur et de Louise Bœuf, institutrice de village, Léa Toussenel titulaire du brevet supérieur, travailla à seize ans dans l’industrie textile à Chaumont et à Troyes dans l’Aube. Elle adhéra aux Jeunesses communistes en 1924 puis quitta cette région pour aller vivre à Paris en 1926, où elle apprit la comptabilité. Travaillant chez Damoy à Ivry-sur-Seine, elle était en 1932-1933 secrétaire du syndicat de l’Alimentation de la région parisienne puis aide comptable à la mairie communiste d’Ivry-sur-Seine.
Léa Toussenel épousa Georges Charles Maury, le 22 octobre 1905 en mairie du IIe arrondissement de Paris. Ils eurent comme témoins un chauffeur domicilié dans le XVe arrondissement de Paris et un entrepreneur habitant à Condes en Haute-Marne. Un fils naquit en 1929. Leur mariage a été dissous par Jugement de divorce rendu le 25 janvier 1939 par le Tribunal civil de Corbeil (Seine-et-Oise, Essonne).
Elle étudia pendant deux ans à l’École léniniste internationale de Moscou, en 1933-1934, sous le pseudonyme de Lucienne Flamand. À son retour, elle fut rédactrice à la Vie ouvrière, puis à L’Humanité.
Dans le quotidien communiste elle rédigeait d’une plume alerte elle écrivait dans la rubrique sociale d’une plume alerte sur les conditions de travail et de vie des femmes. Le 30 avril 1936, elle appelait à un 1er mai des midinettes et à la participation « aux manifestations décidées par les organisations syndicales ».
Le 10 mai 1936, elle titrait son article « Quand les midinettes en ont assez ! » Elle rappelait que pendant la guerre de 1914-1918, en mai 1917 la bataille faisait rage sur le front. La vie avait augmenté « dans des proportions fantastiques ». Le 14 mai « 250 ouvrières de la maison Jenny désertaient les ateliers des Champs-Élysées. » Le mouvement s’étendit dès le lendemain à sept autres maisons. Elles manifestèrent sur les Grands boulevards « Aux cris de : À bas la guerre ! »
Le 11 mai, elle relatait l’entrée dans la grève de « 150 midinettes de la maison Molyneux », elle mentionnait la grève de 1935 où 4.000 ouvrières de la haute couture étaient dans la rue. Le 15 mai 1936, reportage sur le Foyer féminin du 6 bis rue du Retiro qui servait « plus de 1.000 repas par jour entre 11 et 14 heures. »
Le 16 mai 1936 « Le déjeuner aux Tuileries ». Elle relatait ses rencontres :« Nous avons déjeuné hier au restaurant avec les midinettes. Dans tout le quartier de la rue de la Paix et des Champs-Élysées, il y a aussi des petits commerçants qui s’efforcent de servir des repas à des prix abordables pour les midinettes. […] Mais bien des cousettes, surtout des jeunes, déjeunent d’un « crème et d’un sandwich au bar » ou bien prennent leur repas sur un banc des Tuileries. »
Elle s’adressa à plusieurs d’entre-elles : « Pourquoi n’allez-vous pas dans un restaurant féminin où un prix fixe bon marché ? Pensez-vous la cuisine y est infecte, répond l’une. Nous préférons manger un sandwich, et, parfois quand nous sommes riches, nous offrir un déjeuner à peu près. Pour bien manger dans le quartier, me dit l’autre, il faut compter de 7 à 8 francs. Elle n’exagère certes pas, la petite cousette. 7 et 8 francs, dit une brunette qui parait vingt-cinq ans, mais c’est presque le gain d’une demi-journée de travail ! »
Une autre femme : « J’ai deux enfants, madame, mon mari est un bon ouvrier, mais depuis trois mois, il chôme. Alors croyez-vous qu’avec sa seule allocation de chômage, 18 francs par jour, ils peuvent vivre tous les trois ? »
« Moi, je me fais à peine 180 francs par semaine, et je suis bien payée. Mais avec cela, je ne puis pas m’offrir le restaurant. J’apporte à dîner, comme cela c’est moins cher. »
Le 16 mai, elle titrait : « Le déjeuner aux Tuileries » un reportage sur la vie des jeunes femmes de la couture. « Nous avons déjeuné hier au restaurant avec les midinettes. Dans tout le quartier de la rue de la Paix et des Champs-Élysées, il y a aussi des petits commerçants qui s’efforcent de servir des repas à des prix abordables pour les midinettes. […] Mais bien des cousettes, surtout des jeunes, déjeunent d’un « crème et d’un sandwich au bar » ou bien prennent leur repas sur un banc des Tuileries. »
Elle demanda : « À plusieurs d’entre-elles : « Pourquoi n’allez-vous pas dans un restaurant féminin où un prix fixe bon marché ? »
« Pensez-vous la cuisine y est infecte, répond l’une. Nous préférons manger un sandwich, et, parfois quand nous sommes riches, nous offrir un déjeuner à peu près. »
« Pour bien manger dans le quartier, me dit l’autre, il faut compter de « 7 et 8 francs, dit une brunette qui parait vingt-cinq ans, mais c’est presque le gain d’une demi-journée de travail ! » Elle n’exagère certes pas, la petite cousette.
Une autre femme : « J’ai deux enfants, madame, mon mari est un bon ouvrier, mais depuis trois mois, il chôme. »
Alors croyez-vous qu’avec sa seule allocation de chômage, 18 francs par jour, ils peuvent vivre tous les trois ?
« Moi, je me fais à peine 180 francs par semaine, et je suis bien payée. Mais avec cela, je ne puis pas m’offrir le restaurant. J’apporte à dîner, comme cela c’est moins cher. »
Le 17 mai 1936 elle relatait « La journée d’une « Arpète », des petites mains de la couture. Des midinettes débutantes qui travaillaient 48 heures par semaine pour moins de 50 francs. Elle relevait qu’il fallait « déduire de cette somme les frais de métro, l’argent de poche ». Elle en déduisait qu’il ne restait « de quoi déjeuner au restaurant. »
Le 3 août 1936 dans sa rubrique « Sur le front du travail » L’Humanité relevait que dans la métallurgie parisienne les patrons résistaient « à l’application du contrat collectif. » Elle demandait l’exonération des loyers pour les chômeurs. Elle écrivait : « Voilà une revendication que les sans-travail demandent depuis des années déjà.
Qu’on fait dans ce domaine les précédentes législatures ? « Rien de positif malgré les multiples interventions communistes. » Exemple à l’appui, Léa Maury dénonçait les expulsions, notamment « celle d’une chômeuse du quartier Saint-Fargeau [qui] a eu la stupéfaction en rentrant de chercher son lait, de trouver un cadenas à sa porte : elle était expulsée. »
Le 17 août elle dénonçait « Le scandale des centres d’éducation professionnelles » à Amboise dans l’Indre-et-Loire. « Ce scandale doit cesser ! » écrivait-elle. « On ne peut pas permettre d’ouvrir des centres dits « d’éducation professionnelle » et d’y faire travailler des chômeurs sans les payer […] Les chômeurs veulent du travail, mais du travail rétribué et non du travail sans salaire. » Elle demandait au gouvernement d’intervenir.
Le 5 novembre, elle appelait à renforcer les comités d’aide pour soulager « la détresse des sans-travail et de leurs petits. » Et demandait « Des vêtements chauds du charbon pour les chômeurs ! » Le 7 décembre, elle écrivait sur le travail des « Femmes à la chaîne » dans l’usine Lebaudy à Paris (XIXe arr.). « L’ouvrière doit surveiller et servir la machine. Attention aux doigts, une seconde d’inattention et la scie coupe la chair en même temps que le lingot de sucre. Un autre système c’est la machine automatique, on retrouve là la même infernale cadence, les mêmes risques d’accident. »
Elle écrivit dans L’Humanité jusqu’à l’interdiction du Parti communiste en 1939.
Il est possible qu’elle se confonde avec Léa Maury, signalée par Jacques Varin comme "candidate sur la liste communiste aux élections municipales de 1935 à Bonneuil-sur-Marne", candidate de principe car les femmes étaient inéligibles. Elle eut un fils avec Pierre Delon qu’elle prénomma Pierre.
Dès le début de la guerre, Léa Maury participa à des actions illégales.
Le 16 décembre 1942, le Juge d’Instruction de Vesoul dans les Vosges émettait un mandat d’arrêt contre Léa Toussenel pour « activité communiste ». Il signalait qu’elle avait quitté son domicile du 83 rue du Faubourg Saint-Denis le 14 décembre 1942 et qu’elle était l’amie de Pierre Delon ex-chef de service au journal L’Humanité. Elle était mère de deux enfants Georges seize ans et Pierre trois ans
Recherchée à Rouen elle passa dans le Nord où elle travailla parmi les jeunes. Une nuit, roulant à vélo, elle fut grièvement blessée par un camion. Ayant demandé qu’on brûle les papiers qui se trouvaient dans son sac, elle mourut et fut inhumée sous un faux état civil. Son acte de naissance porte la mention : « Décédée le 22 novembre 1943 à Lille (Nord). »
Sa sœur, Nelly Feld née Toussenel, devint rédactrice à L’Humanité et secrétaire de Jacques Duclos.
Son fils, Pierre Toussenel fut co-secrétaire général du SNES.
La Municipalité de Bonneuil dans le Val-de-Marne donna son nom à un gymnase de la ville.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article73832, notice MAURY Léa [née TOUSSENEL Léa, Louise, Juliette]. Pseudonyme à Moscou : FLAMAND Lucienne par Daniel Grason, Claude Pennetier, version mise en ligne le 27 avril 2021, dernière modification le 5 mai 2021.

Par Daniel Grason, Claude Pennetier

Léa Maury (Arch. PPo D.R)
Léa Maury (Arch. PPo D.R)

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 1006. – Arch. PPo. 77 W 506-197055. – Collection de L’Humanité, 1936. – Georges Cogniot, Parti pris, tome 1, Éditions sociales, 1976, p. 393. – Jean-Marie Fossier, Zone interdite – Nord Pas-de-Calais, préface de Marcel Paul, [Bonneuil-sur-Marne, une histoire millénaire, Ed. Servédis, 1988, p. 211. – État civil de Béthancourt et de Lille. – État civil acte de mariage numérisé mairie du IIe arrondissement 2M 214_B n° 86.

Photographie : Arch. PPo. GB 160 (D.R.)

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