DICKINSON Goldsworthy Lowes

Né le 6 août 1862 à Londres ; mort le 3 août 1932 à Londres ; professeur, pacifiste.

Le père de « Goldie » Dickinson était un portraitiste connu Lowes Dickinson (« Cato »), qui avait épousé la fille de William S. Williams conseiller littéraire de la maison d’édition Smith, Elder et C°. Très lié aux socialistes chrétiens, et par conséquent désireux de réformer la société victorienne, il avait contribué à fonder le Working Men’s College, collège pour ouvriers où il avait enseigné lui-même pendant quelques années en compagnie de Ruskin.

De son père, le jeune Goldie a hérité une certaine tendance dépressive, mais aussi le désir d’aider son prochain. D’abord élève à Charterhouse, il est ensuite admis à Cambridge, King’s College, en 1881. Pendant ses années d’étudiant il découvre Platon, Gœthe, Shelley, qui le marquent profondément. C’est en particulier à Shelley qu’il doit son goût pour la politique et ses aspirations aux réformes sociales. En même temps, il se passionne pour les thèses d’Henry George sur la question agraire. Reçu avec la mention très bien à ses examens de lettres classiques, Dickinson quitte Cambridge pour aller travailler quelque temps dans une ferme. Il donne des conférences sur Carlyle, Emerson, Browning et Tennyson à l’University Extension Scheme (cours de culture populaire de l’université) et finit par se décider à entreprendre des études médicales

— toujours dans le but de mieux servir l’humanité. Mais au bout de deux ans (il passe des examens en 1887 et 1888), il abandonne ce projet pour accepter un poste de fellow à King’s College, Cambridge, afin de préparer une thèse sur Plotin. Etudiant, Dickinson s’était essayé à la poésie, mais désormais il opte pour la prose et publie en 1892 un premier ouvrage important Revolution and Reaction in Modern France (Révolution et réaction dans la France contemporaine). A la fin de sa fellowship, Dickson est nommé bibliothécaire, puis de 1896 à 1920, il enseigne la science politique, à la fois à Cambridge et à la London School of Economics. En 1920, il est élu fellow à vie à Cambridge.

En 1895, Dickinson avait publié un second ouvrage, The Development of Parliament during the Nineteenth Century, livre qui est traduit en français en 1906, sous le titre Le développement du Parlement pendant le XIXe siècle et qui est bientôt suivi de The Greek View of Life (La conception de la vie chez les Grecs) (1896), The Meaning of Good (La signification du Bien) (1901) et Justice and Liberty (Justice et liberté) (1908).

Dans les premières années du siècle, Dickinson est au nombre des fondateurs de l’Independent Review, une revue politique qui prétend propager une vision raisonnable des relations internationales en supposant aux libéraux impérialistes et qui, sur le plan intérieur, soutient les idées de progrès. Dickinson donne de nombreux articles à la revue — surtout d’ailleurs sur les problèmes religieux. A cette époque, il entreprend divers voyages en Inde, en Chine et au Japon, qui servent à élargir sa conception du monde (plusieurs de ses écrits seront d’ailleurs traduits en chinois et en japonais).

Pour ce pacifiste convaincu, la déclaration de guerre en 1914 constitue un choc profond. Jusqu’alors tous ses efforts avaient cherché à faire prévaloir la raison dans les rapports internationaux ; maintenant le pacifisme de Dickinson (qui pourtant ne le conduit pas jusqu’à l’objection de conscience) lui dicte une nouvelle ligne d’action : chercher à tout prix les moyens de prévenir de nouveaux affrontements meurtriers. Dès les premières semaines de la guerre, il rédige un projet de Société des Nations. Bientôt il fonde à Londres un groupe pacifiste dont il prend la tête, le Bryce Group, qui a pour but la réflexion et la recherche. Cependant une autre organisation se constitue par ailleurs en 1915, la League of Nations Society, à laquelle Dickinson adhère aussitôt. Par la suite le groupe Bryce fusionnera avec la League of Free Nations Association, pour donner naissance à l’Union pour la Société des Nations (League of Nations Union). L’importance de ces initiatives ne saurait être minimisée : ce sont elles qui ont permis de mettre au point et de faire connaître les idées de certains intellectuels et qui ont par conséquent largement contribué à la fondation de la Société des Nations en 1919. Tout au long de la guerre, Dickinson n’a cessé de mettre sa plume au service de la paix, soit en publiant en 1915 The Foundations of a League of Peace (Les fondements d’une ligue pour la paix), soit en donnant dans les journaux et les revues des articles sur le même thème. Dans son livre The European Anarchy, paru en 1916, il s’efforce d’analyser les causes de la guerre. Cet ouvrage marque chez lui un certain tournant car dorénavant sa réflexion s’organise autour du thème de l’insécurité dans les relations internationales : comment empêcher cette instabilité d’être une menace mortelle pour l’avenir de la civilisation.

Auteur prolifique, aux généreuses aspirations humanitaires, Dickinson a publié son dernier livre important en 1926 : The International Anarchy (L’anarchie internationale), analyse lucide et objective de la diplomatie qui avait conduit à la guerre. À sa mort, on rendra hommage à la pénétration de ses analyses de science politique et à son amour de la cause de la paix.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75400, notice DICKINSON Goldsworthy Lowes, version mise en ligne le 12 décembre 2009, dernière modification le 12 décembre 2009.

ŒUVRE : On trouve une bibliographie détaillée des œuvres de G. Dickinson dans E.M. Forster, Goldsworthy Lowes Dickinson, Londres, 1934.

BIBLIOGRAPHIE : E.M. Forster, Goldsworthy Lowes Dickinson, Londres, 1934. — Kingsley Martin, Father Figures : a first volume of autobiography, Londres, 1966. — E.M. Forster, Goldsworthy Lowes Dickinson and Related Writings, W.H. Auden éd., Londres, 1973. — Dennis Proctor éd., The Autobiography of G. Lowes Dickinson and other Unpublished Writings, Londres, 1973. — Dictionary of National Biography, 1931-1940.

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