COLIN René, Émile

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 14 juillet 1903 à Lons-le-Saunier (Jura), mort le 3 août 1993 à Feurs (Loire) ; ouvrier corroyeur, employé de coopérative, chef du personnel de la Famille nouvelle puis directeur commercial ; syndicaliste du Rhône et du Jura ; militant communiste ; maire adjoint de Villejuif (Seine, Val-de-Marne) de 1929 à 1935, député de la 1re circonscription du XVIIIe arrondissement (1936-1940) ; membre de l’équipe de Maurice Tréand.

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]

Fils d’un tailleur d’habits et d’une couturière, aîné de cinq enfants, René Colin quitta l’école pendant la Première Guerre mondiale et travailla comme manœuvre puis comme ouvrier corroyeur à Lons-le-Saunier. Il adhéra au syndicat des Cuirs-et-Peaux en 1919 après une grande grève. Arrêté à plusieurs reprises pour son action syndicale, il dut quitter sa famille et aller chercher du travail à Lyon (Rhône) où il participa aux grèves de 1920-1921. Il rejoignit, en 1924, les Jeunesses communistes à son retour du service militaire fait dans la Ruhr et, le Parti communiste deux ans plus tard (cependant dans son autobiographie pour la commission des cadres, il donnait comme date d’adhésion au PC novembre 1924). En 1925, il cumulait les fonctions de responsable des JC du Jura, de secrétaire adjoint de l’UD-CGTU, d’administrateur de la Bourse du Travail de Lons-le-Saunier, de secrétaire de la section locale du SRI, de secrétaire du syndicat des Cuirs et Peaux. Colin milita à partir de 1926, dans le XIIIe arrondissement de Paris et dirigea des grèves dans la corporation des Cuirs et Peaux. Il fut secrétaire de cellule et membre du comité du sous-rayon du XIIIe arrondissement puis secrétaire de cellule à Villejuif et secrétaire du sous-rayon (1928-1930). Il fut donc mêlé à la vie mouvementée du 4e rayon de la région parisienne marquée par la présence d’oppositionnels influents. La commission des cadres notait en 1933, en présentant son autobiographie, « Me paraît cependant assez distant sur les luttes politiques dans l’ancien 4e rayon en 1928-1929 ».

À partir de 1932 il se consacra à la coopération et siégea au conseil d’administration de la « Famille nouvelle » dirigé par Maurice Tréand. La police le qualifiait de "chef du personnel".

René Colin devint troisième adjoint au maire de Villejuif (Seine) le 21 mai 1929 et le resta jusqu’en 1935 (municipalité Paul Vaillant-Couturier). Il était secrétaire du comité local du Secours rouge international (SRI) et du sous-rayon communiste. Colin se présenta aux élections municipales de mai 1935 dans le XVIIIe arrondissement de Paris (deuxième circonscription des Grandes-Carrières). Il recueillit 1 918 voix au premier tour et 2 648 au second.

Le Parti communiste présenta René Colin aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936 dans la première circonscription du XVIIIe arr. Ses suffrages s’élevèrent, au premier tour, à 5 827 sur 21 605 votants et 24 460 inscrits (Legendre n’en avait recueilli que 3 040 sur 20 471 votants en 1932). Le candidat socialiste Rul (2 456 voix) se désista en sa faveur, tandis que les voix du néo-socialiste Montagnon (5 392) se partagèrent entre le représentant de la droite et le communiste. Colin fut élu au second tour avec 10 858 voix sur 21 239 votants. Au Palais Bourbon, il siégea aux commissions du Commerce et de l’Industrie, à celle des PTT et, de l’Aéronautique. Il présenta en 1939, au nom du groupe communiste, une résolution proposant la nomination d’une commission d’enquête pour faire la lumière sur l’origine de certaines campagnes de presse, destinées à diviser les Français pour affaiblir la France.

Mobilisé en août 1939, il était toujours présent aux armées en octobre. Jacques Duclos se cachait alors dans une maison louée par Colin, à Épernon. Selon G. Bourgeois (op. cit.) Colin s’occupait « de longue date de l’appareil clandestin du PC ». Il fut déchu de son mandat de député le 20 février 1940. La présence de son nom sur la Liste noire (Espions, traîtres, renégats…, op. cit.) publiée par le Parti communiste à la Libération surprend. S’était-il désolidarisé du groupe parlementaire entre octobre 1939 et janvier 1940 sans que la nouvelle soit connue. Les Cahiers du Bolchevisme clandestins des premiers mois de 1940 avançaient le chiffre de vingt-sept députés démissionnaires du Parti communiste, or, il n’y en eut officiellement que vingt-cinq. Le vingt-sixième semblait être Renaud Jean. René Colin était-il le vingt-septième ? Le témoignage du député communiste du XVe arrondissement, Jules Fourrier, semble le confirmer mais Colin lui-même refusa de répondre à nos questions. Il semble que ses relations avec Marion Fleur, une ancienne proche de Benoit Frachon, aient contribué à sa coupure avec la direction du parti.

René Colin s’était marié avec Marie-Germaine Michot le 9 juin 1929, à Paris XIIIe arrondissement. Il divorça à Saint-Étienne (Loire) le 20 octobre 1943 puis se remaria le 28 septembre 1944 à Saint-Romain-le-Puy (Loire) avec Marie Fleur, née le 17 juillet 1907, veuve Doron, militante communiste qui avait rompu avec le PCF à l’automne 1939. Colin habitait à Saint-Étienne en 1946. Il résida à Noirétable, avec son épouse Marie Doron, de 1946 à 1993 et présida la société de pêche de Noirétable dans les années 1960.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article74911, notice COLIN René, Émile par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 19 octobre 2009, dernière modification le 3 mars 2022.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]

SOURCES : Arch. Paris, DM3, Versement 10451/76/1. — Arch. com. Villejuif, renseignements recueillis par C. Escoda. —Arch. RGASPI, Moscou, 495 270 945 : autobiographie du 17 mai 1933. — Arch. Ass. Nat., résultats électoraux. — Le Travailleur du 18e, 20 avril 1935. — J. Jolly, Dictionnaire des parlementaires français, t. III. — G. Bourgeois, mémoire de maîtrise, op. cit. et thèse de IIIe cycle. — Espions…, op. cit., mai et 15 juin 1945. — Fiches de police de l’occupation (Arch. PPo.) concernant les militants communistes recherchés, communiqué par Guillaume Bourgeois.

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