DALTON Hugh [DALTON Edward Hugh John Neal]

Né le 26 août 1887 à Neath, Glamorganshire (aujourd’hui West Glamorganshire) ; mort le 13 février 1962 à Londres ; homme politique travailliste.

Fils d’un chanoine du château de Windsor, Hugh Dalton a reçu l’éducation traditionnelle des jeunes gens de la haute bourgeoisie anglaise : études secondaires au collège d’Eton, études supérieures à King’s College à Cambridge. Après des recherches à la London School of Economics (1911), il est admis au barreau en 1914, mais n’exercera jamais le métier d’avocat. Il se marie la même année (sa femme, Ruth Dalton, sera élue député travailliste en 1929). Pendant la Première guerre mondiale, il sert en France et en Italie, d’abord dans l’intendance, puis dans l’artillerie, et sa bravoure sur le front italien lui vaut la médaille italienne de la valeur militaire.

Revenu à la vie civile, Dalton est nommé en 1920 professeur à la London School of Economics, où il enseigne les finances publiques. Pendant ses années d’étudiant, il avait fait partie de la Société fabienne de Cambridge et en 1918, il s’inscrit au Parti travailliste où il milite pour un socialisme « gradualiste » à équidistance de la gauche et de la droite. En 1924 Dalton est élu député de Peckham, quartier sud de Londres, et dans le deuxième gouvernement travailliste (1929-1931), il est appelé à un premier poste ministériel, celui de sous-secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères, Arthur Henderson*, personnage qu’il admire profondément. Lors des élections de 1931 qui sont catastrophiques pour le parti travailliste, Dalton perd son siège mais il reviendra au Parlement en 1935, comme représentant des mineurs de Bishop Auckland, dans le comté de Durham.

Doué d’une très forte personnalité Dalton échappe à la fois aux tentations du conformisme parlementaire et au complexe social d’infériorité qui affectent alors plus d’un député travailliste. Dans le domaine international, il adopte tout au long des années 1930 des positions très tranchées ; son antifascisme est en effet renforcé par ses sentiments personnels anti-allemands — des sentiments qui remontent à la guerre de 1914-1918 durant laquelle il a perdu beaucoup d’amis. Après l’arrivée d’Hitler au pouvoir, en 1933, son action est décisive dans la réorientation du Labour, qu’il engage à accepter le réarmement décidé par le gouvernement conservateur. Son grand allié dans cette affaire est Bevin*, qui devient en 1936 président du conseil général du TUC, tandis que Dalton, quelques semaines plus tard, est élu président du comité exécutif du Labour Party. À ces postes clés les deux hommes parviennent petit à petit à convaincre les instances travaillistes de réviser les positions pacifistes traditionnelles du parti pour soutenir une politique de défense nationale face aux États totalitaires.

Dans cette attitude de résistance à la menace hitlérienne, Dalton s’était trouvé souvent proche de Churchill et celui-ci étant devenu Premier ministre, Dalton fait partie des travaillistes appelés au gouvernement. D’abord ministre de l’Économie de guerre du printemps 1940 à 1942 (il est pendant quelque temps responsable du Special Operations Executive, ou SOE, service secret chargé des opérations d’espionnage et de sabotage dans l’Europe occupée), il dirige ensuite le Board of Trade de 1942 à 1945. Il remplit à merveille ses fonctions ministérielles.

Après la victoire du Labour aux élections de 1945, Dalton paraît promis à une brillante destinée. Alors qu’on pouvait songer à lui pour le Foreign Office, c’est Bevin qui reçoit les Affaires étrangères ; en revanche, Dalton devient chancelier de l’Echiquier. Mais par suite d’une indiscrétion malencontreuse à l’occasion du budget de 1947, il doit démissionner (il est alors remplacé par Stafford Cripps*). Redevenu membre du Cabinet en juin 1948, il se voit attribuer en 1950 le portefeuille de l’Urbanisme et de l’Aménagement du territoire. Avec la défaite travailliste aux élections de 1951, on peut considérer comme terminée la carrière active de Dalton. Tout en gardant une influence personnelle dans le parti (c’est ainsi qu’il contribue au succès de Gaitskell* dans la bataille pour la succession d’Attlee*), Dalton se retire plus ou moins de la scène politique et consacre la plus grande partie de son temps à la rédaction de ses mémoires. Cette autobiographie en trois volumes constitue un témoignage de premier ordre sur l’histoire du travaillisme entre 1920 et 1950 ; sans doute est-elle écrite d’une plume plutôt péremptoire (à l’image du personnage), mais c’est un document sociologique exceptionnel sur le Labour Party et la société politique britannique.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75392, notice DALTON Hugh [DALTON Edward Hugh John Neal], version mise en ligne le 12 décembre 2009, dernière modification le 12 décembre 2009.

ŒUVRES PRINCIPALES : Some Aspects of the Inequalily of Incomes in Modem Communities (Aspects de l’inégalité des revenus dans la société moderne), Londres, 1920. — Principes of Public Finances (Principes de finances publiques), Londres, 1923. — Towards the Peace of Nations : a study in international politics (Vers la paix internationale), Londres, 1928. — Call Back Yesterday : Memoirs, 1887-1931 (Retour en arrière : Mémoires), Londres, 1953. — The Fateful Years : Memoirs, 1931-1945 (Les années décisives), Londres, 1957. — High Tide and After : Memoirs, 1945-1960 (Après la victoire), Londres, 1962. — The Second World War Diaries of Hugh Dalton 1940-1945 (Journal de Hugh Dalton pendant la Seconde Guerre mondiale, 1940-1945), B. Pimlott éd., 1985.

BIBLIOGRAPHIE : A. Bullock, The Life and Times of Ernest Bevin, vol. 1, 1880-1940, Londres, 1960 ; vol 2, 1940-1945, Londres, 1967. — E. Shinwell, I’ve lived through it All, Londres, 1973. — B. Donoughue et G.W. Jones, Herbert Morrison : portrait of a politician, Londres, 1973. — B. Pimlott, Hugh Dalton, Londres, 1985. — Dictionary of National Biography, 1961-1970.

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