FÉLINE Georges, Germain

Par Claude Pennetier

Né le 2 avril 1858 à Bourges (Cher) ; ouvrier cordonnier, cabaretier-restaurateur puis représentant de commerce ; militant socialiste de Bourges (Cher), de Vierzon (Cher) puis de Paris et de Bonneuil-sur-Marne (Seine, Val-de-Marne) ; coopérateur.

Fils de Guillaume Féline « maréchal » et Henriette Vilain « sans profession » , ouvrier cordonnier devenu cabaretier à Bourges, veuf de Claire Bourdeau, marié à Paris (XIIe arr.) le 6 mars 1915 avec Marguerite Antoinette Trocelier, Georges Féline représentait, en 1882-1883, la tendance révolutionnaire d’inspiration « blanquiste » dans le Cercle ouvrier local. Il laissa les ouvriers des Cuirs et Peaux de la maison Chollet-Lecerf fêter l’anniversaire de la Commune de Paris dans son restaurant, le 18 mars 1883. Militant du Comité révolutionnaire central (CRC) dirigé par le vierzonnais Édouard Vaillant, il provoqua, le 1er novembre 1883, le chahut au compte rendu de mandat du conseiller général socialiste de Bourges, Cougny père. Celui-ci, isolé au conseil, s’était allié aux radicaux ; Féline déclara « que les révolutionnaires ne peuvent s’associer aux radicaux » (Le Républicain socialiste du Centre, 4 novembre 1883). Il était le responsable pour Bourges du Républicain socialiste du Centre créé en juillet 1883.

Georges Féline s’installa à Vierzon en novembre 1883 et s’affirma comme un des principaux dirigeants blanquistes de ce bastion du CRC. Son rôle fut important dans le soutien à la grève des ouvriers métallurgistes de Vierzon en 1886. Un rapport de gendarmerie l’accusait – sans preuve – d’être avec Eugène Baudin et une vingtaine d’autres socialistes, détenteur d’armes abandonnées par l’armée pendant la guerre de 1870 (6 septembre 1886, Arch. Dép. Cher, 33 M 128). Pendant la grève, il créa avec Édouard Vaillant et Pierre Forest le journal La République sociale (octobre 1886-mars 1887). Il aurait été conseiller municipal d’une des communes de Vierzon. Sans doute ne trouva-t-il plus de travail à Vierzon après la grève de 1886, car il partit à Paris vers 1889-1890.

Domicilié 22 rue de Bagnolet, à Paris (XXe arr.), il signa aux côtés de Vaillant, Emmanuel Chauvière, Étienne Susini et Émile Landrin, les proclamations et manifestes du CRC en 1889 et fit partie de la délégation qui, le 1er mai 1890, se présenta au Palais-Bourbon. Il avait été l’un des organisateurs, pour les groupes blanquistes et la Fédération nationale des syndicats et groupes corporatifs, du congrès ouvrier socialiste international de 1889, salle Pétrelle. En octobre-novembre de l’année précédente, il avait assisté comme délégué au IIIe congrès national des syndicats et groupes corporatifs ouvriers de France tenu à Bordeaux – Le Bouscat. Féline appartint au Parti socialiste révolutionnaire, nouvelle appellation à partir du 1er juillet 1898, du Comité révolutionnaire central.

Administrateur de la société « L’Économie sociale de Charonne » (XXe arr.), Féline fut un des rares blanquistes venus à la coopération. Membre du comité central de l’Union coopérative, de 1892 à 1896, Féline était également administrateur du Magasin de Gros, fondé en 1886. Après la faillite de cet organisme en 1895, il entra au service de maisons commerciales. Il quitta le Comité central en 1896. À partir de cette date, il ne joua plus aucun rôle à l’intérieur du mouvement coopératif ni à la tête des organismes centraux, mais « ses relations avec le mouvement coopératif continuèrent et lui valurent une réputation d’habile et insinuant courtier demeurée longtemps fameuse chez les coopérateurs » (J. Gaumont, op. cit., t. II ; p. 259).

Georges Féline fut candidat aux élections municipales de Bonneuil-sur-Marne (Seine, Val-de-Marne), le 30 novembre 1919, sur la liste d’Union républicaine des intérêts généraux de Bonneuil, opposée à la municipalité sortante. Sa liste se situait à gauche mais Féline, qui se présentait comme « ancien conseiller municipal de Vierzon », ne précisait pas son appartenance politique. Il obtint 90 voix sur 213 votants au premier tour et, fut battu au second. Les listes électorales lui attribuaient comme domicile 117 avenue de Paris. Au recensement de 1921, il vivait 33 rue de Paris, avec son épouse Marguerite (née en 1880 à Paris), sa belle-fille Lucie Clerc (née en 1902 à Paris, sténodactylo), son beau-fils Robert Clerc (né en 1910 à Paris) et son fils Georges (né en 1916 à Bonneuil-sur-Marne).

La famille Féline quitta Bonneuil en 1925, pour habiter à Paris, 72 avenue de Choisy (XIIIe arr.).

Georges Féline est l’auteur compositeur de plusieurs chansons sociales dont La Grève générale, publiée vers 1910. La signature de Georges Féline figurant sur un texte de chanson, Le Grisou, envoyé à Louis Bouillot, militant de Bourges, indique qu’il était franc-maçon. Le document n’est pas daté mais il doit être antérieur à 1914.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article74445, notice FÉLINE Georges, Germain par Claude Pennetier, version mise en ligne le 29 septembre 2009, dernière modification le 19 août 2020.

Par Claude Pennetier

ŒUVRE : Collaboration aux journaux cités dans le texte. — « Le socialisme dans le Cher », Almanach de la question sociale, 1891. — Georges Féline est l’auteur de nombreuses chansons sociales : La Grève générale (1910), reproduite dans l’ouvrage de Robert Brécy*, Florilège de la chanson révolutionnaire, p. 203 ; Nous les fils de 93, musique de A. Krantz (BN Fol Vm7 6299 — dépôt légal 1911). Robert Brécy* n’a pas retrouvé les textes et chansons cités dans le catalogue de la Chanson du Peuple en 1912 : n° 251 — Le Grisou (diction), n° 899 — Chanson de printemps, n° 958 — Vous nous appelez canaille, n° 960, Les retraites pour les morts.

SOURCES : Arch. Dép. Cher, 33 M 116, 33 M 128. — Arch. Paris, D2 M 2 n° 93 et listes électorales. — Claude Pennetier, Le Socialisme dans le Cher (1851-1921), La Charité, 1982. — Claude Pennetier, « La presse ouvrière du Cher sous la Troisième république », Cahiers d’archéologie et d’histoire du Berry, n° 50-51, septembre-décembre 1977.— Jean Gaumont, Histoire de la coopération, op. cit., t. II. — Compère-Morel*, Grand Dictionnaire socialiste, 1924.
Jean-Jacques Rossignol, Fraternels destins. Des Rossignols à Vierzon. Le combat de Jules, Éditions Valmont, Vierzon, 2018 (un descendant de Jules Rossignol propose une version romancée, mais très documentée de la vie de Jules Rossignol, dans laquelle apparaît Féline, présenté comme le représentant du courant révolutionnaire et même anarchisant du mouvement ouvrier du Cher, portrait qui peut-être contesté).

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