JEANNE Maurice, Louis, Armand

Par Marcel Boivin, Jean Maitron

Né le 11 février 1902 à Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), mort le 25 septembre 1962 à Rouen ; docker de Rouen ; responsable syndical CGTU puis CGT, secrétaire de la Fédération CGT des Ports et Docks jusqu’en 1950.

Fils de docker, Maurice Jeanne perdit sa mère à un an et demi. Il commença à travailler à l’âge de treize ans et fut toujours « occupé sur le port ». Il participa à diverses actions et grèves sur le port de Rouen en particulier en 1928. Il avait subi deux condamnations pour « coups à agent » : la première en 1925 à un mois, la seconde en 1927 à quinze jours. Chaque fois, dit-il, il fut passé à tabac. Il recevait comme chômeur un secours à Sotteville et sa compagne, journalière, était également au chômage.

Jeanne adhéra au Parti communiste en avril 1932, présenté par un camarade nommé Lecouvreur et milita sur le port avec Henri Courtade. Affecté à la cellule du port du rayon de Rouen, il avait la carte n° 375-61. En décembre 1932 il fut membre, avec l’appui de la région, à la cellule de Sotteville. Avec d’autres dockers chômeurs ils assuraient la parution régulière d’un journal. Il participa à des manifestations contre les bateaux allemands qui arboraient le drapeau à croix gammée et à des actions contre les attaques patronales et le chargement de matériel de guerre. Il s’opposait alors à Engler qui dirigeait le syndicat unitaire. Lors d’une conférence il fut nommé responsable du comité d’action du port.

Dans son autobiographie, non datée, il déclarait n’avoir pas reçu d’instruction politique mais il avait assisté à une école de 14 jours et lisait seulement quelques brochures et, un certain temps, les Cahiers du bolchevisme. Classé A, il était jugé bon camarade, ayant du cran et dévoué au parti mais sa biographie était insuffisante.
Membre du syndicat unitaire des dockers de Rouen à partir de 1933, Maurice Jeanne s’imposa rapidement comme l’un des opposants les plus violents au bureau dirigé par Engler.

Au début de 1934, il organisa, sur l’instigation de Rivière, une réunion extraordinaire de l’Union locale unitaire, afin de faire exclure les principaux dirigeants qui appartenaient à la Ligue syndicaliste, Victor Engler, Germaine Goujon, Jean Jolly et Fernand Hutt.

L’opération ayant échoué, il créa avec Jules Duhamel un syndicat unitaire des dockers, où l’on retrouvait les membres de la cellule du port. Il fut élu secrétaire général le 4 juillet 1934. Il était assisté de Duhamel, secrétaire adjoint, Évrard trésorier, Guillemot trésorier adjoint, Decaux, Menard et Martin membres du conseil syndical. De 1935 à 1939, il demeura secrétaire du syndicat et fut délégué au conseil national CGTU de 1935, aux congrès nationaux CGT de 1936 et 1938. Selon S. Courtois, il fut, de 1936 à 1939, secrétaire adjoint de l’UD-CGT et, en 1938-1939, membre de la CE de la Fédération.

L’homme ne manquait pas de caractère, l’un de ses compagnons raconta qu’il se rendait aux différents congrès parisiens dans sa tenue de travailleur des quais, casquette et blouse de grosse toile, à la grande curiosité des gens qu’il croisait dans les couloirs du métro.

Il ne dut qu’à l’opposition de Jean Le Gall (qui lui reprochait son trop bref passé syndical) de ne pas assurer de plus hautes responsabilités. Membre du PC, il se présenta sans succès aux élections du conseil d’arrondissement en 1935.

À la fin de 1939, il fut envoyé au front malgré ses cinq enfants ; prisonnier, il s’évada, revint en Seine-Inférieure comme responsable syndical clandestin puis fut appelé à Paris comme responsable.

En 1945, il redevint secrétaire des dockers de Rouen et fut secrétaire jusqu’en 1950 de la Fédération CGT des Ports et Docks.

Marié à Notre-Dame-de-Bondeville (Seine-Maritime) le 31 mars 1958 avec Lucienne Valin, il mourut à Rouen le 25 septembre 1962.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75161, notice JEANNE Maurice, Louis, Armand par Marcel Boivin, Jean Maitron, version mise en ligne le 8 novembre 2009, dernière modification le 23 août 2010.

Par Marcel Boivin, Jean Maitron

SOURCES : RGASPI 495 270 472 (reporté par René Lemarquis). — Arch. Nat. F7/13028, rapport du 10 juillet 1934 (Seine-Inférieure). — Arch. Mun. réunions syndicales. — Témoignage de R. Le Marec. — S. Courtois, thèse, op. cit. annexe n° 18. — État civil de Rouen.

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