ROSETTE Marcel [ROSETTE Louis, Marcel]

Par Paul Boulland, Claude Pennetier

Né le 3 décembre 1925 à Lyon (Rhône), mort le 19 novembre 2005 à Paris (IVe arr.) ; métallurgiste puis employé ; militant communiste, membre du comité central du Parti communiste ; maire de Vitry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) de 1965 à 1977, sénateur (1977-1986).

Marcel Rosette
Marcel Rosette
Sénat

Originaire de l’Île Maurice, le père de Marcel Rosette était un descendant d’esclaves venus du Mozambique, devenu médecin après des études à Lyon (Rhône) où naquit son fils. Entre 1927 et 1932, Marcel Rosette vécut à Maurice où son père, proche des cercles intellectuels et littéraires créoles, avait une consultation à Saint-Julien. Après la mort de sa mère, en 1932, Marcel Rosette revint vivre en France, près de Bourg-en-Bresse (Ain), dans le village de Chavannes-sur-Suran (Ain) où son père établit son cabinet. Citoyen britannique naturalisé peu avant la guerre, le docteur Rosette fut privé du droit d’exercer la médecine par les décrets du gouvernement de Vichy mais la mobilisation de la population locale contraignit le préfet de l’Ain à le rétablir dans ses fonctions. Marcel Rosette entra peu après au lycée Lalande de Bourg-en-Bresse où il poursuivit ses études secondaires jusqu’au niveau du deuxième baccalauréat. Auditeur attentif de la BBC avec son père, Marcel Rosette participa à un petit groupe d’élèves qui improvisait la propagande gaulliste dans le lycée. Ils entrèrent en liaison avec les mouvements de Résistance par l’intermédiaire de Paul Podia, puis constituèrent à l’automne 1942 un groupe du Front uni de la jeunesse patriotique (FUJP) avec des élèves de l’école normale repliés au lycée Lalande. Le 15 mars 1943, le groupe organisa une manifestation contre le STO à la gare de Bourg-en-Bresse. Avec son père, devenu le médecin des maquis, Marcel Rosette participa à l’AS, notamment comme agent de liaison entre le maquis de Chavannes-sur-Suran et le colonel Romans, au cours de l’été 1943. Revenu au lycée, il intégra les FTP. Arrêté une première fois comme otage à Chavannes-sur-Suran, en avril 1944, il fut relâché en raison de son jeune âge. Recherché par la Milice pour son activité au FUJP, il fut à nouveau arrêté en juin 1944. Relâché faute de preuves, il passa dans la clandestinité. Il donna alors son adhésion au Parti communiste qui fut plus tard datée de 1942 ou 1943 par la commission des cadres. Marcel Rosette participa à la Libération au sein du 1er bataillon FTP puis fut affecté à l’école des cadres jusqu’à sa démobilisation en octobre 1945. Il était titulaire de la médaille de la Résistance.

À la Libération, Marcel Rosette reprit brièvement ses études, interrompues à nouveau par son activité militante. Secrétaire départemental des FFI-FTP de l’Ain de novembre 1946 à janvier 1948, il participait à ce titre au bureau de la fédération communiste. En septembre 1947, il fut encouragé par la direction du Parti communiste à s’orienter vers le monde ouvrier en suivant une formation professionnelle accélérée. Il entra à la Tréfilerie et Câblerie de Bourg (TCB) mais en fut licencié au bout de dix jours en raison de son activité militante. Il travailla ensuite comme ouvrier sur le chantier du barrage de Génissiat (Ain) pendant deux mois avant d’être envoyé à l’école centrale d’un mois du PCF en avril-mai 1948 où il fit forte impression sur les évaluateurs. De retour dans l’Ain, il fut, malgré son jeune âge, un des responsables de la fédération communiste, premier secrétaire jusqu’en 1955, aux côtés du député Henri Bourbon. Il participa de nouveau à une école centrale de quatre mois en 1951, interrompue par les élections législatives de juin. Marcel Rosette noua des liens amicaux durables avec Roger Vailland*, établi dans l’Ain au début des années cinquante. Il inspira au romancier le personnage du jeune secrétaire fédéral Chardonnet dans son ouvrage Beau masque.

En février 1954, Marcel Rosette fut chargé par le secrétariat du PCF de suivre la fédération du Doubs et d’accompagner la création de la fédération du Territoire de Belfort, comme instructeur d’organisation. En juin, il fut délégué au XIIIe congrès du PCF à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) et fit partie de la commission des mandats. A l’automne 1955, il fut nommé directeur adjoint de l’école centrale d’un mois « sur les problèmes du parti », puis comme directeur adjoint de l’école centrale de quatre mois, afin de se préparer à remplacer Paul Courtieu*. Il quitta alors le secrétariat fédéral de l’Ain où il fut remplacé par Émile Machurat* et rejoignit la région parisienne. En juillet 1956, il fut élu membre suppléant du comité central lors du XIVe congrès du PCF. Il ne fut pas reconduit en 1959, lors du congrès suivant. Lorsque l’école centrale s’établit à Choisy, en 1961, il intégra le comité fédéral de Seine-Sud puis à nouveau le comité central, cette fois comme titulaire. En juin 1962, sur la demande de la section de montée des cadres, il vint renforcer le bureau fédéral que quittaient Marie-Claude Vaillant-Couturier et Madeleine Vincent*. Il s’y chargea du travail parmi les intellectuels.

Élu conseiller municipal communiste de Vitry-sur-Seine le 14 mars 1965, il succéda le 21 mars 1965 à Clément Perrot aux fonctions de maire. Il continua de siéger au bureau fédéral, puis à partir de 1966 au comité fédéral du Val-de-Marne, jusqu’à son retrait en 1971, à sa demande, pour se consacrer à son mandat de maire qui venait de lui être renouvelé. Avec Marcel Trigon, il défendit dès 1974, la création d’une association des élus communistes, proposition concrétisée en 1977 par la création de l’Association nationale des élus communistes et républicains (ANECR), dont il devint président. Au sein de l’association et comme membre de la commission des élus du PCF, il fut l’un des principaux responsables communistes pour les questions de gestion municipale, auxquelles il consacra un ouvrage aux Éditions sociales. Passionné d’art contemporain, il fut à l’origine de la création, en 1969, du prix international de peinture contemporaine de la ville de Vitry.

Suppléant de Georges Gosnat pour les élections législatives de 1967, 1968 et 1973 dans la 3e circonscription du Val-de-Marne, il démissionna de son mandat de maire en 1977, à la suite de son élection au Sénat où il fut président du groupe communiste. Deux autres Val-de-Marnais entraient avec lui au Sénat : Charles Lederman et Hélène Luc. Paul Mercieca lui succéda à la première magistrature municipale. À l’issue de son mandat sénatorial, il ne se représenta pas en 1986.

Dans les années 1980, Marcel Rosette manifesta une distance croissante à l’égard de la direction du PCF. En 1987, il quitta la présidence de l’ANECR et le comité central. Engagé dans le courant « Refondations » jusqu’en 1993, il s’exprima dans les colonnes de l’Humanité en faveur des propositions de Charles Fiterman pour le XXVIIe congrès (décembre 1990) et se prononça pour un congrès extraordinaire après la tentative de putsch en Russie, en août 1991. En 2000, il ne reprit pas sa carte du PCF.

Marcel Rosette resta très attaché à l’île Maurice où il se rendait régulièrement et continuait de rencontrer les amis écrivains de son père. En mai 2001, quelques jours après le vote à l’Assemblée nationale d’une loi déclarant la traite négrière et l’esclavage crime contre l’Humanité, Marcel Rosette créa l’Association des descendants d’esclaves noirs (ADEN).

Marié le 12 mai 1953 à Villeneuve (Ain) avec Germaine Tortillet, sténo-dactylo, militante communiste, divorcé en septembre 1974, il s’était remarié le 7 février 1975 à Paris (XVIIe arr.) avec Marcelle Michon, secrétaire de direction à l’Humanité.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article74151, notice ROSETTE Marcel [ROSETTE Louis, Marcel] par Paul Boulland, Claude Pennetier, version mise en ligne le 19 septembre 2009, dernière modification le 10 septembre 2015.

Par Paul Boulland, Claude Pennetier

Marcel Rosette
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SOURCES : Arch. Dép. Val-de-Marne, 1Mi 2426. — Arch. Com. Vitry. — Arch. comité national du PCF. — l’Humanité 13 novembre 1990 et 21 novembre 2005 — Le Mauricien, 13 janvier 2008 — G. Blanc-Césan, Les maires du Val-de-Marne, 1988. — État civil de Lyon Ier (extrait), 7 mai 2003. — Les 10000 dirigeants politiques français, 1977-1978 — Histoires peu ordinaires de lycéens ordinaires, Association Résistance Lycée Lalande, 1995.

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