HIRSCH Edmond, dit Adam, alias FISER Emeric

Par Daniel Grason, Gérard Larue

Né le 7 mars 1913 à Toplita en Transylvanie (Roumanie), mort le 25 octobre 1943 à Mauthausen (Autriche) ; journaliste ; communiste ; volontaire en Espagne républicaine ; résistant membre de l’Organisation spéciale puis des FTP-MOI.

Courrier d’Argelès du 16 octobre 1940
Courrier d’Argelès du 16 octobre 1940

Fils de Samuel et de Joséphine, née Stein, Edmond Hirsch Juif de Transylvanie parlait le hongrois et le roumain, il fut arrêté en 1932 en Roumanie, condamné à trois ans de prison pour « propagande communiste ». Il vint en France en 1937, partit combattre dans les Brigades internationales en Espagne républicaine. Interné dans le camp d’Argelès puis de Saint-Cyprien après le retrait d’Espagne, il s’évada avec un groupe d’internés en juin 1941. Il rejoignit non sans difficultés Paris. Intégré dans l’Organisation spéciale, il devint l’adjoint de Joseph Boczor.

Chef du premier détachement, il dirigea plusieurs actions, l’attaque d’un détachement de soldats Allemands place du Danube. En juin 1942, il déposa un engin explosif sur la voie ferrée entre Villeneuve-Saint-Georges et Juvisy, l’engin n’explosa pas. Edmond Hirsch participa à la préparation d’une action qui eut un grand retentissement. Le 5 août 1942 vers 9 heures, Carol Goldstein, Andrei Sas Dragos et Nicolas Cristea du 1er détachement lançaient deux grenades sur une cinquantaine de soldats de la Luttwaffe qui effectuait le tour de la piste, bilan deux morts, cinq grièvement blessés, et quinze autres blessés.

Il fut l’organisateur d’une quinzaine d’attentats. Le 6 septembre 1942, des engins explosifs étaient déposés dans un garage réquisitionné par le Allemands rue Bargue, (XVe arr.). Le 8, vers 23 heures, un engin explosait sur le rebord extérieur d’une fenêtre du hall de l’Hôtel Primavera occupé par les Allemands 147 ter rue d’Alésia, (XIVe arr.). Deux soldats Allemands étaient sérieusement blessés ainsi que deux jeunes civils. Le 19 un engin incendiaire était déposé au 6 Rue Martel, (Xe arr.). Le 6 octobre des engins incendiaires étaient lancés dans un garage réquisitionné par les Allemands au 62 rue de Lagny à Montreuil-sous-Bois. Le 11, deux pétards étaient déposés sur les rebords des fenêtres de l’Hôtel Régence 5 à 7 Rue Thérèse, à Paris (Ier arr.).

Le 4 novembre des avertisseurs de police étaient détruits Place des Fêtes, (XIXe arr.) et 13 rue de Vanves, 48 heures plus tard, même opération rue Geoffroy-Saint-Hilaire, Ve arr. Le 9 novembre, dépôt d’un engin incendiaire à la librairie Rive Gauche. Le même jour, deux dépôts d’engins explosifs l’un à l’Hôtel Splendid-Lafayette, IXe arr., l’autre vers 21 heures 20 à l’Hôtel Normandy, rue de l’Échelle, Ier arr., il n’y eut ni dégât ni victime. Le 10 novembre, un avertisseur de police était détruit rue de Tolbiac, XIIIe arr. Le 12 vers 20 heures 50 une bombe explosait visant l’Hôtel Montana 26 rue Saint-Benoît, (VIe arr.), trois femmes étaient blessées. Le 20, nouvelle opération dans le garage de la rue Bargue, (XVe arr.). Le 27 vers 19 heures 10, trois bombes étaient déposées devant la façade de l’Hôtel de France, 4 Rue du Caire, (IIe arr.), deux explosèrent causant d’importants dégâts matériels et blessant très légèrement la fille du propriétaire.

Depuis les chutes de Goldstein, Sas Dragos et Christea le 19 octobre 1942, la GPF informa la BS2 qui rechercha activement Edmond Hirsch qualifié de « responsable militaire ». Le 6 décembre 1942 vers 10 heures 30, la BS2 interpella Oswald Zavodsky, torturé, il lâcha qu’il avait un rendez-vous avec Adam le lendemain. Le 7 décembre, des inspecteurs arrêtèrent Hirsch près de la station de métro La Chapelle. Fouillé il portait sur lui des faux-papiers au nom de Emeric Fiser, un carnet portant des indications manuscrites un cahier de feuilles de papier à cigarettes portant des indications de rendez-vous.

Il demeurait 1 rue du Surmelin à Paris (XXe arr.), disposait d’un domicile clandestin au 7 rue du Capitaine Ferber, (XXe arr.), les policiers y saisissaient : une bombe, une mitraillette Mauser avec chargeur, deux pistolets automatiques 7,65 m/m, un revolver 6,35 m/m… et l’indicatif des chefs de groupe du détachement. Ils tendirent une souricière où tomba Julie Deutsch, agent de liaison avec le service des faux-papiers. Dans son sac à double fond quatre jeux de faux-papiers et une note avec les lieux et heures de rendez-vous. Dans les 48 heures six FTP-MOI étaient arrêtés.

Lors des interrogatoires dans les locaux des Brigades spéciales à la préfecture de police, Edmond Hirsch fut torturé, il déchargea de toute responsabilité Julie Deutsch « avec qui je cohabitais depuis peu de temps », elle « ignorait tout de mon activité et [de] l’existence du matériel entreposé 7 rue du Capitaine Ferber ». Il reconnaissait son rôle d’organisateur dans les attentats et de sa liaison avec Jaroslaw Martunek, pseudonyme d’Andrei Sas Dragos, l’un des artificiers de l’attentat du stade Jean-Bouin.

Incarcéré, livré aux Allemands, Edmond Hirsch était dans le wagon de cinquante-deux hommes qui partit le 16 août 1943 de la gare de l’Est à destination de Sarrebruck (camp de Neue Bremm) en Allemagne. De ce camp de triage, Edmond Hirsch et Oswald Zavodsky classés « NN » Nuit et Brouillard (condamnés à disparaître) étaient envoyés le 26 août à Mauthausen (Autriche). Matricule 34540, Edmond Hirsch y mourut le 25 octobre 1943. Oswald Zavodsky échappa à la mort, il rentra en Tchécoslovaquie où il connut un destin tragique.

La mémoire familiale


« La première fois mon frère n’est pas resté longtemps en prison [en Roumanie], si je me souviens bien mon père a pu intervenir. Quelques mois après, il a été arrêté de nouveau, cette fois, c’était plus grave, il a été battu et envoyé dans une prison « réputée », grève de la faim, emprisonnement près de deux ans. Après sa libération, en 1936, il est revenu à Paris continuer la lutte pour un monde meilleur ! En automne 1937, il est parti en Espagne en tant que journaliste, dans le cadre des brigades internationales, pris part active dans la guerre. »
« Après avoir combattu dans les Brigades Internationales en Espagne, alors cantonné à Albacete, il fut interné au camp de Gurs dès l’automne 1939, des lettres datées de Gurs dès la mi-novembre en témoigna. Il y resta jusqu’au printemps ou été 1940, puis connut le camp d’Argelès (courrier daté du 16 octobre 1940). Sa famille a gardé précieusement plusieurs lettres de cette époque, écrites soit en roumain soit en français. »
« Un document des Archives Départementales des Pyrénées Orientales, permet un éclairage plus précis sur son parcours, la fiche concernant Edmond, d’ailleurs très succincte, nous apprend qu’il a été interné à Argelès-sur-Mer, au camp du Vernet d’Ariège, le 27 mars 1941 (ce camp était réputé comme étant très dur) ; il est classé comme international - liste 2/70 (?). En face de nationalité, rien n’est noté (il était apatride). On ne connaît ni sa date d’entrée ni sa date de sortie. »
« À la fin de la guerre d’Espagne, pour la majorité, ils étaient internés dans le sud-ouest de la France, ils étaient parqués comme du bétail. L’hiver 1939-1940, recevant quelques rares colis. Ils y sont restés jusqu’en juillet 1941, quand les Allemands ont décidé de les déporter dans les camps allemands. Avant on les a déposés dans les casernes de la porte des Lilas à Paris. »
« De là, il a réussi à nous avertir qu’on peut aller le voir. Immédiatement, (mon mari) et moi nous sommes présentés, effectivement on nous a laissé entrer sur présentation de nos cartes d’identité, c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés. Nous avons décidé d’essayer de le sortir, (ils avaient le même âge) donc il a pris la carte d’identité de Nic et nous sommes sortis en tant que monsieur et madame Denès, bras dessus-bras dessous. Une fois dehors, il a rapidement disparu, je suis retournée seule avec la carte d’identité de (mon mari) pour le retrouver et nous sommes sortis normalement. La première nuit, il est venu dormir chez nous, après nous n’avions plus son adresse, mais nous nous sommes rencontrés plusieurs fois avant notre départ de Paris, sa copine était une des meilleures amies. Une fois, (mon mari) et moi étant en zone libre, nous avions quelques rares cartes postales autorisées par les Allemands. En novembre 1942, un ami nous prévint qu’il avait été arrêté à un rendez-vous, son amie y était aussi, elle a disparu et on n’a jamais su ce qu’elle était devenue. »
Textes extraits par Jean-Francois Denes des souvenirs de sa mère, sœur d’Edmond Hirsch, transmis le 25 juin 2019.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75254, notice HIRSCH Edmond, dit Adam, alias FISER Emeric par Daniel Grason, Gérard Larue, version mise en ligne le 4 décembre 2009, dernière modification le 25 juin 2019.

Par Daniel Grason, Gérard Larue

Courrier d'Argelès du 16 octobre 1940
Courrier d’Argelès du 16 octobre 1940

SOURCES : Arch. PPo., BS2 carton 20, BA 1747, BA 1752, 77W 415, PCF carton 13 rapports hebdomadaires sur l’activité communiste pendant l’Occupation. – Arch. DAVCC Caen (notes Jean-Pierre Besse). – Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski, Le sang de l’étranger. Les immigrés de la MOI dans la Résistance, Fayard, 1989. – Boris Holban, Testament. Après 45 ans de silence, le chef militaire des FTP-MOI de Paris parle…, Calmann-Lévy, 1989. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004.

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