PROVOST Pierre, Ferdinand

Par Claude Pennetier

Né le 28 novembre 1895 au Port-Marly (Seine-et-Oise, Yvelines), mort le 8 octobre 1986 à Villejuif (Val-de-Marne) ; militant communiste ; déporté ; conseiller municipal de Villejuif (Seine, Val-de-Marne) de 1947 à 1953.

, 1919, au retour du Front d’Orient,

Fils d’un journalier devenu militaire, maréchal ferrant et couturière, Pierre Provost, fut élévé au sein d’une "dynastie familiale, liée au Compagnonnage des Arts et artisanats du métal."

Apprenti serrurier, il se syndiqua en 1911 et fréquenta le groupe des Temps nouveaux installé à Bezons (Seine-et-Oise, Val-d’Oise). Ancien combattant, il fit partie du Comité de la IIIe Internationale et, en 1920, adhéra aux Jeunesses socialistes. Le 16 mai 1921, il devint membre du comité national de la Jeunesse communiste au cour du congrès national et, le 12 juillet suivant, devint gérant du journal L’Internationale des jeunes. Il fut nommé en 1922 membre du comité directeur de la fédération de Seine-et-Oise. Gérant du mensuel Le Jeune camarade à partir de juillet 1922, il obtint un passeport pour Berlin et put ainsi se rendre, comme délégué, au 4e congrès de l’Internationale communiste des jeunes à Moscou. Il appartint à la délégation française qui se rendit en janvier à la conférence d’Essen (Allemagne) organisée à l’approche de l’occupation de la Ruhr par les troupes françaises. Il fut arrêté au siège du Parti communiste le 13 avril mais bénéficia d’un non-lieu le 13 juin suivant.

Membre du Comité d’entente régional des Jeunesses communistes (IVe Entente), il s’occupait comme éducateur d’un groupe d’enfants, avec Rosa Michel et Maurice Honel, dans le cadre d’une organisation des loisirs et d’éducation prolétarienne. Secrétaire du rayon communiste de Bezons en 1924 (parfois identifié sous le nom de Pierre Prévost), il devint en 1927 secrétaire général de La Revue syndicale de documentation économique (trois nos parus à partir de février 1927), créée à l’initiative de Jacques Duclos, et qui servait de couverture aux activités de renseignement dans les usines et arsenaux d’armement, selon A. Rossi.

En avril 1927, il fut arrêté sous l’inculpation d’espionnage dans l’affaire du « réseau Crémet » et condamné par la 11e chambre du tribunal civil de la Seine à deux ans de prison, 2 000 F. d’amende et cinq ans de privation de ses droits civiques. Incarcéré à Fresnes, il vit sa peine confirmée en appel le 14 décembre. Il devait être réhabilité par arrêt de la Cour d’assises de Paris, le 12 avril 1946.

En 1928, il fut présenté comme candidat du Bloc ouvrier et paysan par le bureau politique aux élections législatives dans la 2e circonscription de Corbeil (Seine-et-Oise, Essonne) et recueillit 10 357 voix au 1er tour, et 14 895 au second, sur 40 237 inscrits. Battu, il fut candidat au conseil d’arrondissement de Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise, Val-de-Marne) en octobre. Son élection fut annulée du fait de sa privation de droits civiques. Libéré le 12 novembre 1928, Pierre Provost se serait dès lors contenté de militer à la base. Selon Guillaume Bourgeois, "il passe sous les ordres de Henri Robinson auquel il sert de poisson-pilote parmi les milieux ouvriers de l’Ouest parisien".

Mobilisé en septembre 1939, il fut libéré en juin 1940. Le 25 juillet 1941, il fut appréhendé mais relâché le 20 septembre. Il résista avec Robinson. Arrêté à nouveau par la Gestapo le 27 juillet 1943, incarcéré à Fresnes, au fort de Romainville puis à Compiègne, il fut déporté le 17 mai 1944 à Buchenwald (Allemagne) KLB 39705. Il dessina et grava, laissant des documents précieux.

Rapatrié le 26 avril 1945, Pierre Provost fut élu en octobre 1947 conseiller municipal communiste de Villejuif. Il ne fut pas réélu en 1953. Il milita à la FNIDRP et à l’association France-URSS.

Pierre Provost, graveur et résistant, KLB 39705

Il est élevé au sein d’une dynastie familiale, liée au Compagnonnage des Arts et artisanats du métal.

- Sa mère dirige d’abord un atelier de couturières, avant de travailler plus tard avec sa fille pour la haute couture. Elle a grandi dans les ateliers de charronnage des Compagnons du Devoir de son père, dont l’épouse, institutrice, Mère de Cayenne (auberge recevant des compagnons), est écrivain public à l’occasion.

- Son père, taillandier breton, est maréchal-ferrant, au 18è chasseur à cheval de Saint Germain en Laye. Il obtient ensuite une concession de Maître des Forges dans la ferrure de la cavalerie des omnibus parisiens. Républicain fervent, il suit les conférences de la Communarde, l’institutrice Louise Michel, à son retour de déportation en Nouvelle Calédonie.

La formation de P. Provost se fait auprès de maîtres-artisans. Apprentissage professionnel diversifié, éducation sociale et mutualiste ne font qu’un. Il apprend complètement 7 métiers : mécanique, ajustage, outillage, serrurerie, chaudronnerie, charpente Fer et Bois, ferronnerie d’art.

Pacifiste, suivant les discours de Jaurès, il a 19 ans quand la Première Guerre mondiale éclate. Ses deux frères aînés et lui sont mobilisés. A Verdun, blessé par un éclat d’obus, il ramène du Front son général, Marchand, atteint au ventre. Il est décoré d’une Croix de guerre qu’il refuse. En 1916, son frère préféré est tué au Chemin des Dames.
Dirigé par les autorités militaires, vers la Guinée (1916). Il apprend à fabriquer pour celles-ci ses premiers tampons. Puis il est chargé de construire un pont et une partie de la voie ferrée qui suit la boucle du Niger, de Konakry à Kankan. Il parfait alors ses connaissances professionnelles avec des forgerons de village. Ayant contracté le paludisme, il est rapatrié à Fréjus. Breveté des Arsenaux, il est orienté alors vers le Front d’Orient (1917-19), à l’entretien et à la réparation des avions au Parc aéronautique de Salonique (Grèce). Ses nombreux Vases de Paix dans des douilles d’obus datent de cette époque.

Dans l’entre-deux-guerre, il est correcteur de dessin d’Étude et contre-maître d’outillage de précision, aux usines Hispano-Suiza. En 1938, conscient des nouveaux périls de guerre, il adhère à l’association "Paix et Liberté". Dès 40, il prend contact avec la résistance. Il fabrique l’outillage de reproduction et les papiers qui facilitent passage et ravitaillement des juifs, des étrangers, des résistants : cartes d’identité et d’alimentation, passeports, reproductions de timbres et tampons allemands... En 42, la répression s’intensifie. Il se réfugie dans le sud parisien (Villejuif), où il prend en gérance une usine de broyage de roches volcaniques. En mai 1943, sous-lieutenant FTP, il prend une responsabilité importante dans l’appareil technique : fabrication de moteurs clandestins et appareils radios. Mais il assure aussi des distributions de tracts, des sabotages et des livraisons d’armes. Le 27 juillet, à 6h du matin, les époux Provost sont arrêtés par la Gestapo. Sa femme est relâchée. Lui est incarcéré à Fresnes, où il est regroupé dans la division des otages et pour cela transféré au Fort de Romainville, puis en octobre, à Compiègne, Fronstalag 122.

Le 17 janvier 1944, il est déporté à Buchenwald, dans un grand convoi comportant une majorité de résistants : 1985 hommes, entassés par cent, dans des wagons à bestiaux (une évolution vers de la déportation de masse). Détenu, matricule 39.705, il est assigné aux blocks 59, 63 du Petit Camp, puis aux blocks 51, 13 et surtout 31 du Grand Camp. En mars, atteint de dysenterie, transféré au Revier, s’attendant à passer au crématoire, ilest sauvé par des résistants allemands. Il reproduit le tampon du médecin SS du Revier, afin de permettre aux plus faibles de se reposer et de se réalimenter. En souvenir de son fils, agent de liaison, mort à dix-sept ans (1941), ses efforts se portent naturellement vers l’aide en faveur des jeunes détenus. Des enfants sont d’ailleurs cachés au block 31 dont ils sont tous les pères, lui s’occupant particulièrement d’un orphelin de 12 ans.

En raison de ses qualifications professionnelles il est affecté aux usines Siemens-Mi-Bau. Le maître-mot de l’action est : « Travailler au ralenti, saboter invisible ». Des limes sont effilées et camouflées sous des bouteillons de soupe pour être clandestinement introduites dans les blocks. Il participe particulièrement au sabotage du système de pilotage automatique des V1.

Il décide dès son arrivée de fixer la mémoire de ces lieux tragiques dans du métal, parce que c’est un matériau durable. En quinze mois de vie au camp, il réalise quantité de médailles et d’objets (statuettes, briquets, broche avec coffret et bague pour sa femme, et surtout des médailles : de témoignage ou d’amitié, de la Camaraderie - voir article du Patriote Résistant n°897, mai 2015, p.12-13 - et des médailles-Mausolée dédiées aux morts.de Buchenwald et d’Auschwitz..). Les matières premières sont trouvées sur place et récupérées après une patiente et prudente observation, par lui, par la résistance, ou obtenues par troc (parfois d’autres gravures, sur un couteau par exemple) : hêtre, chêne de Goethe après qu’il ait été enflammé par le bombardement des usines, cuivre de l’usine, cuillères d’argent, pièces de 5 marks, noyer des crosses de fusil... Il grave avec des instruments de fortune (baleine de parapluie) ou qu’il fabriquer en échoppe. Il travaille quand les SS s’absentent du camp (alertes aériennes, parfois le dimanche...), toujours clandestinement et avec une garde de protection - dans l’atelier ; au block 31, où il parvient à "tremper" ses métaux ; dans une cachette sous le Revier, avec l’alibi de réparer des instruments de chirurgie, où il intriguera un SS, et s’esquivera pendant que celui-ci est parti chercher un interprète, s’attendant pendant un mois à être appelé à la Tour.

Il participe à la "vie culturelle du camp", aux conférences d’échanges de savoir (notamment manuels/intellectuels), divers poèmes sont dédiées à ses médailles. Il ébauche un projet de réaménagement hydroélectrique de la Seine, afin d’alimenter Paris en électricité, qui sera présenté après guerre au Ministère de la Production Industrielle.

Le 11 avril 1945, Membre de la Brigade française d’Action Libératrice, responsable d’un groupe, il participe à la Libération du camp. Le 27 avril, après avoir aidé à réorganiser le Revier, il est de retour à Paris, en compagnie de malades dont il a la charge. Il rapporte une cinquantaine de visuels, dont des dessins préparatoires à la gravure, des poèmes, beaucoup de photos appartenant aux SS et 4 Carnets de notes et de dessins. Dans l’un d’entre eux, il fait allusion à Goethe, grand collectionneur de médailles : "C’était là qu’était sa vie, sa vraie vie", il inscrit aussi "Savoir espérer, c’est déjà être libre".

Classé artiste-graveur en Médaille par le Ministère de l’Éducation nationale et l’Académie des Beaux-Arts de Paris (1946), on lui commande officiellement de regraver sur acier (technique ancestrale de la taille directe) pour le compte de l’État, les matrices de 2 médailles conçues au Camp : "La médaille des Camps", dédiée à Marcel Paul et "la Médaille de la Déportation" qui concerne tous les Camps.

Il est élu conseiller municipal de Villejuif de 1947 à 1953.

Délégué auprès de Louis Bancel, sculpteur du monument du cimetière du Père Lachaise de Paris, élevé en hommage "Aux disparus de Buchenwald", il est chargé d’évoquer pour lui l’esprit de la résistance.
Il participe à de nombreuses expositions, intervient auprès des scolaires. Il grave encore, dans le chêne, à 84 ans, une stèle dédiée à Dora et s’éteint en 1986 à l’âge de 91 ans.

Les médailles éditées par la Monnaie de Paris sont toujours diffusées parmi les anciens déportés, mais aussi offertes par exemple, au président Vincent Auriol (1963), à Jean Ferrat (1964), à M. Voscherau, ancien premier maire du Land de Hambourg (2014) ...

En 2015, pour la Commémoration du 70è anniversaire de la Libération des Camps, à l’initiative du Mémorial de Buchenwald et Mittelbau-Dora, du Musée de la Résistance nationale de France et de l’Association Buchenwald-Dora et Kommandos, une exposition lui est consacrée sur le site du Camp (11 avril 2015 - 16 j anvier 2016) et une nouvelle médaille, créée par palpage laser, à partir d’une médaille unique dédiée "A la Mémoire des 51300 disparus de toutes nations morts à Buchenwald", est reproduite par l’Hôtel des Médailles et Monnaie de Paris. Elle représente la Place d’Appel le jour où fut élevé l’Obélisque de la Libération du Camp par les détenus, avant la cérémonie de lecture du Serment dans toutes les langues du Camp.

Passages de témoins, faîtes pour se transmettre, les médailles poursuivent aujourd’hui leur mission de vigilance.

Gisèle Provost

Extrait de ©"Mémoire gravée"
d’après manuscrits et archives de Pierre Provost

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article74062, notice PROVOST Pierre, Ferdinand par Claude Pennetier, version mise en ligne le 16 septembre 2009, dernière modification le 17 avril 2021.

Par Claude Pennetier

Portrait de Pierre Provost
Portrait de Pierre Provost
"A mon camarade Provost. Block 31. Buchenwald", dessin au crayon de Jean-Marie Legendre
Exposition des médailles réalisées Buchenwald et ensuite
Exposition des médailles réalisées Buchenwald et ensuite
Couverture du catalogue.
, 1919, au retour du Front d’Orient,
1919, Front d’Orient, Salonique.
Tableau réalisé à Compiegne, Fronstalag 122 (planche, craie, brique écrasée) par le père de Marie-José Chombart de Lauwe. Décembre 1943

SOURCES : Arch. PPo. 50. — Arch. Dép. Seine-et-Oise, 2 M 16/6, 21/4, 4 M 2/28. — Arch. J. Maitron (fiche Batal). — Jacques Varin, J comme JC, op. cit. — J. Humbert-Droz, op. cit. — Maurice Laporte, Les Mystères du Kremlin, op. cit. — A. Rossi, Les Communistes pendant la drôle de guerre, op. cit., p. 95-96. — Guillaume Bourgeois, La véritable histoire de l’Orchestre rouge, Nouveau monde, 2015. — L’Humanité, 12 avril 1927 (photo). — Pierre Provost, La mémoire gravée de Buchenwald, catalogue d’exposition, avril 2015-janvier 2016, Éditions Loubatières.

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