POT Charles, Louis, Paul

Par Gilles Morin

Né le 10 mars 1923 à Saint-Alban-de-Roche (Isère), mort le 4 octobre 2007 à Paris (XVIIIe arr.) ; journaliste et permanent socialiste (1950-1971) ; secrétaire de la fédération socialiste du Val-de-Marne (1966-1968) ; membre du comité directeur du Parti socialiste (1969-1971) ; conseiller municipal de Villejuif (Seine, Val-de-Marne) de 1953 à 1959, puis adjoint au maire du Kremlin-Bicêtre (Seine, Val-de-Marne) de 1959 à 1971.

En juillet 1971, une des premières décisions de la direction du PS issue du congrès d’Épinay a été de licencier la plupart des anciens permanents de la SFIO et du Nouveau parti socialiste né en 1969 et, en premier lieu, Charles Pot. Selon Louis Mexandeau, qui le décrit comme « un permanent zélé », Pierre Joxe le « videra physiquement de la Cité Malesherbes ». Symbole du « mollétisme », Charles Pot, tout comme son ami Ernest Cazelles, a concentré sur lui la haine qui poursuivit son leader. Au point de faire oublier une carrière de résistant précoce et d’antistalinien de premier plan du temps de la guerre froide.

Le père de Charles Pot, Augustin, ouvrier mécanicien devenu fonctionnaire à l’Office national des anciens combattants à Paris, et sa mère Joséphine Bourguignon, employée, s’installèrent à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) en 1929. Son père, combattant de la Grande guerre, militait dans les mouvements d’anciens combattants de gauche : il avait participé à la fondation de la Fédération ouvrière et paysanne en 1916, puis milité à la FOPAC, où il retrouva son ancien camarade de guerre, Henri Ribière*, futur responsable de Libération-Nord. Celui-ci, alors secrétaire de la section SFIO de Vitry-sur-Seine, le fit adhérer à la section locale. Charles Pot, lui, entra cette même année aux Faucons Rouges et aux Jeunesses pacifistes. La famille s’installa à Villejuif vers 1936.

Titulaire du brevet élémentaire, Charles Pot travailla comme aide chimiste au laboratoire de recherches des établissements Félix Potin dans le XIXe arrondissement du 8 octobre 1941 au 23 février 1943. Conjointement, il suivit en 1940-1942 les cours du Conservatoire des Arts et Métiers – il y obtint des diplômes de chimie générale et de chimie agricole – et ceux de l’École technique de la Conserve à Paris. Le 11 novembre 1940, il participa à la manifestation des étudiants parisiens, puis entra à Libération-Nord en 1941, parrainé par Henri Ribière et Joseph Gangloff. Il transportait pour eux des courriers. Requis au STO, il fut envoyé en Allemagne en 1943, mais venu en permission le 19 janvier 1944, il passa dans la clandestinité. Il retrouva ses compagnons de Libération-Nord, sous le pseudonyme de Charles Potin, et participa aux combats de la Libération de Paris, au sein de l’État-major du commandant Rivière (colonel Ulysse Léoni), chef militaire des FFI de la banlieue sud de Paris. Membre du MLN à la Libération et président des Jeunes de Libération-Nord su secteur sud de Paris, il poursuivit la guerre en s’engageant. Envoyé à l’école des cadres de Sceaux, il en sortit sous-lieutenant. Marié le 4 août 1945 à Villejuif (Seine), avec Solange Raivard, née dans la commune le 8 octobre 1924, en octobre suivant, il entra, ainsi que son épouse, au Commissariat des Affaires Allemandes et Autrichiennes et fut envoyé à Coblence comme secrétaire à l’administration du Gouvernement militaire français. Il demeura en Allemagne jusqu’en 1950 et créa sur place une section « Rhénanie » de la SFIO.

Adhérant à la SFIO en septembre 1944, à la section de Villejuif, Charles Pot après son retour en France devint en 1951 secrétaire de la section locale et assuma la fonction de secrétaire politique du député Édouard Depreux pour ce secteur Est de la circonscription. Il se fit remarquer dans ce fief communiste, où il menait un combat minoritaire acharné. Parrainé par Henri Ribière, Georges Brutelle et Pierre Commin, il fut alors désigné pour participer à la petite cohorte de permanents nationaux de la SFIO, Cité Malesherbes : en 1951, il remplaça Clair-Gérard Lagarde*, autre ancien de Libération-Nord, au bureau de documentation et d’information (BDI) du parti. Il demeura permanent national vingt-et-un ans, jusqu’en juillet 1971. Employé, comme assistant chargé du service de presse, adjoint de Pierre Commin, secrétaire chargé de la propagande puis de l’organisation, en 1954-1956 au moins, il exerça le métier de journaliste dans les publications du parti (carte n° 13 323, en 1953). Il collabora à l’Agence de presse de la Liberté, au Populaire de Paris et à des revues internes spécialisées. Le Comité directeur le délégua pour siéger à la commission féminine du parti en 1952-1963. Il s’illustra en alimentant la rubrique « antistalinienne » du Populaire, du Populaire Dimanche et de Démocratie durant de nombreuses années, entretenant des rapports avec les organisations anticommunistes, comme Paix et Liberté.

Élu conseiller municipal d’opposition de Villejuif le 26 avril 1953 (il y avait trois élus socialistes), il perdit cette fonction au renouvellement de 1959. Il conduisit la liste « Union républicaine et sociale » en mars 1959, mais les communistes emportèrent tous les sièges, avec 9 607 voix contre 5 664 à la liste de Pot. Il fut encore sans succès candidat aux élections cantonales de 1953 et 1959 à Villejuif. En 1959, il obtint 6 709 voix sur 26 601 inscrits en tentant de succéder au docteur Antoine Lacroix. Désormais, il entreprit de s’implanter dans la commune voisine du Kremlin-Bicêtre. Élu troisième adjoint au maire (Antoine Lacroix) en 1965, il était chargé de la jeunesse et des sports. Il s’était muni d’un instrument d’influence, étant responsable en chef de La Voix du Kremlin-Bicêtre et canton de Villejuif.

Charles Pot resta par ailleurs un très actif militant de la fédération SFIO de la Seine, au 41 boulevard Magenta. Entré à la commission exécutive fédérale en 1953, il fut désigné comme responsable des liaisons avec le groupe des élus de l’Hôtel de ville en 1954, puis nommé secrétaire général adjoint de la fédération de la Seine des élus socialistes en 1955. Au plan national, il prit aussi des responsabilités dans les associations d’élus socialistes : membre de la commission administrative en 1955, il siégeait au bureau de la Fédération nationale des élus socialistes en janvier 1957, puis fut secrétaire général adjoint de la Fédération. Sous son impulsion, et grâce à ses réseaux de financement, les sections socialistes de la Seine développèrent une presse locale de combat.

Mais très vite son rôle fut controversé, car il apparut comme l’agent (puisque permanent) de la direction nationale dans une fédération jusqu’alors minoritaire et dominée par la gauche du parti rassemblée autour des amis de Marceau Pivert et du député-maire de Sceaux, Édouard Depreux. Alors qu’il avait été proche de Depreux jusqu’alors, Charles Pot s’en sépara sur la question de la Communauté européenne de défense, puis surtout sur l’Algérie. Dès la campagne pour les élections législatives de janvier 1956, Pot s’affronta avec Depreux et ses amis, qui le soupçonnaient de vouloir prendre la place de celui-ci, dans le 4e secteur de la Seine. Les divergences sur l’Algérie aggravèrent les oppositions, Pot se montrant l’organisateur du courant mollétiste du secteur et un défenseur inconditionnel de la politique de Robert Lacoste. Il appuya Claude Fuzier qui entreprenait de prendre la direction de la fédération et mena campagne dans ce qui était alors le secteur sud de la banlieue contre les minoritaires socialistes. En 1956, les amis de Pivert et Depreux perdirent la majorité et un an plus tard, en juin 1957, après un intérim de Mireille Osmin* à la tête de la fédération, Claude Fuzier et ses amis l’emportaient. Pot vit alors ses fonctions fédérales gagner en importance : il fut chargé de la commission d’organisation de la commission exécutive fédérale et devint secrétaire général adjoint de la fédération. Il le demeura jusqu’à son éclatement en 1966. Depreux accusait Pot, permanent du parti, d’être un « aventurier de la politique » et un « carriériste ». Au début 1958 un jury d’honneur fut formé pour départager les deux camps. Les amis de Depreux, membre de la commission mirent en cause les relations de Pot avec Les informations politiques et sociales et le rôle de cet organisme dans le financement du journal dirigé par Pot, Le Lien fraternel, puis de La Voix du canton de Villejuif. Il était par ailleurs co-directeur avec Claude Fuzier du journal fédéral de la SFIO, Le Combat social et fut un temps rédacteur en chef de L’Avenir de la Banlieue de Paris, axée sur le 4e secteur de la Seine.

Charles Pot, comme Guy Mollet approuva le retour au pouvoir du général de Gaulle en juin 1958 et, logiquement, appela à voter « Oui » au référendum constitutionnel. Il participa à la reconstitution des sections et de la fédération affaiblie par la scission du PSA en septembre 1958.

Signataire de la motion Max Lejeune, hostile à l’abandon de l’Algérie, au congrès national SFIO de 1960, il poursuivit localement sa lutte minoritaire face au Parti communiste. Non sans affrontements physiques parfois, comme lorsqu’il fut agressé par une vingtaine d’hommes et hospitalisé au sortir d’une réunion le 7 janvier 1961. Peu susceptible d’être influencé, il fut désigné, avec Fuzier notamment, par la direction socialiste en janvier 1966 pour participer au Comité national de France URSS lorsque la SFIO décida de réintégrer cette organisation alors que le rapprochement FGDS-PCF s’affirmait.

Lorsque la Région parisienne fut découpée en départements et la fédération socialiste de la Seine éclata, Charles Pot fut désigné secrétaire fédéral du Val-de-Marne en décembre 1966, renouvelé en août 1968 et en octobre 1970. Il était par ailleurs vice-président départemental de la FGDS. Dans ces années soixante, tout en poursuivant ses activités nationales et fédérales, Alors que Lacroix tentait sa chance dans l’Allier, Charles Pot fut candidat aux élections législatives de mars 1967, puis dans le canton d’Ivry-Est (Le Kremlin-Gentilly) en 1967 et 1970 (emportant 25,7 % des suffrages).

Lorsque fut créé le nouveau parti socialiste en 1969, Charles Pot entra à son comité directeur du Parti socialiste, chargé des relations du PS avec la presse, jusqu’à la nomination de Pierre Bérégovoy en octobre 1970. Avec Ernest Cazelles, il incarnait, pour tous ceux qui considéraient que le changement n’était pas assez profond, la continuité mollétiste. Licencié du Parti socialiste, il conserva la direction de la fédération du Val-de-Marne jusqu’à la fin 1971. Auparavant, il avait échoué aux élections municipales de mars 1971, comme tête de liste socialiste au Kremlin-Bicêtre.

Membre de la tendance « Bataille socialiste » du Parti socialiste, puis des « Amis » de la tendance en 1974, il fut de ceux qui gérèrent ainsi l’héritage matériel de la SFIO, participèrent au Centre Guy Mollet, dont il était membre du conseil d’administration, et à l’OURS, dont il était membre de la commission de contrôle. Il demeura membre, malgré son opposition au mitterrandisme, du PS. Il exerça comme journaliste jusqu’en 1975, appartenant à l’Association des journalistes parlementaires et au club des journalistes Henri Rochefort.
Charles Pot, a été initié à la Franc-maçonnerie en 1969, à la Chaîne d’Union Écossaise n° 870 de la Grande loge de France, rue Puteaux.

Enfin, déjà vice-président national de Libération-Nord, après le décès de Christian Pineau*, Charles Pot devint, de 1996 jusqu’à son décès, président de l’association et la représenta dans les nombreuses instances officielles qui défendaient les intérêts et la mémoire de la Résistance, notamment le Comité d’action de la Résistance et était administrateur de l’Office national des anciens combattants. Il était titulaire de la Croix de guerre 1939-1945 et de la Croix du combattant volontaire de la Résistance.

Divorcé, il s’était remarié en juillet 1964 avec Andrée Guiot, née le 11 janvier 1928, premier soprano de l’Opéra de Paris. Ensemble, ils s’installèrent dans le Gard.

Les archives de Charles Pot ont été déposées à l’OURS (Office universitaire de recherche socialiste)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article74987, notice POT Charles, Louis, Paul par Gilles Morin, version mise en ligne le 24 octobre 2009, dernière modification le 25 septembre 2014.

Par Gilles Morin

SOURCES : Arch. Paris, 10451/73/1, art. 318. — Arch. OURS, fonds SFIO ; AGM 136, fichier “Bataille socialiste” ; dossiers Val-de-Marne et Bas-Rhin. — Arch. Nat. fonds E. Depreux, 456 AP. — Arch. Dép. Val-de-Marne, 1 Mi 2426. — Arch. Com Villejuif, série : 60W1. — Profession de foi aux élections municipales de 1953. — Bulletin Intérieur de la SFIO, n° 92, 106, 108, 116. — Le Combat social, juin, octobre 1957, octobre 1958. – La Voix du canton de Villejuif, 28 février 1959. — Louis Mexandeau, François Mitterrand, le militant, trente années de complicité, Paris, Le Cherche Midi, 2006, p. 118. — Alain Vincenot, La France résistante, histoires de héros ordinaires, Paris, Éd. des Syrtes, 2004. — Voir un séquence filmée, sur la création de Libération-Nord, sur le site de l’INA http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/seconde-guerre-mondiale/video/CPD02000122/charles-pot.fr.html.

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