BROADHURST Henry

Né le 13 avril 1840 à Littlemore, Oxfordshire ; mort le 11 octobre 1911 à Cromer, Norfolk ; leader syndicaliste, député libéral.

Enfant, Henry Broadhurst fréquente l’école du village de Littlemore, tout près d’Oxford, mais à douze ans il est placé chez un maréchal-ferrant. Au bout d’un an, il suit son père qui exerce le métier de maçon et commence son apprentissage à Oxford. Bien que les maçons représentent l’élite de la profession, Broadhurst, tout comme les autres ouvriers du bâtiment, connaît de longues périodes d’inactivité. Aussi décide-t-il de quitter Oxford et de trimarder en quête de travail (tramping). Après avoir ainsi parcouru tout le Sud de l’Angleterre, il finit par trouver un emploi stable à Norwich, dans le Norfolk et se marie. Puis à l’âge de vingt-cinq ans, il s’installe à Londres où il ne tarde pas à travailler sur un chantier de construction du Parlement à Westminster. Autour de 1870 le climat de prospérité économique provoque une vague de revendications ouvrières, tant en matière de salaires que de conditions de travail. Les premiers à réclamer sont les métallurgistes qui font campagne pour la journée de neuf heures. À Londres, ils sont suivis par quelques associations syndicales du bâtiment qui commencent à s’agiter à leur tour dans le même but. En janvier 1872, les sociétés de maçons de la capitale et les unions de charpentiers et de menuisiers se réunissent pour créer un comité commun. Leurs revendications se résument dans le slogan : « Neuf, neuf » (Neuf heures de travail par jour, neuf pence de l’heure).

Les patrons ayant repoussé ces propositions, les charpentiers se mettent en grève. Du coup les patrons ripostent par un lock-out généralisé. C’est alors que certains responsables des maçons se désolidarisent des autres unions, négocient directement et séparément avec les employeurs. Parmi eux l’on compte Broadhurst (il présidait le comité des maçons). Les maçons obtiennent huit pence et demi de l’heure et retournent au travail, laissant les autres ouvriers du bâtiment poursuivre la grève.

La même année, Broadhurst entre au Trades Union Congress comme délégué de son syndicat et il est élu membre du comité parlementaire du TUC (le comité parlementaire a été pendant des années le seul organisme permanent du TUC entre les congrès annuels).

Broadhurst a trente-deux ans quand il quitte définitivement son métier de maçon pour devenir permanent syndical. Trois ans après, il est élu secrétaire du comité parlementaire, poste qu’il occupe jusqu’en 1890.

Le gouvernement libéral que dirige alors Gladstone (1868-1874) a fait voter en 1871 le Criminal Law Amendment Act. Cette loi, qui limite et sanctionne sévèrement l’usage des piquets de grève, porte atteinte à la liberté d’action des syndicats. Aussi une vaste campagne est-elle organisée pour abroger ces dispositions ; en même temps l’on voit renaître avec vigueur le mouvement pour une représentation ouvrière au Parlement. En 1874 plusieurs syndicalistes se présentent aux élections législatives, dont Broadhurst, mais celui-ci est battu. À partir de 1873 c’est lui qui devient le secrétaire de la Ligue pour la représentation du travail (Labour Representation League). En fait la ligue a peu d’emprise sur le mouvement ouvrier — ce dont Broadhurst est pour une part responsable dans la mesure où il apparaît de plus en plus comme un parfait adepte des principes du libéralisme et du parti libéral (à l’intérieur du parti, et sous l’influence personnelle de Gladstone, il se situe même comme un homme du centre).

C’est en 1880 que Broadhurst débute dans la carrière parlementaire. Aux élections de cette année-là il est élu député, sous l’étiquette Lib-Lab, de Stoke-on-Trent (Staffordshire). Comme tous les autres trade-unio-nistes entrés au Parlement avec le soutien du parti libéral, Broadhurst a pour principal objectif de faire passer des réformes visant à l’amélioration de la condition ouvrière (indemnisation des accidents du travail, législation industrielle, extension des droits politiques locaux, etc.). Au cours de ses mandats parlementaires successifs, il fait partie de plusieurs commissions d’enquête, notamment la commission royale sur le logement ouvrier (Royal Commission on the Housing of the Working Classes) (1884-1885) et la commission royale sur la vieillesse et la pauvreté (Royal Commission on the Aged Poor) (1892-1893).

En 1885 il avait été élu dans la circonscription de Bordesley à Birmingham et l’année suivante à Nottingham-Ouest, mais en 1892 il est battu à Nottingham et à Grimsby (Lincolnshire) en 1893. Finalement, grâce à l’appui du parti libéral, Broadhurst est élu, en 1894, député de Leicester, siège qu’il conserve jusqu’à la fin de sa carrière parlementaire en 1906.

En tant que secrétaire du comité parlementaire du TUC, Broadhurst a joué un rôle important dans l’élaboration de la réforme électorale de 1884 qui aboutit à étendre le droit de vote à de nouvelles catégories d’ouvriers. En 1886, il occupe un poste de sous-secrétaire d’État dans le bref gouvernement Gladstone. Mais déjà à cette époque il est en butte aux attaques des jeunes syndicalistes militants. Aux yeux des socialistes qui allaient devenir à partir de 1889 les chefs de file du « nouvel unionisme » le libéralisme petit bourgeois de Broadhurst apparaissait comme l’adversaire à renverser. Keir Hardie*, de son côté, s’est rendu célèbre pour ses attaques contre Broadhurst. C’est que celui-ci faisait obstacle à la fois à la revendication de la journée de huit heures (bientôt l’objectif n° 1 de tout ce que le mouvement ouvrier comptait de militants) et à la volonté ouvrière de rupture avec le parti libéral en vue de la formation d’un parti ouvrier indépendant. Si Broadhurst et les chefs traditionnels du mouvement syndical gardent la majorité aux congrès du TUC à Swansea en 1887, à Bradford en 1888 et à Dundee en 1889, les nouveaux militants, puissamment renforcés par l’écho des événements du 1889 réussissent à faire voter une résolution en faveur de la journée de huit heures au congrès suivant en 1890. Broadhurst démissionne alors du secrétariat du comité parlementaire en alléguant sa mauvaise santé. Désormais, bien qu’il continue de jouer un rôle au TUC, il voit son influence décroître rapidement. Après avoir finalement quitté le Parlement en 1906, il passe les dernières années de sa vie sur la côte du Norfolk, dans la petite ville de Cromer, où il meurt en 1911. Il était veuf depuis 1905.

Par sa vie et par son œuvre, Broadhurst incarne le syndicalisme de métier des années 1860-1890. Manœuvrier adroit, apte à saisir les occasions (non sans opportunisme), prudent et tenace, il s’est trouvé tout à fait à l’aise au Parlement. Devenu libéral modéré, il a combattu avec force les idées socialistes des années 1880 ainsi que la tendance à recourir à l’État comme moyen de corriger les inégalités. Son action a certainement contribué à retarder l’avènement d’un parti ouvrier indépendant en Grande-Bretagne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75331, notice BROADHURST Henry, version mise en ligne le 12 décembre 2009, dernière modification le 12 décembre 2009.

ŒUVRE : (En collaboration avec Sir R. Reid), Leasehold Enfranchisement (La réforme des baux emphytéotiques), Londres, 1885. — Henry Broadhurst, MP : The Story of his Life from a Stonemason’s Bench to the Treasury Bench (Autobiographie : Henry Broadhurst, député : histoire d’une vie. Du banc du maçon à celui de la Trésorerie), Londres, 1901.

BIBLIOGRAPHIE : S. et B. Webb, History of Trade Unionism, 2e éd., Londres, 1920. — R.W. Postgate, The Builders’ History, Londres 1923. — B.C. Roberts, The Trades Union Congress, 1868-1921, Londres, 1958. — W.H. Fraser, Trade Unions and Society : the struggle for acceptance, 1850-1880, Londres, 1974. — J. Bellamy et J. Saville (éd.), Dictionary of Labour Biography, t. II.

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