HUMBERT Agnès, Dorothée [épouse SABBAGH Agnès]

Par Jean-Pierre Besse, Annie Pennetier, Françoise Strauss.

Née le 12 octobre 1894 à Dieppe (Seine-Inférieure, Maritime), morte le 19 septembre 1963 à Paris (XVe arr.) ; historienne d’art ; assistante au Musée national des Arts et Traditions Populaires ; résistante du réseau du Musée de l’Homme ; déportée dans des prisons allemandes.

Agnès Humbert était la fille du député (1906) puis sénateur(1908) de la Meuse Charles Humbert,officier d’active spécialiste des questions militaires et de l’écrivaine Mabel Wels Annie Rooke. Son père s’était fait remarquer par son alerte sur le déficit d’armement de la France mais son achat du Journal en 1915 à l’aide de fonds douteux provenant de financiers liés à l’Allemagne le conduisit devant le Conseil de guerre "pour intelligence avec l’ennemi". Malgré un non-lieu sa carrière politique était brisée.
A Paris, à la Sorbonne et à l’École du Louvre, Agnès Humbert suivit des études de lettres, d’ethnologie, d’histoire de l’art et de peinture ; elle était aquarelliste de formation.
Elle se maria à Paris (XVIe arr.) en janvier 1916 au peintre Georges Hanna Sabbagh, elle était la mère du journaliste Pierre Sabbagh et d’un fils contre-amiral sous-marinier Jean. Elle divorça en 1937.
Militante antifasciste, très proche de Jean Cassou, elle manifesta de l’enthousiasme pour le gouvernement de Front populaire, et participa en 1936, à des émissions artistiques sur Radio-Paris.Elle collabora activement à la revue de la CGT La Vie ouvrière où elle signait sous le pseudonyme de "Delphine Girard". Elle soutint également la République espagnole.Durant l’été 1939,elle participa à un voyage d’études en URSS sur les musées et la culture soviétiques qui contribua à renforcer son compagnonnage avec le mouvement communiste.

La débâcle et l’effondrement brutal de la France l’affectèrent. Depuis Vic-sur-Breuil (Haute-Vienne) elle entendit le 20 juin 1940, l’appel du général de Gaulle, cela lui rendit courage et espoir. Elle refusa l’armistice et à son retour d’exode du Limousin fin juillet 1940, elle reprit son travail au Musée des arts et traditions populaires, au palais de Chaillot, qu’elle avait intégré à sa création en 1937, et où elle était l’adjointe de Georges Henri Rivière.

Dans son journal, elle témoigna de la situation à Paris : « Paris, 6 août 1940. Au portillon du palais de Chaillot, un écriteau indique que l’accès du musée est gratuit pour les soldats allemands. Cassou est dans son bureau, il a vieilli lui aussi… Brusquement je lui dis pourquoi je suis venue, je lui explique que je me sens devenir folle si je ne fais pas quelque chose pour réagir… Le seul remède est de nous grouper à jour fixe, pour nous communiquer des nouvelles, rédiger et diffuser des tracts, donner des résumés de la radio française de Londres. »

Dans ce contexte elle rejoignit le groupe de résistance "Français libres de France" que l’on appellera du Musée de l’Homme en cours d’organisation qui regroupait son directeur Paul Rivet membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, la bibliothécaire Yvonne Oddon, le linguiste Boris Vildé, les ethnologues Boris Vildé, Germaine Tillon ainsi que des intellectuels, des avocats qui rejoignirent le groupe. Elle manifesta son opposition au gouvernement de Vichy en cessant d’intervenir à Radio-Paris puis fut révoquée par décret de Vichy de sa responsabilité au Musée d’arts et Traditions populaires, quelques jours après Jean Cassou,éphémère directeur du Musée d’Art moderne, fin octobre 1940.
Dès le mois d’août, elle contribua à la rédaction et à la diffusion de tracts comportant des nouvelles de la presse étrangère anglaise et américaine. C’est ainsi que se constitua le journal ronéotypé "Résistance" dactylographiée par Agnès Humbert dont le premier numéro parut le 15 octobre 1940 et auquel participaient également Marcel Abraham, ancien directeur de cabinet de Jean Zay, l’écrivain Claude Aveline, et à partir de 1941, Jean Paulhan directeur de la NRF Nouvelle Revue Française.La publication du journal cessa avec la parution du numéro cinq rédigé par Pierre Brossolette, mi-mars 1941.Agnès Humbert assurait également la distribution et les envois
Les Allemands avaient infiltré le réseau et les renseignements donnés par l’agent double Albert Gaveau permirent les arrestations à partir de janvier 1941. Agnès Humbert fut arrêtée par la police allemande le 15 avril 1941, alors qu’elle rendait visite à sa mère dans une clinique parisienne. Elle fut incarcérée à la prison du Cherche-Midi puis transférée à la Santé en août 1941, cellule 32 et le 20 décembre à la prison de Fresnes, quartier des hommes,cellule 39.
Le procès débuta le 8 janvier 1942, le tribunal allemand du Gross-Paris siégeant dans la prison de Fresnes y jugea 18 résistants du réseau. Le procès se conclut par la condamnation à mort de dix d’entre eux. Les sept hommes ont été fusillés au Mont- Valérien le 23 février 1942. Boris Vildé, Jules Andrieu, Anatole Lewitsky, Léon-Maurice Nordmann, Georges Ithier , René Sénéchal et Pierre Walter.
L’exécution des femmes Yvonne Oddon, Sylvette Leleu et Alice Simmonet fut suspendue et leur peine commuée en déportation.
Agnès Humbert et Jean-Paul Muller furent condamnés " pour propagande anti-allemande" et "aide à l’ennemi" à cinq ans d’emprisonnement en Allemagne.

Agnès Humbert partit en déportation le 16 mars 1942 dans diverses prisons allemandes,dont la forteresse d’ Anrath ; elle travailla dans des usines notamment textiles où elle sabotait le travail. Elle fut libérée de Wanfried (Hesse) le 3 avril 1945 par les troupes américaines qu’elle aida à porter secours aux prisonniers des camps voisins, notamment de jeunes femmes russes de Crimée. Elle rédigea des fiches sur les évènements passés à Wanfied et participa au dépistage des nazis de la région.
Agnès Humbert a été décorée de la Croix de guerre et de la Médaille de la Résistance.

Le journal qu’elle a tenu du 7 juin 1940 au 13 avril 1941 fut publié en 1946, sous le titre Notre guerre. Souvenirs de résistance par les éditions Émile-Paul Frères dont les locaux au Quartier latin avaient abrité les premières réunions du groupe. Il a été réédité, en 2004, aux éditions Taillandier avec une introduction de Julien Blanc.

Elle semble se confondre avec Agnès Humbert, qui participa à la création du Centre d’Études Socialistes, avec Jean Risacher, à la fin des années cinquante.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75471, notice HUMBERT Agnès, Dorothée [épouse SABBAGH Agnès] par Jean-Pierre Besse, Annie Pennetier, Françoise Strauss., version mise en ligne le 14 décembre 2009, dernière modification le 19 octobre 2020.

Par Jean-Pierre Besse, Annie Pennetier, Françoise Strauss.

ŒUVRE : Notre guerre : souvenirs de résistance, introduction par Julien Blanc, Tallandier, 2004 (2e éd., 1er ad, 1946). — Vu et entendu en Yougoslavie, Paris, Deux-Rives, 1950. — Et de très nombreux livres d’art consacrés au Musée d’art moderne, à Max Lingner, aux Nabis, à Matisse, à Loius David, à Jean-Jacques Morvan et à Maurice Denis.

SOURCES : La Fondation pour la mémoire de la déportation, Le livre mémorial..., op.cit.Le Monde. — Julien Blanc Au commencement de la Résistance. Boris Vildé et le réseau du musée de l’Homme, 1940-1941, Éd. du Seuil, 2010. — AERI- biographie Agnès Humbert par Julien Blanc. — État civil.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément