LORDURON Henri [François]

Par Daniel Colson, Jean Lorcin et Gérard Raffaelli

Né le 23 août 1878 à Montvicq (Allier), mort probablement en 1942 ; ouvrier maçon ; secrétaire de l’Union départementale CGT, puis CGTU de la Loire (1920 -1924).

François Lorduron était le fils d’un mineur. Il se maria le 17 juin 1905 à Saint-Etienne avec Marie-Josephine Charze.
Venu travailler à Saint-Étienne comme ouvrier maçon, Henri Lorduron milita, dès 1911, au syndicat du Bâtiment et à l’Union départementale. Animateur de la grève des maçons stéphanois de juillet à octobre 1912, il fut condamné le 5 octobre 1912 à huit jours de prison pour “entrave à la liberté du travail”. Blessé pendant la Première Guerre mondiale puis mobilisé comme maçon à Saint-Étienne (où il tenait également un débit de boissons), partisan de la reprise des relations internationales, il participa, en 1917, aux activités du comité intercorporatif qui regroupait les syndicats des Métaux et du Bâtiment. Il suivit la grève de décembre 1917 pour le retour de Clovis Andrieu et l’application du bordereau de salaires, fut envoyé à Paris, en janvier 1918, pour rencontrer les responsables du Comité de défense syndicaliste “en vue de préparer un mouvement” et porta, à Roanne, la contradiction à Albert Thomas, le 7 février 1918. Dès lors il développa dans le syndicat du Bâtiment, dont il était le secrétaire, une intense propagande pour “l’union et l’action en vue de mettre fin à la boucherie”. Le 17 mai 1918, il déclarait : “l’heure n’est pas à la lutte pour les salaires, mais pour la paix”. Membre du comité départemental de grève, il intervint activement pendant toute la durée du conflit, fut déféré en conseil de guerre et emprisonné à Clermont-Ferrand.

Il revint dans la Loire en février 1919 et mena une campagne sur les conditions de vie dans les prisons et en faveur de l’amnistie générale. Élu, le 18 mai 1919, à la Commission exécutive de l’Union départementale-CGT de la Loire, il fut délégué au congrès confédéral de Lyon en septembre 1919 et vota contre la direction. Il reprochait à Jouhaux et Merrheim leur politique de collaboration de classe, tout en se désolidarisant “des perturbateurs anarchistes et communistes ultra-gauche” conduits par Flageollet.

Blâmé par le comité général de l’UD en mai 1920 pour avoir voulu étendre la grève et pratiquer la “chasse au renard” contre les jaunes, il fut néanmoins élu, en juillet, secrétaire de l’UD par 45 voix contre 13 à Émile Arnaud, sur proposition du syndicat des Métaux de Firminy, en remplacement de Frécon et participa au congrès minoritaire d’Orléans. En mai 1921, dans le cadre de la préparation du congrès confédéral de Lille, il se déclara partisan, avec Arnaud, Chovet et Sybille, de l’unité dans la Loire pour imposer au congrès confédéral l’adhésion à l’Internationale rouge. Le 19 décembre 1921, au comité général de l’UD, 46 syndicats contre 3 et une abstention décidèrent de participer au congrès unitaire, déléguant Lorduron pour les représenter. Très attaché à l’unité du mouvement syndical, Lorduron s’efforça, avec un certain succès, de maintenir au sein de la nouvelle CGTU les organisations syndicales de la Loire : “Dans la Loire nous avons toujours pensé que l’unité pouvait être réalisée, nous nous refusons encore à croire que la scission est consommée (...) nous sommes menacés de la constitution d’une deuxième UD dans la Loire. Y aurait-il un homme qui aura la lâcheté d’accomplir cette besogne ?” Il concluait en réclamant la convocation d’un congrès extraordinaire de la CGT pour refaire l’unité.

La CGT fit publier en mars 1922 dans la Loire Républicaine une circulaire par laquelle elle expliquait que l’UD de la Loire n’était plus membre de la CGT et que Lorduron, membre du CCN et délégué officiel de la CGT, avait failli à son mandat de défense de son programme de la C.G.T. Lorduron répondit qu’il n’avait jamais attaqué la CGT en réunion publique et n’avait pas, à la différence de Dumoulin, représenté la CGT au congrès d’un parti politique. La scission était dès lors vraiment consommée. Une UD-CGT parvint à se reconstituer, mais à Roanne et seulement en décembre 1922 ; animée par des militants de cette ville, elle ne regroupait alors que très peu d’organisations du bassin stéphanois (typographie, lithogravure, chemin de fer à voie étroite et “dissidents” des syndicats de mineurs).

Lorduron était alors adhérent du Parti communiste, mais l’essentiel de son action se situait sur le terrain syndical. En accord personnel avec la direction provisoire de la CGTU qui rassemblait libertaires et syndicalistes “purs”, Lorduron contribua à ce que son syndicat d’origine, le Bâtiment, votât la motion anarcho-syndicaliste au congrès de Saint-Étienne. Désemparé par la violence des affrontements du congrès où communistes et syndicalistes révolutionnaires fidèles à Moscou conquirent la majorité, c’est lui qui, à la clôture, coupa l’intervention de Monmousseau en s’écriant : “Le syndicalisme est mort !”. Fidèle à ses conceptions unitaires, il s’efforça cependant de prendre aux mots les orientations syndicalistes de la nouvelle direction, en s’opposant à la fraction minoritaire qui, derrière Besnard, lui semblait accentuer la division au sein du mouvement syndical. Il ne cessa pas pour autant d’affirmer des conceptions très nettement syndicalistes : “Je ne veux pas discuter aujourd’hui si oui ou non la CGTU est sous la tutelle d’un parti, mais je tiens à déclarer tout de suite que les militants, pas plus que l’UD elle-même, n’y sont.”

Organisée de façon très embryonnaire derrière Émile Arnaud, secrétaire de la Bourse du Travail, et Fernand Tinel, secrétaire adjoint de l’UD, la fraction pro-Besnard attaqua violemment Lorduron au cours de l’été 1922. Arnaud était, comme Lorduron et Tinel, membre du Parti communiste, tout en professant également des opinions syndicalistes révolutionnaires très affirmées. D’abord très isolé dans un conflit très affectif et personnel, Lorduron acquit très vite le soutien de la plupart des courants ouvriers de Saint-Étienne, y compris des anarchistes qui avaient toujours soutenu jusque là Arnaud, en particulier en contribuant à le faire élire au secrétariat de la Bourse. Contraint à la démission fin 1922, Arnaud devait continuer à jouer un rôle au cours des grèves de la métallurgie de l’été 1923, avant de disparaître de la scène militante.

Réconforté dans son action par le dénouement du conflit, Lorduron prit la tête du mouvement d’opposition (majoritaire dans la Loire) aux tentatives de plus en plus affirmées du Parti communiste pour contrôler les syndicats CGTU. Au Comité général du 15 juillet 1923, la motion favorable à l’autonomie syndicale l’emporta facilement par 37 voix contre 5 favorables à la motion confédérale autorisant l’existence des commissions syndicales communistes, ceci malgré la l’intervention de Benoît Frachon qui venait de prendre la tête de la fraction. Lorduron s’efforça alors de favoriser la réunification des deux CGT, au niveau national comme au niveau local, bien que l’UD unitaire continuât à rassembler la majeure partie des forces syndicales.

Sous l’influence d’un noyau militant très actif organisé autour de Benoît Frachon, Pétrus Faure, Marcel Thibaud, le Parti communiste gagna du terrain dans les syndicats : dans la vallée de l’Ondaine, à Roanne et, pour la première fois, dans la citadelle syndicaliste de Saint-Étienne. En juillet 1923, malgré la résistance des anarchistes très nombreux dans cette organisation, l’union syndicale des Métaux de Saint-Étienne se donna une direction communiste. Les mineurs, toujours fidèles à la majorité départementale, avec Pierre Arnaud comme dirigeant , subissaient de plus en plus l’influence de la majorité nationale communiste. En août 1923, Lorduron et la plupart des militants en vue de Saint-Étienne rejoignaient le CDS de Besnard, adhérent à l’AIT de Berlin. Le comité local multiplia les réunions et s’efforça d’endiguer les progrès du courant communiste. Au congrès de Bourges, en novembre 1923, celui-ci ne représentait encore que 30 % des mandats de la Loire ; mais la grande grève de la métallurgie, au printemps suivant, devait modifier irrémédiablement les forces en présence. Les communistes, en raison de leurs efforts et des risques qu’ils avaient pris, retirèrent tout le bénéfice militant du mouvement revendicatif. Arrêté avec Dieu, le secrétaire des Métaux, Pétrus Faure et Marcel Thibaud, Lorduron fut finalement acquitté au terme d’un procès. La presse communiste se déchaîna contre lui, l’accusant d’avoir fait preuve de mollesse pendant la grève et d’avoir bénéficié pour son acquittement de “la haute protection du Bloc des Gauches”.
Découragé, Lorduron continua cependant à mener la lutte en vue du congrès de l’Union départementale de décembre 1924. Les affrontements se faisaient de plus en plus violents, les militants en venant fréquemment aux mains. Le courant communiste conquit la majorité et Benoît Frachon devint, en janvier 1925, secrétaire d’une UD unitaire affaiblie, un grand nombre d’organisations rejoignant alors la CGT ou passant dans l’autonomie avant, pour quelques-unes d’entre elles, de rejoindre la CGT-S.R. Lorduron y adhéra alors. Il protesta, en juin 1927, contre l’arrestation de Pierre Arnaud , ne provoquant d’autre réaction qu’une campagne de calomnies de la part du Parti communiste.

Le 12 juin 1934, il fut grièvement blessé et arrêté par la police lors d’une manifestation de protestation contre une réunion des Croix de Feu. Il fut inculpé de port d’arme prohibée (une matraque) et fut assisté par Me Le Griel et Me Longuet, le député socialiste. Devant la fragilité de l’accusation et la réalité des brutalités policières, il fut acquitté.

Le 6 juillet 1935, il écrivit dans le Cri du Peuple un article dans lequel il considérait, face aux concessions faites par la CGTU, l’unité syndicale de nouveau réalisable. Il exerçait alors la profession de marchand forain et était membre du Parti socialiste SFIO qui l’avait présenté sans succès au conseil d’arrondissement en 1934 et aux élections municipales de 1935.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75131, notice LORDURON Henri [François] par Daniel Colson, Jean Lorcin et Gérard Raffaelli, version mise en ligne le 3 novembre 2009, dernière modification le 6 février 2012.

Par Daniel Colson, Jean Lorcin et Gérard Raffaelli

SOURCES : Arch. Nat. F7/13060, 13273, 13372. — Arch. Dép. Loire, 4 M 127, 92 M 240, 251, 257, 93 M 10, 42, 59, 84, 88, 539, 540 et 541, 85 W 154. — La Tribune Républicaine, 1922-1934. — Le Peuple de la Loire, 8 et 9 janvier 1922, 15 juillet 1923. — Le Cri du peuple, 17 janvier 1926, 17 décembre 1927, 6 juillet 1935. — L’Écho syndical, juin 1934. — Pétrus Faure, Histoire du mouvement ouvrier dans le département de la Loire, Saint-Étienne, Imprimerie Dumas, 1956, 503 p.. — H. Destour, op. cit. — M. et G. Raffaelli, op. cit. — D. Colson, Anarcho-syndicalisme et communisme, Saint-Étienne 1920-1925, Université de Saint-Étienne, 1986. — Jacques Girault, Benoît Frachon Communiste et syndicaliste, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 1989.— Etat civil.

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