JEANNEY Jacques, Henri, Alexy

Par André Caudron, Jacques Debesse

Né le 20 juillet 1920 à Paris (Ve arr.), mort le 10 avril 1987 à Verrières-le-Buisson (Essonne) ; militant CFTC-CFDT à l’Arsenal de l’aéronautique de Châtillon-sous-Bagneux (Seine, Hauts-de-Seine), devenu Nord Aviation puis Aérospatiale.

Fils de débitants de boissons à Carrières-sur-Seine (Seine-et-Oise, Yvelines), Jacques Jeanney, aîné de deux enfants, devint à l’âge de douze ans orphelin de père et de mère, décédés tous deux de tuberculose à un an d’intervalle. Confié à une tante et placé à l’institution des Orphelins apprentis d’Auteuil, il obtint son certificat d’études en juin 1933. Après un apprentissage au collège Diderot à Paris (XIXe arr.), il fut reçu au CAP de modeleur en 1938.
Embauché aussitôt dans l’entreprise Clamouse, rue Oberkampf à Paris (XIe arr.), en qualité de modeleur, il la quitta en juin 1941 et passa six mois chez le constructeur automobile Mathis avant de s’engager dans la Marine en décembre 1941. Embarqué à Toulon sur le chasseur de sous-marin le Condorcet, basé à Casablanca, il obtint le brevet de timonier le 1er juillet 1942.

Démobilisé en octobre 1945, il retrouva un poste de modeleur à l’usine Mathis à Gennevilliers (Seine, Seine-Saint-Denis), puis entra à l’Arsenal de l’aéronautique à Châtillon-sous-Bagneux le 16 août 1946. Il se reconvertit en dessinateur outilleur en 1971, du fait de la disparition de l’activité de fonderie dans son usine. Victime de tuberculose et lourdement opéré, il avait vécu deux longues années en sanatorium de 1949 à 1951. Le 24 décembre 1978, il quitta l’Arsenal (devenu SFECMAS en 1953, SCAN en 1955, Nord Aviation en 1958, SNIAS en 1970) pour une préretraite à l’âge de cinquante-huit ans.
Dès son entrée à l’Arsenal, il s’était syndiqué à la CFTC, à l’encontre des us et coutumes en vigueur dans cet établissement d’État sous tutelle du ministère de l’Armement dirigé par le communiste Charles Tillon. Malgré de multiples pressions exercées pour l’inciter à rejoindre la CGT, il réussit à animer une petite section CFTC dont il devint secrétaire jusqu’en 1960, année où une jeune équipe, ayant pris de l’ampleur, fut en mesure d’assurer le relais.

Jacques Jeanney avait participé activement aux mouvements sociaux de 1947, marqués à l’Arsenal de Châtillon par une grève avec occupation de l’usine du 20 novembre au 10 décembre. En tant que jeune célibataire, il fut volontaire pour y passer la nuit, ce qui lui valut dès lors la confiance des dirigeants CGT. Sa présence ultérieure à leurs côtés, alors qu’ils étaient largement majoritaires, au Comité d’établissement en qualité de membre puis président de la commission Vacances/loisirs/culture, délégué au Comité d’hygiène et sécurité et enfin trésorier du CE, illustra sa capacité à modeler un environnement de sympathie et de confiance. Il fit voter par le CE une aide matérielle au profit des mineurs en grève en 1963 et hébergea une fillette sous son toit pendant plusieurs semaines lorsque l’accueil d’enfants de mineurs fut organisé par la municipalité de Verrières-le Buisson, sa commune de résidence.

Au sein de la CFTC, Jacques Jeanney prit part aux réunions du syndicat des ETAM de la Métallurgie parisienne ; il représenta l’établissement au congrès de création du SPIAS (Syndicat parisien des industries aéronautiques et spatiales) en 1962, et apporta la contribution de sa section syndicale lors de sessions aéronautiques à la FGM. Il fut l’un des artisans de la position de l’organisation pour la paix en Algérie. Les contacts informels entretenus avec des salariés de l’usine investis dans des actions clandestines en faveur de l’indépendance de l’Algérie contribuèrent grandement à forger une dynamique dans la CFDT de l’établissement, que l’on retrouva au moment de la déconfessionnalisation de la CFTC en 1964, au cours de la grande grève de 1968 et lorsque la CFDT devint le syndicat majoritaire aux élections du CE en 1979.

Jacques Jeanney s’était marié le 3 avril 1948, à Selles-sur-Cher (Loir-et-Cher), avec Marcelle Leroy dont il eut six enfants : Philippe en 1949, Claude en 1950, Anne-Marie en 1951, Marc en 1952, Yves en 1956 et Marie-Noëlle en 1958. La famille résida à Paris, à Montrouge (Hauts-de-Seine), avant de s’installer à Verrières-le-Buisson en 1957 dans une cité de l’Abbé Pierre, destinée aux familles modestes et nombreuses. Fervent mutualiste, Jacques Jeanney fut l’un des initiateurs de la création d’une agence du Crédit Mutuel à Verrières-le-Buisson. Sa femme (1923-2003) lui apporta un soutien permanent. Elle-même s’était engagée dans des cours d’alphabétisation pour les immigrés.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75523, notice JEANNEY Jacques, Henri, Alexy par André Caudron, Jacques Debesse, version mise en ligne le 21 décembre 2009, dernière modification le 14 juin 2010.

Par André Caudron, Jacques Debesse

SOURCES : Mémoire d’usine 1924-1985, 60 ans à la production d’avions et d’engins tactiques, publié par le Comité d’établissement de l’Aérospatiale à Châtillon, Éditions Syros, 1985. – Entretien avec Claude, Anne-Marie et Marie-Noëlle Jeanney, 28 novembre 2009.

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