HUSSON Maurice, Gabriel

Par Alain Dalançon, Jacques Girault, Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 9 octobre 1884 à Nantes (Loire-Inférieure), mort le 28 avril 1975 à Troyes (Aube) ; professeur agrégé d’allemand ; militant syndicaliste ; militant communiste dans la Seine.

Maurice Husson était le second fils d’Édouard Husson, capitaine au 25e régiment de dragons, chevalier de la Légion d’honneur, âgé de 47 ans, et d’Elvire, Héloïse Borie, propriétaire de 33 ans. Son père, mourut peu après sa retraite, le 26 mars 1895, laissant cinq jeunes enfants à la charge d’une veuve sans fortune. Maurice Husson fut élevé dans un milieu de la petite bourgeoisie catholique. Il fréquenta pendant plusieurs années l’école des Frères de la Doctrine chrétienne à Troyes (Aube) puis entra au lycée de Nancy (Meurthe-et-Moselle) où il obtint le baccalauréat en 1902. Il devint athée. Admissible à l’écrit du concours de l’École de Saint-Cyr, il renonça, selon son témoignage, à se présenter à l’oral, affirmant ainsi son refus « de servir dans une armée aux ordres du capital ». Les réactions lors de l’Affaire Dreyfus étaient pour beaucoup dans cet état d’esprit. Il effectua son service militaire en 1905. Son frère aîné, Édouard, Edmond, né le 1er mars 1883, ne fit pas le même choix et devint officier dans l’infanterie coloniale, servant à Madagascar, au Maroc et en Indochine.

Maurice Husson suivit avec sympathie la vie du mouvement socialiste mais ne le rejoignit qu’au lendemain de la Première Guerre mondiale. Il devint répétiteur et maître d’internat aux lycées de Bar-le-Duc (1904), de Troyes (1905), à l’école primaire supérieure d’Angers (1906-1907). Il se mit en congé de 1907 à 1912 pour suivre les cours de la faculté des lettres de Nancy où il obtint la licence (1910) et un diplôme d’études supérieures en allemand (1912), après avoir été pendant une année assistant en Allemagne et avoir enseigné dans une école professionnelle allemande. En 1912, il reprit un poste de répétiteur au collège de Verdun puis de Nancy. Boursier en 1913-1914, il prépara l’agrégation d’allemand dont il fut lauréat en 1914 (10e rang sur 26), la même année que Lucien Mérat, qui allait devenir un des dirigeants du syndicalisme enseignant.

Pendant la Première Guerre mondiale, mobilisé d’août 1914 à novembre 1919, lieutenant chasseur à pied sur le front, il fut blessé à plusieurs reprises et eut une audition diminuée avec des tympans touchés. Son frère fut également très grièvement blessé en 1916, perdant un œil et obtint la Légion d’honneur en 1927.

Démobilisé, Maurice Husson fut nommé professeur au lycée d’Avignon (Vaucluse) et finalement affecté au lycée de Douai (Nord) où il resta de 1919 à 1926, avant d’obtenir sa mutation pour le cadre parisien au lycée Pasteur à Neuilly-sur-Seine en 1926 où il resta jusqu’à sa retraite en 1945.

La section socialiste de Douai reçut son adhésion en 1919, après sa démobilisation : « l’esprit nouveau des combattants socialistes de retour dans leurs foyers me rendit espoir » écrivit-il. Elle était « dirigée par un avocat et se composait de petits bourgeois et de quelques mineurs qu’un sentiment d’infériorité tenait un peu à l’écart et empêchait d’intervenir dans la discussion ». Pour pallier cette situation, il organisait tous les samedis soir, dans un coron de Dorignies, des réunions où les ouvriers débattaient autour de livres et de textes. Le dimanche matin, il tenait, dans un estaminet de Douai, une petite bibliothèque populaire et faisait des conférences sur des thèmes historiques ou politiques. Il présenta, à la section de Douai, la motion d’adhésion à la IIIe Internationale, adoptée à l’unanimité moins une voix. Il appartint donc au Parti communiste dès sa création. Il présidait la section de Douai de la Ligue des droits de l’Homme. À ce titre, il parla dans un grand meeting contre l’intervention des alliés en Russie et organisa une collecte pour les affamés de Russie. On ignore ses premières réactions aux décisions du IVe congrès de l’Internationale communiste (novembre-décembre 1922) qui demandaient aux communistes français de quitter les organisations « bourgeoises » comme la Ligue des droits de l’Homme et la Franc-maçonnerie. En 1925, il condamna l’inertie de la LDH dans la lutte contre la guerre du Maroc. Empêché d’intervenir lors d’un congrès fédéral du Nord, il démissionna de la Ligue le 10 octobre 1925. Il présidait également l’Amicale des professeurs de Douai en tentant d’y développer l’esprit syndicaliste.

En 1925, Maurice Husson participa au congrès qui transforma la Fédération des amicales des professeurs de lycée en Syndicat national des professeurs de lycée et du personnel de l’enseignement secondaire féminin, connu sous le sigle "S3". Dans le même temps, la Fédération unitaire de l’enseignement reçut son adhésion et le nomma bientôt secrétaire corporatif pour le second degré. Au congrès fédéral de Paris (août 1928), il s’opposa aux dirigeants de la majorité fédérale en conflit avec le Parti communiste et aux militants de la Ligue syndicaliste. Une de ses interruptions pendant l’intervention de Georges Thomas provoqua un incident suivi d’une suspension de séance. Il fut élu au bureau fédéral comme responsable des 2e et 3e degrés. Il présenta un rapport « contre la duperie de l’École unique en régime capitaliste » au congrès de Besançon en août 1929. L’année suivante, à Marseille, il mena sans succès l’offensive de la Minorité oppositionnelle révolutionnaire (MOR) contre la majorité fédérale. Il siégeait au Comité des professeurs dont le communiste Jean Bruhat assurait le secrétariat général et il dirigeait L’Université syndicaliste, bulletin de la section des professeurs des 2e et 3e degrés, depuis octobre 1929. Avec Georges Cogniot, il avait en effet réclamé depuis 1927 la création d’un bulletin spécifique au second degré, contre l’avis de Maurice Dommanget, et finalement obtenu le lancement de cet organe en janvier 1928, dont il fit la proposition du titre emblématique, à une époque où le syndicalisme des universitaires n’était que toléré. Au congrès fédéral de Reims (août 1933), on lui confia la traduction du discours de la dirigeante communiste allemande Maria Reese.

Au début des années 1930, il était, comme ses camarades de la section unitaire, double affilié au S3, dirigé par des militants favorables à l’adhésion à la CGT (voir Edmond Lackenbacher). Avec Bruhat mais aussi Mérat, au congrès d’avril 1934, il soutint la proposition de Perrotin de permettre aux professeurs licenciés d’entrer dans le cadre parisien réservé aux agrégés, et s’opposa durement au président de la Société des agrégés, Pierre Couissin, dénonçant la malfaisance de la Société et du cercle Fustel de Coulanges. Représentant du syndicat unitaire, il participa à une audience commune au ministère de l’Education nationale le 1er mai 1934, avec Lackenbacher (S3), Janets (CGT), pour protester « contre le principe des décrets lois, contre les atteintes qu’ils portent au statut du corps enseignant et à l’organisation des études ; contre les sanctions qui ont frappé les militants des organisation syndicales ». Ils considéraient comme « intolérable, que sous couvert de l’union nationale, le gouvernement issu du 6 février, cherche à dresser les unes contre les autres les différentes catégories de travailleurs et de producteurs également victimes de la crise, alors qu’aucune mesure n’était envisagée pour réprimer la fraude fiscale, ni pour faire rendre gorge aux profiteurs de guerre d’après-guerre. »

L’Université syndicaliste, devenue le bulletin du Syndicat des professeurs de lycée de la FGE-CGT après la fusion de 1935, puis du Syndicat du personnel de l’enseignement secondaire (FGE-CGT) à partir de 1937, continua à paraître, avec Marcel Cornu comme rédacteur en chef ; Maurice Husson y écrivit encore quelques articles dénonçant comme Lucien Mérat l’hitlérisme, et s’opposant au courant pacifiste en France. Le 30 novembre 1938, il fut le seul professeur du lycée Pasteur à répondre à l’ordre de grève contre les décrets-lois – et pour lui les accords de Munich. Cette attitude lui valut une retenue de huit jours sur son traitement.

Militant communiste de Neuilly-sur-Seine, Maurice Husson avait été chargé dès 1926 de diriger une école élémentaire de formation. Le proviseur du lycée Pasteur notait dans un rapport en 1930 : « malgré les attaques dont il a été l’objet dans la presse, son enseignement n’a jamais donné prise à la critique et il ne s’est jamais départi de la neutralité nécessaire ». Il participa, en 1932, à la création de l’Université ouvrière de Paris où il assura un cours d’allemand. La police signalait qu’en 1930 il avait accepté d’être gérant du journal Kuo-Ming, organe de la Confédération du Kuomintang en Europe (Arch. PPo. 304).

Pendant l’été 1939, les professeurs qui possédaient une résidence secondaire furent invités à se faire muter en province. Maurice Husson s’installa donc à Charny-le-Bachot (Aube), un village de 170 habitants où était né et résidait son camarade syndicaliste Lucien Mérat, et exerça à Troyes jusqu’à l’invasion allemande de juin 1940. Il reprit son service au lycée Pasteur à la rentrée scolaire de 1940. Contacté en 1941 pour participer à la création du Front national universitaire, il collabora à L’Université libre, diffusa des tracts et organisa des collectes de fonds pour les prisonniers. Il participa à la fondation en 1942 de La Pensée libre qui succédait à la revue La Pensée interdite.
La police arrêta en février 1942 Jacques Solomon qui représentait auprès de lui la direction du mouvement. André Voguet assura alors la liaison. Le 25 mars 1943, au retour d’un rendez-vous avec ce dernier, il trouva deux inspecteurs de la police française à son domicile. Il fut emprisonné à la Santé jusqu’à son procès devant le tribunal d’État, le 6 juin 1944. Assurant lui-même sa défense, il prononça un véritable réquisitoire contre le gouvernement de Vichy qui fut diffusé à Paris sous forme de tract. Le tribunal ne prit contre lui qu’une mesure d’internement administratif. Il fut transféré du Centre d’internement des Tourelles au camp d’Écrouves (Meurthe-et-Moselle) près de Toul. Suspendu de ses fonctions, à partir du 26 mars 1943 avec privation totale de traitement, il fut réintégré à la Libération au lycée Pasteur.

En octobre 1944, Maurice Husson présidait le bureau provisoire des membres de l’enseignement des cinq régions parisiennes du Parti communiste français. Il participa au premier congrès du Front national universitaire en décembre 1944, présidé par Edmond Lablénie. À l’automne 1945, il figura parmi les créateurs de l’Université nouvelle dont il assura le secrétariat général, et y donna quelques cours.

Il fut le vice-président de la section des déportés de Neuilly et, à partir d’octobre 1947, conseiller municipal communiste. En retraite à Charny-le-Bachot, il participa jusqu’à l’âge de quatre-vingt-quatre ans à la vie de la fédération communiste de l’Aube qu’il représenta aux élections cantonales de Méry-sur-Seine en 1958 (sur 5 044 inscrits, 531 voix), en 1961 (après la démission du conseiller général), en 1964. Secrétaire de la section communiste du bourg de Plancy, il diffusait régulièrement l’Humanité Dimanche. Membre de la présidence du comité départemental du Mouvement de la paix, il était administrateur de son organe L’Aube pour la Paix.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article74973, notice HUSSON Maurice, Gabriel par Alain Dalançon, Jacques Girault, Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 22 octobre 2009, dernière modification le 17 février 2021.

Par Alain Dalançon, Jacques Girault, Jean Maitron, Claude Pennetier

OEUVRE : Traduction avec G. Badia de Contribution à la critique de l’économie politique de Karl Marx, Paris, Éditions sociales, 1957 et 1972. – « De l’école des frères au marxisme militant », Cahiers de l’Institut Maurice Thorez, n° 2, juillet-septembre 1966.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13744, Douai le 25 octobre 1920, F17/ 25137. — Arch. Nat., Base Léonore de la Légion d’honneur. — Arch. PPo. 304. — Archives du comité national du PCF. — Témoignage écrit, 27 janvier 1973, 17 p. — Le Temps, 29 mars 1934 ; Le Populaire, 2 mai 1934. — L’Humanité, 5 et 7 mai 1975. — Les Semailles, bulletin officiel du syndicat de l’enseignement laïque de la Seine, novembre-décembre 1928. — L’Université syndicaliste (1928-1939). — Lisette Calderan et Catherine Zoukerman, Le Syndicalisme de l’enseignement secondaire entre les deux guerres à travers deux syndicats de catégorie : les répétiteurs, les maîtres d’internat, Mémoire de Maîtrise. — G. Cogniot, Parti pris, Editions sociales, t.1, 1976, t.2, 1978. — Paul Delanoue, Les Enseignants : la lutte sociale du Front populaire à la Libération, Editions sociales, 1973 . — F. Bernard, L. Bouët, M. Dommanget, G. Serret, Le Syndicalisme dans l’Enseignement : Histoire de la Fédération de l’enseignement, t.3, IEP Grenoble, s.d.— Alain Dalançon, Histoire du SNES. Plus d’un siècle du mûrissement des années 1840 à 1966-1967, t. 1, Paris, SNES-IRHSES, 2003. — Loïc Le Bars, « La naissance de l’Université syndicaliste », Points de Repères n° 25, mars 2001, p 43-46.— Renseignements communiqués par la mairie de Charny-le-Bachot.

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