VIENS Yann [née PASQUARIO Jeanine, Huguette, dite]

Par Claude Pennetier

Née le 6 juin 1933 à La Tronche (Isère) ; employée de bureau puis permanente ; dirigeante nationale de l’UJFF ; membre du bureau de la fédération communiste Seine-Sud du PCF et du secrétariat de la fédération du Val-de-Marne (1964-1973) ; militante de Villejuif et d’Orly ; membre du comité central du PCF de 1967 à 1987 ; directrice adjointe du CERM ; rédactrice en chef de La Pensée.

Yann Viens
Yann Viens

Le père de Jeanine Pasquario, Max Pasquario, chauffeur livreur de journaux, fut résistant et maquisard. Sa mère Charlotte, ouvrière du textile chez Valisère, qui "n’était pas politique" (témoignage de Yann Viens), participa aux grèves de 1936 à Grenoble puis à la Résistance, pour des raisons patriotiques et grâce à des contacts avec les "Amis de la nature", association dont elle était une adhérente active et avec laquelle elle avait pratiqué le ski et la varappe. Elle prit le pseudonyme de Monique Berliet et fut responsable des agents de liaison FTPF auprès de son chef, le responsable militaire Marco Lipszyc (Marc Lenoir), fusillé par les nazis le 21 juillet 1944 à Seyssinet-Pariset. Lieutenant FTP-FFI, elle fut décorée de la Croix de guerre pour son activité dans la Résistance.

Ses parents divorcèrent et sa mère devint, après-guerre, l’épouse de Jean Rolland, ancien de l’École normale supérieure, résistant AS, beau-frère de Marco Lipzyc. Jeanine avait été placée pendant la guerre dans un couvent de religieuses dans les Côtes-du-Nord. Lorsqu’elle revint vivre avec sa mère, celle-ci était engagée dans les FFI et tenue à la discipline militaire ; elle refusa cependant de faire une formation aux écoles de Saint-Cyr-Coëtquidan (commune de Guer, Morbihan) pour ne pas être à nouveau séparée de sa fille. Yann Viens dit avoir été toute sa vie « éblouie » par le courage de sa mère. Yann ne put pas suivre sa mère et Jean Rolland, celui-ci étant devenu inspecteur de la Jeunesse et des sports à Marseille (Bouches-du-Rhône). La famille se réunit ensuite à Rueil-Malmaison (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine) puis à Paris XXe, lorsque Jean Rolland, qui comme communiste avait eu des problèmes avec la Jeunesse et les sports, fut nommé professeur d’histoire-géographie au lycée Charlemagne, à Paris (IVe arr.). Lycéenne à Saint-Germain-en-Laye, puis à Nanterre (Seine, Hauts-de-Seine) et enfin à Sophie Germain (Paris, IVe arr.) jusqu’à la terminale, d’un tempérament rebelle, elle milita à l’UJFF dans le XXe arr. de Paris et fut menacée de sanctions pour avoir fait signer des pétitions dans son lycée ; son beau-père intervint pour éviter l’exclusion. Elle donna son adhésion au PCF à Nanterre, en1951, dès ses dix-huit ans.

Permanente à l’UJFF à partir de 1953, membre du bureau national, elle entra au comité de rédaction de Filles de France. Après une école centrale d’un mois de formation des rédacteurs en septembre-octobre 1954, au cours de laquelle elle avait « travaillé énormément » selon les évaluateurs, elle devint rédactrice en chef et rêva de devenir journaliste ; les circonstances de son militantisme en décidèrent autrement. La même année, elle se maria avec le dirigeant communiste de Provence, résistant déporté, Gaston Viens, rencontré lors d’un bal de l’UJFF en soutien aux dockers. L’idée de vivre à Marseille ne l’enthousiasmait pas, mais à peine arrivés ils retournèrent à Paris, où Gaston Viens était appelé auprès de Waldeck Rochet à la section agraire. Ils habitèrent à Paris dans une chambre louée par Jean Cristofol pour ses séjours à la Chambre des députés, au Kremlin-Bicêtre (Seine, Val-de-Marne) dans une cité d’urgence, dans un appartement à Villejuif (Seine, Val-de-Marne) et enfin dans un HLM à Orly (Seine, Val-de-Marne) où elle travaillait comme collaboratrice du maire, François Boidron.

Dirigeante de l’UJFF en banlieue sud où elle s’était « rapidement imposée par ses qualités » selon les responsables communistes ; elle fut élue à ce titre au comité fédéral communiste de Seine-Sud en 1956. Elle était secrétaire fédérale de l’UJFF en 1957, membre du comité de la section de Villejuif en 1961, elle entra au bureau de la section d’Orly-ville en 1962 et au bureau fédéral de Seine-Sud en 1963 après avoir suivi une école centrale de quatre mois. Ses rapports avec Georges Marchais, furent alors excellents (« il me soutint dans toutes mes initiatives ») et même amicaux ; cette connaissance mutuelle lui permit par la suite de garder une certaine liberté de parole sans être mise à l’écart. Responsable du travail parmi les femmes au bureau fédéral, puis des intellectuels, elle y gagna un enrichissement personnel compensant un arrêt trop précoce de ses études. Elle devint en 1964 secrétaire à la propagande. Elle coopéra avec Liliane Garcia, responsable du travail parmi les femmes, entrée au secrétariat fédéral en même tant qu’elle. Yann Viens trouva un grand plaisir à s’occuper de la propagande. Excellente animatrice de réunions, elle se sentait à l’aise dans les débats publics qui rompaient avec les meetings classiques

Élue au comité central du PCF comme suppléante, sur proposition de Jacques Duclos, en janvier 1967 (XVIIIe congrès, Levallois), elle ne le quitta que vingt ans plus tard, en décembre 1987, au XXVIe congrès (Ile-Saint-Denis). Sa nomination lui avait posé un double problème : son mari, écarté du CC en 1964, elle avait vécu douloureusement cette situation, mais celui-ci, loin de manifester du dépit, l’encouragea : « Tu devais être au comité central depuis longtemps » ; Guy Poussy, secrétaire de la fédération du Val-de-Marne semblait tout désigné pour cette promotion et elle était gênée d’être la bénéficiaire de cette promotion. Elle travailla avec plaisir avec René Piquet àla propagande, puis, suite à un moment d’extrême fatigue en 1973, elle fut déchargée du secrétariat fédéral du Val-de-Marne et orientée vers le CERM (Centre d’études et de recherches marxistes), alors dirigé par Guy Besse. Directrice adjointe, elle fut responsable des problèmes de société, notamment de la question des femmes. Elle travailla avec Nicolas Pasquarelli*, secrétaire du CERM puis comme rédactrice en chef de La Pensée. Elle dirigea le livre La condition féminine, publié aux Éditions sociales grâce à Lucien Sève : « Il s’agissait de faire entendre au parti la spécificité du combat féministe. Sa non subordination à la lutte de classe et de faire connaître plus largement la réflexion de chercheurs sur cette question. » (lettre, février 2010). Bernard Pivot, l’invita à son émission Apostrophe, mais, selon ses souvenirs, ce livre ne fut guère porté par le PCF.

Touchée par un cancer, après une période de soins, elle rejoignit en 1981 le secteur "Santé, urbanisme, environnement" dirigé tour à tour par Claude Poperen et Mireille Bertrand. elle organisa un colloque sur la « douleur » qui eut un certain succès, même s’il n’intéressa pas la direction du PCF.

Très favorable aux évolutions du PCF pendant la première période du secrétariat général de Georges Marchais, elle se sentit mal à l’aise au début des années 1980 et le manifesta, à sa façon ("le fil du rasoir" dit-elle) dans les réunions du comité central durant lesquelles elle intervenait systématiquement, mais Georges Marchais s’arrangeait pour qu’elle ne soit pas en difficulté. Elle finit par s’éloigner du PCF après 1987. C’est « sur un constat de désaccord qu’a lieu ma dernière discussion avec Georges Marchais avant ma décision de quitter le comité central. »

Un temps séparée de Gaston Viens, mais toujours domiciliée à Orly, elle se forma à l’audit dans les structures de santé et travailla dans divers hôpitaux. Yann Viens participa durablement à la vie associative d’Orly dans le cadre du conseil d’administration du Centre culturel et de l’Association Terre humaine 94. Elle accompagna Gaston Viens dans ses dernières initiatives, ainsi dans le travail de mémoire de la déportation.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75017, notice VIENS Yann [née PASQUARIO Jeanine, Huguette, dite] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 26 octobre 2009, dernière modification le 19 octobre 2020.

Par Claude Pennetier

Yann Viens
Yann Viens
Yann Viens et Gaston Viens
Yann Viens et Gaston Viens

ŒUVRE : Participa à l’ouvrage porté par le CERM Les Femmes, aujourd’hui, demain (Jean Bardouillet, Editions sociales, 1975) puis à l’ouvrage collectif La condition féminine (Éditions sociales, 1978) (« Avant-propos » et article « Femmes, politique et parti communiste français »).

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Entretiens, octobre 2009, janvier et juillet 2016. — Notes de Paul Boulland.

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