CLYNES John Robert

Né le 27 mars 1869 à Oldham, Lancashire ; mort le 23 octobre 1949 à Londres ; dirigeant syndicaliste et travailliste.

Le père de John Clynes était irlandais : fermier pauvre et illettré, il avait été expulsé de sa tenure en 1851 et avait émigré aussitôt vers le Lancashire. John Clynes fréquente l’école d’Oldham, mais à dix ans il est embauché à mi-temps comme « petit rattacheur » dans une usine de textiles. Dès l’âge de douze ans, il travaille toute la journée. Passionné de lecture, il est marqué par les idées de Carlyle, Ruskin*, Stuart Mill*. Avant d’avoir atteint sa vingtième année, il est déjà habitué aux débats publics et a donné plusieurs articles à la presse locale sur la condition ouvrière. Comme les rattacheurs, travailleurs semi-qualifiés, se trouvaient exclus du syndicat des Ouvriers fileurs (Spinners’ Union), réservé à la main d’œuvre spécialisée, Clynes va créer un syndicat des Rattacheurs (Piecers’ Union) au cours des années 1880. Son succès attire l’attention des animateurs du « nouvel unionisme » de 1889 ; en 1891, Will Thorne* propose à Clynes le poste de secrétaire régional du syndicat national des Gaziers et Manœuvres (National Union of Gasworkers and General Labou-rers) — l’un des syndicats les plus importants de la nouvelle tendance. A vrai dire, Clynes était un modéré, et dès ses débuts de permanent, il a toujours déclaré que sans le bon vouloir des employeurs aucune organisation stable d’ouvriers non qualifiés ou semi-qualifiés n’était viable. Par la suite il s’en est toujours tenu à cette position prudente et mesurée.

En 1892 Clynes est élu président de la Bourse du Travail d’Oldham et il en sera le secrétaire de façon continue de 1894 à 1912. En 1893 il participe à Bradford au congrès où est fondé le premier parti du travail, l’Independent Labour Party. La même année il fait partie de la délégation britannique au Congrès de l’Internationale socialiste à Zurich. C’est alors un lecteur assidu du Clarion de Blatchford* : celui-ci contribue à élargir son horizon culturel et à développer sa réflexion.

En 1896 Clynes devient secrétaire de son syndicat pour l’ensemble du Lancashire. De même que la plupart des « nouveaux unionistes » (dont l’objectif était d’enrôler dans les trade-unions toutes les catégories d’ouvriers non qualifiés) Clynes est convaincu qu’il est nécessaire d’instaurer une représentation ouvrière indépendante au Parlement. Aussi le trouve-t-on comme délégué des gaziers à l’assemblée inaugurale, en février 1900, du Comité pour la Représentation du Travail (Labour Representation Committee), qui deviendra, six ans plus tard, le parti travailliste. En 1904, Clynes est élu représentant des Bourses du Travail auprès de l’exécutif du comité. Enfin de 1909 à 1939 il siège sans interruption à l’exécutif du Labour Party en tant que représentant élu des trade unions.

La carrière parlementaire de Clynes a débuté avec les élections législatives de 1906. Elu député travailliste de Manchester Nord-Est, il sera constamment réélu, à l’exception de la législature de 1931 à 1935.

En 1914 Clynes soutient l’entrée en guerre de l’Angleterre mais il combat l’idée d’une participation travailliste au gouvernement d’union nationale d’Asquith en 1915. Toutefois, lorsque Lloyd George devient Premier ministre à la place d’Asquith, Clynes accepte d’entrer en 1917 à la Commission du ravitaillement dont il devient rapidement le secrétaire parlementaire. En 1918 Clynes est nommé membre du Conseil privé et au mois de juillet, il succède au ministre du Ravitaillement décédé.

À l’issue de la guerre Clynes s’oppose au retrait des travaillistes du gouvernement. Selon lui, mieux valait se maintenir en place afin de peser sur les négociations des traités de paix. Mais il s’incline devant la décision du parti et démissionne du gouvernement Lloyd George. Réélu aux Communes aux élections de 1918, il devient d’abord vice-président du groupe parlementaire travailliste puis, trois ans plus tard, président. Mais après les élections législatives de 1922 où les députés travaillistes obtiennent 142 sièges — ils en avaient 57 précédemment — c’est Ramsay MacDonald* qui est porté à la présidence du groupe avec une majorité de cinq voix sur Clynes : le paradoxe de ce vote, c’est que le résultat est acquis grâce au soutien apporté à MacDonald par la gauche — James Maxton* et les députés de la Clydeside qui eux-mêmes vont bientôt entrer en lutte ouverte avec lui. Clynes doit se contenter de la vice-présidence.

En 1924, lors du premier gouvernement travailliste, Clynes, devenu lord du Sceau privé et leader adjoint de la Chambre des Communes, appartient au groupe restreint des dirigeants. Pendant toute cette décennie, ses discours et ses actes le situent à l’extrême-droite du Labour Party. Il est hostile à l’idée de « grève générale » ; quand, en mai 1926, celle-ci est décrétée, Clynes fait tout ce qu’il peut, avec un certain nombre de ses collègues du Parlement, pour aboutir à une négociation.

Lors du deuxième gouvernement travailliste, de 1929 à 1931, Clynes occupe sans éclat le poste de ministre de l’Intérieur. Ses seules initiatives se situent dans le domaine de la réforme des prisons. On peut noter que c’est sous son ministère que Trotsky s’est vu refuser la permission de s’établir en Angleterre. Au moment de la crise travailliste d’août 1931, marquée par la désertion du Labour des leaders Ramsay MacDonald, J.H. Thomas*, Philip Snowden*, Clynes refuse de suivre ceux-ci. Par ailleurs il décline l’offre qui lui est faite de devenir le leader du groupe travailliste, et c’est Arthur Henderson* qui assume temporairement cette fonction.

Clynes est battu lors des dramatiques élections de 1931. Ecarté de la vie politique pendant plusieurs années, il se consacre à nouveau au mouvement syndical. Son syndicat, à la suite de plusieurs fusions, est devenu l’important syndicat des Travailleurs municipaux (National Union of General and Municipal Workers) ; Clynes en était président depuis 1912 et lorsqu’il se retire en 1937, le nombre des adhérents atteint près d’un demi-million.

Cependant Clynes est revenu au Parlement en 1935. On le considère alors, à sa grande satisfaction, comme un vétéran parmi les leaders du mouvement travailliste. Il est désormais tenu en grande estime par ses collègues, tant dans le groupe parlementaire du Labour que dans son syndicat. Il continue de siéger à la Chambre des Communes jusqu’en 1945.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75363, notice CLYNES John Robert, version mise en ligne le 12 décembre 2009, dernière modification le 12 décembre 2009.

ŒUVRES PRINCIPALES : What are you worth ? A question for workers (Que valez-vous ? question aux ouvriers), Salford, 1909.— Laws to smash the Labour Party (Lois pour écraser le parti travailliste), Salford, 1910. — Memoirs, (Mémoires), 2 vol., Londres, 1937. — When I remember (Quand je me souviens), Londres, 1940. — Stop the Class War in Industry (Suppression de la lutte des classes dans l’industrie), Londres, 1946.

BIBLIOGRAPHIE : E. George, From Mill Boy to Minister : an intimate account of the life of the Right Hon. J.R. Clynes, Londres, 1918. — G.D.H. Cole, A History of the Labour Party from 1914, Londres, 1948. — Anonyme, Sixty Years of the National Union of General and Municipal Workers, 1889-1949, Londres, 1949. — H.A. Clegg, General Union, Oxford, 1954 ; General Union in a Changing Society, Oxford, 1964. — Dictionary of National Biography, 1941-1950.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément