JOSSET Émilienne, Henriette

Par Michèle Rault

Née le 10 septembre 1916 à Mareuil-sur-Ay (Marne), morte le 9 janvier 2007 à Paris (XIVe arr.) ; secrétaire ; permanente de la JOCF ; fondatrice et animatrice d’une communauté de femmes chrétiennes laïques à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).

Fille d’Émile Josset, propriétaire vigneron, et de Marie-Henriette Tixier, Émilienne Josset eut une enfance marquée par les importantes difficultés matérielles que rencontra sa famille et par les décès successifs de son frère et de son père. Elle fut élevée dans la religion catholique par sa mère et poursuivit sa scolarité jusqu’au certificat d’études. À l’âge de treize ans, elle commença à travailler en faisant du secrétariat dans les caves de champagne de sa région natale.

En 1936, elle vint vivre à Reims (Marne) et trouva un emploi chez un photographe qui lui confia quelques mois plus tard sa boutique de Châlons-sur-Marne (Marne). À Reims, elle prit contact avec le vicaire de sa paroisse qui l’engagea à adhérer à la JOCF. Elle anima alors des réunions jocistes au plan local et, en particulier, au foyer rémois de jeunes filles, créé par les industriels de la région. En 1938, elle fut désignée permanente régionale JOCF pour la Marne, les Ardennes et une partie du département de l’Aisne. Elle fut amenée à rencontrer l’abbé Godin, aumônier du mouvement, et Emmanuel Suhard, archevêque de Reims, lorsqu’il réunit les jocistes de la région.

En 1939, Émilienne Josset vint à Paris à la demande de la direction nationale de la JOCF. De 1941 à 1943, elle fut membre du secrétariat national de la JOCF pour la zone occupée qu’elle parcourut, chargée de suivre l’édition des bulletins des sections locales et du journal de la JOCF. En 1944, à l’âge de vingt-huit ans, elle quitta la JOCF alors qu’elle s’interrogeait sur les moyens à mettre en œuvre face à la déchristianisation du monde ouvrier et rural décrite par les abbés Godin et Daniel dans leur livre La France pays de mission ? Elle fit part de cette recherche à François Laporte, professeur au séminaire et aumônier de l’Action catholique de Reims ainsi qu’à Louis Augros, supérieur de la Mission de France. Elle s’engagea à rencontrer Madeleine Delbrêl, à prendre contact avec des congrégations religieuses et à suivre les initiatives qui avaient déjà été prises comme celle des Travailleuses chrétiennes.

Ces différentes démarches la conduisirent à proposer la création résolument nouvelle d’un laïcat missionnaire féminin lié à la Mission de France et à la Mission de Paris. Elle participa alors à plusieurs réunions qui rassemblèrent des prêtres – Louis Augros, Jean Ferté, François Laporte, Jacques Lorenzo, Yvan Daniel – et des militantes d’Action catholique. Avec eux, elle adopta, en août 1943, un texte précisant les bases de l’organisation d’une communauté missionnaire dont le but était de mener un apostolat dans le monde ouvrier. De retour à Reims où elle devint responsable d’un foyer, Émilienne Josset créa et anima une communauté qui réunit des militantes d’Action catholique. Elle assura la liaison avec les communautés qui s’étaient mises en place à Paris, Rouen et Bordeaux.

En novembre 1944, elle prit la décision de venir vivre à Paris et de former une communauté avec des équipières qui, en quittant leur ville, leur travail et leur milieu pour vivre ensemble, donnèrent naissance à la Mission de France féminine qui prit, à partir de 1966, le nom d’Équipes d’Ivry. Émilienne Josset s’établit dans la proche banlieue, au Kremlin-Bicêtre (Seine, Val-de-Marne), là où des prêtres de la Mission de Paris avaient une équipe. Dès le mois de décembre 1945, elle assura les sessions de formation des équipières, à Nogent-sur-Marne (Seine, Val-de-Marne) puis à Ivry-sur-Seine à partir de 1946. De concert avec François Laporte, qui avait rejoint la Mission de Paris, elle fut la responsable de cette équipe féminine qui se donnait pour vocation l’évangélisation de la classe ouvrière par le partage des conditions de travail, de vie et d’engagement. Outre le recrutement et la formation, elle organisa l’envoi des équipes – au nombre de dix-huit totalisant cinquante membres en 1957 – dans des centres industriels et ruraux puis en Algérie et en Tunisie en liaison avec l’implantation des prêtres de la Mission de France.

À partir de 1958, Émilienne Josset cessa progressivement d’avoir la responsabilité des équipes. En mai 1959, elle fut élue au sein d’une équipe responsable qu’elle quitta en septembre 1960. L’année suivante, elle trouva un emploi chez l’éditeur du Dictionnaire contemporain, puis elle travailla à La Gazette des hôpitaux jusqu’à sa retraite en 1977.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article74374, notice JOSSET Émilienne, Henriette par Michèle Rault, version mise en ligne le 26 septembre 2009, dernière modification le 5 septembre 2011.

Par Michèle Rault

SOURCES : Archives des équipes d’Ivry, CAMT-Roubaix. — Jean Giard, Cinquante ans aux frontières de l’Église. De la Mission de France aux Équipes d’Ivry, L’Harmattan, 1995. — Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule, Une histoire de la Mission de France. La riposte missionnaire, 1941-2002, Karthala, 2007. — Michèle Rault, « Femmes missionnaires en banlieue rouge », La Mission en France des années 1930 aux années 1970. Nouvelles approches, Karthala, 2009. — Michèle Rault, « Missionnaire dans le monde ouvrier : naissance de la Mission de France féminine », L’autre visage de la mission : les femmes , Karthala, 2011. — Témoignage d’Émilienne Josset.

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