JALLAIS Jean-Pierre

Par Alain Dalançon

Né le 8 octobre 1941 à Saint-Jean-de-Liversay (Charente-Maritime), mort le 28 novembre 2010 à Poitiers (Vienne) ; gazier, surveillant de travaux ; militant communiste ; syndicaliste CGT, secrétaire du Comité régional Poitou-Charentes (1975-1996).

Jean-Pierre Jallais en 1987
Jean-Pierre Jallais en 1987

Fils d’un artisan bourrelier gaulliste et d’une mère au foyer, Jean-Pierre Jallais vécut une enfance heureuse avec ses deux sœurs cadettes au sein d’une famille très catholique dans son village natal de l’Aunis, dont il garda une pointe d’accent charentais.

Après avoir obtenu le certificat d’études primaires à l’école communale publique, Jean-Pierre Jallais réussit en mai 1956 le concours d’entrée au centre national d’apprentissage gazier de Versailles, où il obtint le CAP de plombier à l’issue de trois années de scolarité et poursuivit sa formation durant une année à l’École nationale des métiers Gaz de France de Versailles. Dans ces deux établissements, il fut au contact de moniteurs et enseignants très attachés aux valeurs d’émancipation sociale et de service public, anciens résistants pour la plupart, syndicalistes et communistes pour beaucoup d’entre eux. En septembre 1960, il entra à Gaz de France comme plombier et commença à travailler comme surveillant de travaux à Châtellerault (Vienne) où il adhéra à la CGT au début de l’année 1961.

En novembre de la même année, Jean-Pierre Jallais fut appelé au service militaire et partit en Algérie pour quatorze mois dans la région de Tlemcen puis d’Oran, affecté au 22e régiment d’infanterie de marine. Il termina son séjour, incarcéré pour insubordination au fort de Santon de Mers-el-Kébir, en mars et avril 1963. Cette expérience en Algérie compta beaucoup dans la maturation de son engagement et raffermit son accord avec les idéaux communistes.

Il adhéra au Parti communiste français en 1964, peu de temps après son retour à la vie civile en mai 1963, à Niort (Deux-Sèvres), où il avait été nommé surveillant de travaux à Gaz de France dans une équipe syndiquée à 100 % à la CGT. Il ne tarda pas à s’affirmer comme militant et devint responsable des jeunes à l’Union départementale CGT des Deux-Sèvres. Au début de l’année 1966, il fut muté à Poitiers (Vienne), toujours comme surveillant de travaux, et fut tout de suite investi de responsabilités : trésorier du syndicat CGT EDF-GDF de la Vienne et vice-président de la mutuelle des électriciens-gaziers, chargé de la caisse d’action sociale.

En juin 1966, Jean-Pierre Jallais épousa civilement à Coulon (Deux-Sèvres) Jacqueline Largeaud, secrétaire médicale, avec laquelle il eut une fille née en 1969. Militante elle aussi, son épouse allait rester durant dix-huit ans, maire adjointe communiste dans la municipalité d’union de la Gauche de Poitiers, conduite de 1977 à 1995 par le socialiste Jacques Santrot, vice-présidente du Centre communal d’action sociale (CCAS), où elle fit preuve d’un grand dévouement au service des personnes en difficulté sociale.

En mai-juin 1968, Jean-Pierre Jallais joua un rôle important dans la mobilisation ouvrière ; il organisa l’occupation des locaux de la direction d’EDF-GDF de la Vienne et des Deux-Sèvres durant trois semaines, à partir du 16 mai jusqu’aux premiers jours de juin, et fut responsable du comité de grève ; il commença à prendre des responsabilités interprofessionnelles à l’UD. Parallèlement, en juin 1968, il fut élu au bureau de la fédération de la Vienne du PCF, responsable aux entreprises et secrétaire à l’organisation pour une durée de trois ans. Par la suite, il continua à être membre du bureau fédéral jusqu’en 2004.

Le 15 juin 1971, Jean-Pierre Jallais commença un parcours de militant permanent de la CGT en obtenant un congé sans solde à titre syndical. Il devint secrétaire à l’organisation de l’UD de la Vienne, au côté d’André Laumont secrétaire de l’UD depuis 1950, qui commençait à connaître des problèmes de santé et préparait sa relève.

Lorsque ce dernier prit sa retraite, Françis Martin, d’abord élu secrétaire de l’union locale de Poitiers, lui succéda comme secrétaire de l’UD, tandis que Jean-Pierre Jallais fut élu secrétaire du Comité régional Poitou-Charentes en 1975. Son rôle dans la direction de l’UD et dans les mobilisations et grèves pour les salaires des métallurgistes du châtelleraudais en 1972, 1973, 1974, l’avait en effet fait reconnaître comme un jeune dirigeant compétent et actif de la CGT. Il allait rester secrétaire du Comité régional sans discontinuer jusqu’en 1996, après avoir réintégré EDF-GDF en 1992 et effectué en même temps un mandat dans le syndicalisme professionnel durant trois années. En 1996, la retraite professionnelle venue, il passa le témoin de secrétaire régional à Jean-Pierre Grenon, de l’UD de Charente-Maritime.

Durant cette vingtaine d’années, Jean-Pierre Jallais incarna en quelque sorte la CGT dans la région Poitou-Charentes. Homme de terrain, proche de la base, il disposait d’une grande écoute parmi les travailleurs et dans les milieux syndicaux et mutualistes ; habile négociateur pour tirer profit des rapports de force construits à travers les luttes, il sut se faire reconnaître par le patronat et les autorités régionales, départementales et locales.

Il fut donc un des principaux coordinateurs et organisateurs des nombreuses luttes syndicales des années 1970-1980 dans la région pour tenter de préserver l’emploi industriel, luttes marquées par des grèves dures et des occupations d’usines : dans la métallurgie avec occupation des chantiers navals de la Société des ateliers et chantiers de La Rochelle-Pallice, dans les usines papetières en Charente, la filière bois dans les Deux-Sèvres, la confection et les industries métallurgiques dans les Deux-Sèvres, la Charente et la Vienne.

Son autorité, son expérience et ses compétences valurent assez vite à Jean-Pierre Jallais d’être appelé à participer au travail au niveau confédéral à partir de 1978. En 1982, il fut sollicité pour coopérer au secteur organisation de la confédération. À ce titre, il participa et coopéra à l’organisation de la vie revendicative en Champagne-Ardennes, en Pays de Loire (Maine-et-loire) et en Limousin. La direction confédérale lui avait en fait demandé de « suivre » des UD où se posaient des « problèmes politiques » dans leurs directions ou dans les relations entre UD et fédérations du PCF. Jean-Pierre Jallais estimait nécessaire d’opérer une distanciation par rapport aux fédérations communistes comme il le faisait dans sa propre région. Il avait partagé l’orientation prônée par Georges Séguy*. Après 1982, son admiration pour l’homme et le militant qu’était son successeur, Henri Krasucki*, ne fut jamais démentie. Ainsi lui apporta-t-il son soutien lorsque ce dernier fut critiqué en 1989 par une partie du bureau confédéral. À son invitation, Henri Krasucki vint trois fois en Poitou-Charentes pour des meetings, des visites dans les usines occupées et des conférences, ainsi que pour sceller l’accord national de coopération CGT/MACIF (Mutuelle assurance des commerçants et industriels de France et des cadres et salariés de l’industrie du commerce, dont le siège se trouvait à Niort), qu’il avait largement contribué à préparer.

Malgré les propositions qui lui furent faites, Jean-Pierre Jallais refusa d’accéder à d’autres responsabilités confédérales. Dans les années 1980, après son expérience de représentation dans les pays socialistes, compte tenu des relations compliquées avec la FSM et à la suite de quelques interventions du bureau politique du PCF auprès de secteurs de la confédération, il estimait de plus en plus que la question de l’indépendance syndicale était devenue vitale et ne pouvait souffrir d’atermoiements.

Attaché à la solidarité entre travailleurs de tous les pays et aux valeurs de l’internationalisme, il avait participé à des coopérations internationales avec les syndicats hongrois et cubains dans les années 1980 et rencontré Pedro Ross, secrétaire de la CTC et Fidel Castro à La Havane en mai 1985. À la même époque, il accueillit en 1983-1984, à Poitiers, les syndicalistes kurdes victimes de la répression en Turquie. Plus tard, il participa à la coopération avec les syndicats de l’Amérique du Sud : en se rendant à Caracas en 1993 auprès des syndicats vénézuéliens de la CUTV, en participant au congrès d’unification des syndicats d’ouvriers agricoles brésiliens et de la CUT à Brasilia en 1995 et à la marche des paysans sans terre sur Brasilia. Il coopéra également avec les syndicats de la Serbie et du Monténégro en participant à la conférence de Cétinje en 1994, et participa à la conférence de Montréal en 1996 avec les syndicats canadiens, cubains, américains et la Tricontinentale contre la loi Helms-Burton, visant à isoler économiquement encore plus Cuba.

Par ailleurs, il fut désigné par la confédération et le Premier ministre, Michel Rocard, pour suivre la session de l’Institut des hautes études de la Défense nationale (session régionale de février à avril 1990).

Depuis sa retraite professionnelle prise en 1995, vivant dans la commune suburbaine de Poitiers, Sèvres-Anxaumont, Jean-Pierre Jallais militait à son syndicat des retraités de l’EDF-GDF de la Vienne, était formateur syndical à l’UD CGT. Il participait à des conférences et débats comme celui qui suivit en juin 2008 la projection à Châtellerault du film de Marcel Trillat*, Silence dans la vallée. Il poursuivait son militantisme au PCF auquel il était resté fidèle. Considéré dans son parti comme le syndicaliste, il récusait cependant ce classement et ce rôle, puisque défenseur acharné de l’indépendance syndicale et fit, de ce fait, quelques pauses dans sa participation active aux instances. Sa passion était le débat, il se considérait plutôt comme « le communiste des gens ordinaires et de la vie quotidienne ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75191, notice JALLAIS Jean-Pierre par Alain Dalançon, version mise en ligne le 21 novembre 2009, dernière modification le 1er septembre 2020.

Par Alain Dalançon

Jean-Pierre Jallais en 1987
Jean-Pierre Jallais en 1987
Dans une manifestation d'ouvriers du Livre
Dans une manifestation d’ouvriers du Livre
Debout. Congrès d'unification des syndicats des ouvriers agricoles brésiliens, Brasilia, 1995.
Debout. Congrès d’unification des syndicats des ouvriers agricoles brésiliens, Brasilia, 1995.

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Presse syndicale et régionale. — Entretien avec l’intéressé et témoignages oraux.

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