BROCKWAY Fenner [BROCKWAY Archibald Fenner]

Né le 1er novembre 1888 à Calcutta ; mort le 28 avril 1988 ; député socialiste, journaliste et écrivain.

Le père de Brockway était pasteur congrégationaliste en Inde et le jeune garçon a fait ses études à Eltham College, internat pour fils de missionnaires. Dès le collège il commence à écrire des tracts politiques, tout en apprenant tout seul la sténographie. Ses études terminées il devient l’assistant du rédacteur en chef d’un journal mensuel, The Quiver. Mais il quitte ce premier emploi au bout de quelques semaines pour écrire de petits articles pour un journal libéral. En 1907 il entre comme rédacteur à l’Examiner, hebdomadaire de l’Église congrégationaliste.

C’est à cette époque que Fenner Brockway commence à subir l’influence d’un pasteur socialiste le révérend R.J. Campbell, éditeur du Christian Commonwealth et prédicateur du City Temple, le célèbre centre religieux de la Cité de Londres. Brockway passe alors au service du périodique comme adjoint du Campbell (ce dernier est très lié avec Keir Hardie*). La conversion de Brockway au socialisme se situe précisément à la suite d’une interview donnée par K. Hardie au journal.

Brockway fait d’abord partie de la Social Democratic Federation, mais comme il désapprouve le dogmatisme de la SDF, il la quitte bientôt pour s’inscrire à l’Independent Labour Party ou ILP (novembre 1907). Dès lors sa longue carrière d’orateur et d’écrivain socialiste commence.

En 1910, Brockway devient rédacteur-adjoint du Labour Leader, l’organe de l’ILP ; puis au bout de deux ans il passe rédacteur en chef. Ses fonctions le mettent en contact avec la plupart des leaders du mouvement travailliste, notamment Glasier*, Jowett*, Snowden* et Mac-Donald*. Il les conserve jusqu’à son emprisonnement en 1917 pour infraction aux lois sur la conscription.

En effet, depuis qu’a éclaté la guerre de 1914, Brockway (fortement encouragé par sa femme Lilla, l’une des filles du révérend Harvey-Smith, qu’il vient d’épouser) s’est prononcé résolument dans un sens pacifiste. C’est ainsi qu’il est l’un des fondateurs de la No-Conscription Fellowship. Tout au long des années de guerre, l’association reçoit un large soutien, mais nombreux sont les adhérents qui paient de leur liberté leur opposition à la politique de guerre et leur refus du service armé. Pour sa part, Brockway est arrêté à quatre reprises en 1916-1917. La dernière fois, on le condamne à deux ans de prison avec travail forcé. Il est libéré en avril 1919.

À sa sortie de prison, il se consacre à trois causes. D’abord il dirige la campagne « Plus jamais la guerre » (The No More War Campaign). Ensuite, il soutient la cause de l’indépendance de l’Inde (il est secrétaire-adjoint du comité britannique du Congrès national indien et c’est lui qui publie India depuis 1919). Enfin, il milite en faveur de la réforme des prisons (secrétaire adjoint en 1920 de la Commission d’enquête sur le régime pénitentiaire, il a la satisfaction de voir le rapport élaboré par la commission aboutir à un certain nombre d’améliorations pour les prisonniers).

En 1922, Brockway devient secrétaire à l’organisation de l’ILP. Cette année-là, il se présente pour la première fois au Parlement comme candidat travailliste de Lancaster. Il échoue et se présente à nouveau en 1924 — toujours sans succès — à l’occasion d’une élection partielle. Il entre enfin au Parlement en 1929 comme député de la circonscription d’East Leyton, dans la banlieue ouvrière de Londres. Au cours des années 1920 Brockway a joué un rôle important dans l’évolution du socialisme anglais. Il prend part à la rédaction des nouveaux statuts et du programme de l’ILP. Ce programme intitulé Socialism in our Time (le socialisme pour notre temps), exige à la fois un minimum de vie décente pour tous et la nationalisation de toutes les industries de base. Brockway s’intéresse aussi aux aspects internationaux du socialisme : de 1926 à 1931, il fait partie de l’exécutif de l’Internationale socialiste. De 1926 à 1929, il est rédacteur en chef du New Leader, l’organe de l’ILP. Après son échec aux élections de 1931, il reprend sa place au journal (il restera à la tête jusqu’en 1946). Président de l’ILP de 1931 à 1933, il a été parmi les premiers à proposer en 1932 de désafilier le parti d’avec le Labour Party à la suite de la « trahison » de MacDonald l’année précédente.

Pendant les années qui suivent cette scission, Brockway tente de rapprocher l’Internationale socialiste de l’Internationale communiste. Cependant sa sympathie envers le parti communiste est sérieusement ébranlée par l’attitude des communistes durant la guerre d’Espagne, en particulier par l’hostilité qu’ils manifestent à l’encontre des volontaires de l’ILP venus lutter contre le fascisme.

Pendant la Seconde guerre mondiale Brockway préside une association d’objecteurs de conscience (Central Board for Conscientious Objectors) tout en soutenant le combat contre Hitler. Poursuivant ses campagnes contre les bénéfices des fabricants d’armes, il est l’un des auteurs de l’ouvrage publié par le « Club du Livre de gauche », le Left Book Club, sous le titre Death pays a Dividend (La mort rapporte).

Tout au long des années 1930, Brockway n’avait jamais réussi à se faire élire sous l’étiquette de l’ILP (à quatre reprises il avait été battu entre 1935 et 1945). Il finit par quitter l’ILP et retourne au parti travailliste. En 1950, il est élu député travailliste d’Eton et Slough et garde ce siège jusqu’à sa défaite électorale en 1964. Brockway est alors nommé pair à vie (Life peer) et il entre à la Chambre des Lords (dont il avait pourtant critiqué le fonctionnement).

À partir de 1950, ses deux principaux sujets d’intérêt sont la décolonisation et l’union européenne. Envoyé en 1952 comme membre d’une mission au Kenya, il devient en 1954 président du Mouvement pour la liberté des colonies et en 1959, de l’Association socialiste d’Outre-Mer (British Asian and Overseas Socialist Fellowship). À partir de 1960, il joue un rôle de premier plan dans la campagne contre les armes nucléaires et en 1965 il préside le comité britannique pour la paix au Vietnam. En dépit de l’âge Brockway n’a jamais cessé de déployer une extrême énergie en faveur des causes humanitaires et il est resté fidèle à ses idées avancées.

Ecrivain prolifique Brockway a touché à toutes les questions du mouvement ouvrier et travailliste. C’est en 1913 qu’il avait publié son premier ouvrage : Labour and Liberalism. Parmi ceux qui suivent, les plus importants sont d’une part Socialism for Pacifists (Socialisme des pacifistes), 1917 ; d’autre part son autobiographie, intitulée Inside the Left (À l’intérieur de la gauche), 1942, Outside the Right (Au dehors de la droite), 1963 et Towards Tomorrow (Vers l’avenir), 1977.

Brockway a publié aussi une vie de Jowett, Socialism over Sixty Years : The Life of Jowett of Bradford, 1946. Alors que pendant les années 1930, il avait couvert les sujets les plus variés, notamment The Indian Crisis (La crise indienne), 1930 ; Hungry England (L’Angleterre de la faim), 1932 et Will Roosevelt succeed ? (Roosevelt peut-il réussir ?), 1934, de 1950 à 1970 il a écrit plusieurs livres sur l’Afrique.

Brockway a eu quatre filles de son premier mariage et un fils du second (il s’était remarié en 1946 avec Edith King, fille d’Archibald King).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75332, notice BROCKWAY Fenner [BROCKWAY Archibald Fenner], version mise en ligne le 12 décembre 2009, dernière modification le 12 décembre 2009.

ŒUVRES PRINCIPALES : Labour and Liberalism (Socialisme et libéralisme), Londres, 1913. — Socialism for Pacifists (Socialisme des pacifistes), Manchester, 1917. — The Indian Crisis (La crise indienne), Londres, 1930. — Hungry England (L’Angleterre de la faim), Londres, 1932. — The Bloody Traffic (Le trafic sanglant), 1933. — Will Roosevelt succeed ? A study of fascist tendencies in America (Roosevelt peut-il réussir ?), Londres, 1934. — Inside the Left (À l’intérieur de la gauche), Londres 1942. — Death pays a Dividend (La mort rapporte), en collaboration avec Frédéric Mullally, Londres, 1944. — Socialism over Sixty Years : the Life of Jowett of Bradford (Soixante ans de socialisme : la vie de Jowett de Bradford) Londres, 1946. — Bermondsey Story (Une histoire de Bermondsey), Londres, 1949 (la vie d’Alfred Salter). — Why Mau-Mau ? (Pourquoi les Mau-Mau ?), Londres, 1953. — Outside the Right (Au-dehors de la droite), Londres, 1963. — African Socialism (Socialisme africain), Londres, 1963. — The Next Step to Peace (Démarche pour la paix), Londres, 1970. — The Colonial Revolution (La révolution coloniale), Londres, 1973. — Towards Tomorrow (Vers l’avenir), Londres, 1977.

BIBLIOGRAPHIE : Who’s Who.

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