HAMARD Fernand, Maurice

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, Laurent Dingli

Né le 6 novembre 1904 à Pavant (Aisne), mort le 11 mai 1973 à Toulon (Var) ; ouvrier mécanicien ; dirigeant des Jeunesses communistes de la région parisienne ; syndicaliste proche des milieux de la collaboration.

Fils d’un « boutonnier » et d’une « ouvrière en bouton », Fernand Hamard aurait rejoint à l’âge de quinze ans les Jeunesses socialistes de la rue de Bretagne (IIIe arr.) et soutenu la grande grève des cheminots de 1920. La lecture de L’État et la Révolution de Lénine joua, déclara-t-il, un grand rôle dans sa formation politique.
Militant de la 4e Entente des Jeunesses communistes (région parisienne), il effectua son service militaire au 3e régiment de cavalerie à Vienne (Isère), où il forma un groupe de trois, et, avec l’aide de cheminots communistes de la ville, assura clandestinement la distribution mensuelle du journal La Caserne. Il affirma plus tard qu’à son départ : « chaque escadron avait sa cellule » (R. Gaucher, op. cit., p. 133). Pendant l’été 1927, la 4e Entente l’élut au secrétariat avec Chavannes, Maertens et Rolland, puis le congrès national de la salle Bellevilloise (6 au 10 octobre 1929) le désigna au Comité central des JC.

Son expérience le fit nommer permanent de la commission mixte (jeunes et adultes) de propagande antimilitariste, commission où il siégeait depuis 1926. Il y côtoya Paul Jany, bientôt exclu comme « provocateur » et dont il contestera par la suite les liens avec la police. Il dirigea, en 1928, la chronique « Chez les soldats et les marins » de l’Humanité. La disparition de la commission « anti », consécutive au Pacte Laval-Staline de mai 1935 entraîna sa mise à l’écart. Se rapprochant des courants oppositionnels, il fut l’un des principaux animateurs de la grève de l’usine Morane, dans la banlieue ouest de Paris, en mai et juin 1936, puis milita à la Fédération CGT des techniciens. Il avait adhéré au Parti socialiste SFIO.
Il travaillait chez Morane-Saulnier, 3, Quai Volta à Puteaux (Seine) depuis 1935, délégué CGT dans la même usine à partir de 1936,
Nommé secrétaire général de la Fédération des techniciens de l’Aéronautique [date non précisée], il rentra chez Morane après l’exode. Tout en conservant ses fonctions au sein de la Fédération des techniciens, Fernand Hamard devint en 1942 l’un des huit membres du "Comité ouvrier d’information directe de [Pierre] Laval" suivant le témoignage de Maurice Chappaz, directeur des fabrications, co-inculpé à la Libération avec Hamard. Il s’agissait en fait du Comité d’information ouvrière et sociale (CIOS), constitué le 14 juin 1942 où il fut nommé avec une quinzaine d’autres ex-confédérés tels que Germain Jacquet (fédération du verre), Auguste Journeau (fédération du livre) ou Roger Liaud (fédération des cheminots). Le ministère de l’Intérieur rapporta à ce sujet : "Afin d’éviter toute confusion dans le domaine de l’activité syndicale, le comité ouvrier qui a été constitué le 14 juin prit le titre de Comité d’information ouvrière et sociale. Il aura un rôle consultatif auprès du chef du gouvernement et du secrétaire d’État au Travail. Ce comité, qui vient de tenir son assemblée constitutive à Paris, a été reçu mardi 16 juin par M. Pierre Laval, chef du gouvernement. Il se compose de délégués de différentes fédérations professionnelles (...) Hamard Fernand : fédération des techniciens (ex-confédéré)". Gabriel Lafaye, directeur du journal L’Atelier auquel collaborait Fernand Hamard, représentait le chef du gouvernement, Pierre Laval, au sein du CIOS. "Hamard, écrit encore Maurice Chappaz, jouissait d’une grande influence et sa fonction de délégué à l’usine (pour les techniciens) le porta, comme les recommandations gouvernementales l’indiquaient, au Comité social des usines Morane-Saulnier". Il se fit le propagandiste zélé de la Relève auprès du personnel de l’entreprise, notamment lors d’une réunion organisée le 7 octobre 1942, ce qui provoqua d’importantes frictions avec des ouvriers et, à terme, son départ de l’entreprise. Une pétition, dont le directeur Maurice Chappaz revendiqua l’initiative, exigea en effet son exclusion du comité social de l’usine, ce qui devait entraîner de facto son départ de l’entreprise. L’opération fut un succès et Fernand Hamard quitta définitivement Morane-Saulnier, le 27 octobre 1942.

Fernand Hamard se lia aux formations favorables à la collaboration et appartint au Front social du travail organisé par Francis Desphilippon. L’Atelier du 1er novembre 1941 le présentait comme membre du comité directeur et secrétaire technique du Centre syndicaliste de propagande dirigé par Aimé Rey. Hamard écrivait, entre autres, dans La France socialiste. Il resta, semble-t-il, proche des milieux d’extrême-droite jusqu’à sa mort en 1973. Membre du bureau syndicat des techniciens de la RP et du CIOS, il fut exclu à vie de toutes organisations syndicales le 18 octobre 1944.

Fernand Hamard s’était marié en novembre 1927 à Rueil (Seine-et-Oise).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75562, notice HAMARD Fernand, Maurice par Jean Maitron, Claude Pennetier, Laurent Dingli, version mise en ligne le 29 décembre 2009, dernière modification le 27 mars 2019.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, Laurent Dingli

SOURCES : Le Bulletin de l’Entente, mensuel de la 4e Entente des JC, 1er août 1927. — L’Atelier, n° 47, 1er novembre 1941. — Rouge, 21 juin 1976. — R. Gaucher, Histoire secrète du Parti communiste, op. cit. — État civil de Pavant. — Renseignements fournis par Jean-Max Girault et Michel Dreyfus. — Compte-rendu des travaux de la Commission nationale de reconstitution des organisations syndicales de travailleurs, Versailles, 1946. — RGASPI, 495 270 7439, pas encore consulté.
[État français - secrétaire d’État aux Affaires étrangères], Informations générales, Ministère de l’Intérieur, 3e année, n° 95, 23 juin 1942, p. 552-556. BNF. ADP 102 W 46 Dossier Maurice Chappaz. AN Z6/NL/335 dossier 7950. Ministère public c/Maurice Chappaz et Fernand Hamard. AN Z/5/95 dossier 4393. Ministère public c/Fernand Hamard. Laurent Dingli, Jacky Ehrhardt, L’Industrie en guerre, 1936-1947, à paraître

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