BEVAN Aneurin

Né le 15 novembre 1897 à Tredegar, Monmouthshire (aujourd’hui Gwent) ; mort le 6 juillet 1960 à Chesham, Buckinghamshire ; homme d’État travailliste.

Fils de mineur, Aneurin Bevan, dit « Nye », a commencé à travailler à la mine dès sa sortie de l’école primaire. En 1919, il est envoyé par son syndicat au Central Labour College à Londres (le Central Labour College était un centre de formation ouvrière d’inspiration marxiste). De retour à Tredegar au bout de deux ans, Nye Bevan milite de plus en plus activement au sein de la Fédération des mineurs gallois (South Wales Miners’ Federation) et en 1929 il fait ses débuts au Parlement comme député travailliste de la circonscription d’Ebbw Vale, siège qu’il va occuper jusqu’à sa mort. Dans un premier temps aux Communes, Bevan intervient surtout à propos des questions touchant le sort des mineurs, mais déjà il fait preuve de brillants talents oratoires — talents qui par la suite se déploieront à maintes reprises, éblouissant et subjuguant tous ses auditeurs (c’est là un tour de force d’autant plus remarquable que Bevan a dû dominer le fort bégaiement dont il était affligé dans sa jeunesse).

En 1934 Nye épouse Jennie Lee, personnalité marquante du mouvement socialiste ; député de la circonscription écossaise de Lanark-Nord de 1929 à 1931, Jennie Lee était restée à l’Independent Labour Party lorsqu’en 1932 celui-ci avait fait sécession du Labour Party ; par la suite elle rejoindra le parti travailliste et en 1945 elle sera élue député de Cannock dans le Staffordshire. Ce mariage a été un mariage très heureux.

Au cours des années 1930, Bevan appartient à l’aile gauche du Labour. De plus en plus déçu par le timide et prudent réformisme des leaders du parti et du TUC, il soutient vigoureusement les « marches de la faim » organisées par les chômeurs du National Unemployed Workers’ Movement (mouvement en grande partie contrôlé par le parti communiste). De manière générale, Bevan appuie à cette époque tous les mouvements pour l’unité d’action. Il se trouve ainsi l’allié de Stafford Cripps*, qui devient pour lui un ami politique sûr. Cripps et Bevan, avec quelques autres, lancent en janvier 1937 un nouvel hebdomadaire de gauche, Tribune. Mais ce même mois, le Labour Party a décidé d’exclure de ses rangs la Socialist League. C’est l’échec de la première tentative d’union de la gauche — tentative réunissant la ligue, le parti communiste et le parti indépendant du travail (ILP). L’année suivante, devant la détérioration de la situation en Espagne et dans le monde, la gauche travailliste essaie de créer un mouvement de Front populaire en Angleterre. Cela provoque au début de 1939 l’exclusion de Stafford Cripps du parti travailliste. Pour sa part Bevan reçoit un avertissement. Cependant, son expulsion (ainsi que celle de George Strauss) ne se fait guère attendre : elle est confirmée au congrès du parti à la Pentecôte 1939. Toutefois Bevan va être réintégré dans les rangs du parti en décembre de la même année.

Au Parlement, durant toute la guerre, Bevan s’impose comme personnalité de premier plan du mouvement travailliste. Affirmant les droits d’une opposition active et démocratique, il critique sans relâche, avec franchise et avec pugnacité le leadership militaire et politique de Churchill (en particulier il dénonce âprement l’intervention britannique en Grèce en 1944-1945). Au total ses interventions ont largement contribué à formuler les aspirations à un monde nouveau pour l’après-guerre. Dans le gouvernement travailliste formé par Attlee* en 1945, Bevan devient ministre de la Santé. À côté des problèmes du logement, rendus particulièrement aigus par la pénurie consécutive aux bombardements, Bevan s’occupe de réformer tout le système de la Santé publique : la mesure la plus importante qu’il ait réalisée, c’est la loi de 1948 (National Health Act) qui instaure un régime de soins médicaux gratuits pour tous. Cependant la politique étrangère menée par le gouvernement travailliste inquiète de plus en plus Bevan qui se sent très isolé au sein du Cabinet. À l’extérieur du Parlement les critiques se multiplient et Tribune constitue le foyer principal de l’opposition (depuis le début Bevan était très lié à l’hebdomadaire et les années de guerre avaient renforcé ces liens). À l’intérieur du groupe parlementaire travailliste se crée un mouvement intitulé Keep Left (« Restons à gauche »), le mouvement dans lequel on retrouve la plupart des anciens alliés de Bevan témoigne de l’inquiétude grandissante de la gauche et de son désaccord avec la ligne officielle du parti.

En janvier 1951, à l’occasion d’un remaniement du gouvernement Attlee, Bevan reçoit le portefeuille du Travail. Mais dès avril il démissionne avec éclat en signe de protestation contre les atteintes à la gratuité du service national de Santé (pour financer le réarmement il avait été décidé par le Cabinet de faire payer certains actes médicaux). En même temps, que Bevan démissionnent deux autres ministres de gauche, Harold Wilson* (alors ministre du Commerce et futur leader du parti) et John Freeman (futur rédacteur en chef du New Statesman).

Peu après intervient la défaite électorale du Labour, et les travaillistes retournent dans l’opposition (octobre 1951). Pendant plusieurs années Bevan et ses partisans (ils forment à l’intérieur du Labour le groupe des « bevanistes ») vont être en conflit continuel avec la direction du parti. Bien que Bevan soit membre de l’exécutif national du Labour Party, lui-même et ses alliés se retrouvent toujours minoritaires, car le système du block vote permet aux grandes centrales syndicales de mettre immanquablement en échec la gauche (Arthur Deakin*, du puissant syndicat des Travailleurs des transports, Transport and General Workers’ Union, est alors le chef syndicaliste le plus violemment hostile au « bevanisme »). Les points essentiels de désaccord portaient à l’origine sur la défense nationale et la politique étrangère britannique, en particulier en raison du soutien que la direction du Labour apportait au programme de réarmement des conservateurs (n’était-ce pas d’ailleurs le gouvernement travailliste qui avait lui-même mis en route ce programme ?). Puis, en 1953-1955 c’est le réarmement allemand qui devient le problème majeur.

En 1952, Bevan avait été élu membre du « Cabinet fantôme », le Shadow Cabinet. Deux ans plus tard, il donne sa démission, et c’est Harold Wilson qui le remplace. L’épisode est interprété comme un signe de moindre entente politique entre les deux hommes, alors que jusque-là, Wilson avait été considéré comme le principal lieutenant de Bevan.

La controverse sur le réarmement allemand continuant de faire rage, le leader du parti, Attlee, en vient à l’idée d’exclure Bevan du groupe parlementaire travailliste en lui retirant le whip du Labour, mais la décision n’est acquise que par 141 voix contre 112. Cette faible majorité surprend Attlee. Aussi, celui-ci, lorsque à son tour l’exécutif du Labour envisage d’exclure Bevan, fait-il en sorte que la décision soit ajournée (par contre Gaitskell* et Morrison* votent l’exclusion).

À partir du début de 1956, lorsque Gaitskell remplace Attlee comme leader du parti, Bevan et Gaitskell commencent à se rapprocher en vue d’une entente. Leur premier essai de coopération se situe pendant la crise de Suez, à l’automne 1956. Redevenu membre du Shadow Cabinet, Bevan se voit confier les questions coloniales, puis les Affaires étrangères (si le Labour était revenu au pouvoir, Bevan aurait été chargé du Foreign Office). En 1957, lors du congrès du parti, Bevan combat la motion réclamant la renonciation unilatérale de la Grande-Bretagne aux armes atomiques. Son argument, c’est qu’un tel engagement aboutirait à envoyer « tout nu dans la salle des délibérations » le ministre britannique des Affaires étrangères. Le discours de Bevan fait sensation. De fait l’épisode marque un tournant dans ses relations avec la gauche dont pendant si longtemps il avait été le chef incontesté. Sans doute Bevan a-t-il choisi cette voie parce que pour une part il croyait — c’était d’ailleurs l’opinion générale — que le Labour allait remporter les prochaines élections. Espoir déçu, car ce sont au contraire les conservateurs qui sont victorieux et qui donc se maintiennent au pouvoir lors des élections de 1959.

Au lendemain des élections, Bevan participe activement aux controverses qui secouent le Labour, notamment à propos de l’avenir du parti, des nationalisations et de la « clause 4 ». Mais atteint d’un cancer, il voit sa santé décliner rapidement, et il meurt prématurément à l’âge de soixante-deux ans, au cours de l’été 1960, disparaissant avant la plus spectaculaire des polémiques — celle relative à l’armement atomique — qui faillit couper en deux le mouvement travailliste en 1960-1961.

Nye Bevan apparaît comme le leader socialiste le plus doué et le plus brillant de sa génération. Jusqu’à l’ultime phase de sa carrière, il a été en rébellion contre la direction officielle du Labour, accusant celle-ci de timidité, voire de lâcheté. Orateur de première force, étincelant dans l’art du débat parlementaire, personnalité ardente et chaleureuse, il a su d’un bout à l’autre de sa vie, préserver la flamme et la passion qu’il avait héritées de ses origines celtiques. Aux yeux de l’histoire il restera l’un des grands inspirateurs du socialisme du XXe siècle.

Parmi ses disciples l’on doit citer en priorité Michael Foot*, son successeur à la fois comme député d’Ebbw Vale et comme porte-parole de la gauche et également son biographe (même si la biographie de Bevan par Foot est une œuvre qui manque de recul critique, elle trace de l’homme un portrait vivant et de première main).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75317, notice BEVAN Aneurin, version mise en ligne le 12 décembre 2009, dernière modification le 12 décembre 2009.

ŒUVRE : Why not trust the Tories ? (Méfions-nous des Tories), Londres, 1944. — Pour vaincre la peur, Paris, Calmann-Lévy, 1952 (traduction de In Place of Fear, Londres, 1952).

BIBLIOGRAPHIE : H.V. Brome, Aneurin Bevan, Londres, 1953. — M.M. Krug, Aneurin Bevan : cautious rebel, New York, 1961. — M. Foot, Aneurin Bevan, t. I : 1897-1945, Londres, 1962 ; T. II : 1945-1960, Londres, 1973. — M. Jenkins, Bevanism, Labour’s High Tide, Nottingham ; 1979. — A. Bullock, Ernest Bevin. Foreign Secretary : 1945-1951, Londres, 1983.

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