KRAUSS Georges [ou KRAUS]. Pseudonymes : MARTINON, GIRARD et ESSERT Jean (DBK)

Par Jacques Girault

Né le 21 novembre 1904 à Bad Konigsvart (Autriche-Hongrie), de nationalité tchécoslovaque ; menuisier ; militant communiste expulsé du Var ; élève de l’École léniniste internationale en 1931.

Présent en Alsace en 1923, Georges Krauss travailla tour à tour dans les mines de potasse, en usine, chez Lorraine-Dietrich, puis comme menuisier-ébéniste. En 1924, il vint à Marseille, puis regagna son pays et revint à Marseille quelques mois après. Il adhéra à la CGTU en août 1927 au Parti communiste en janvier 1928. Sa carte de séjour lui aurait été prise par la police en mai 1929 lors d’une grève de menuisiers dans la cité phocéenne et ne lui aurait été jamais rendue. En 1930, il avait travaillé à Avignon où des amis lui avaient procuré la carte d’électeur au nom de Girard. Militant communiste de la MOE (Main-d’oeuvre étrangère), il connaissait, outre le tchèque et le français, l’allemand, l’italien et l’espagnol. Le 21 novembre 1930, l’agence Fournier communiquait qu’une information était ouverte contre Klaus François, envoyé par le Parti communiste à Toulon pour « essayer de saboter les exercices d’attaques par avions de bombardement ». Les renseignements sur l’identité étaient erronés. Le 17 novembre 1930, Georges Krauss fut arrêté à Toulon alors qu’il portait un paquet de tracts communistes intitulés « La véritable signification des manœuvres aériennes de Toulon ». Une fouille dans sa chambre permit aux policiers de découvrir tout un matériel de militant (documentation sur l’armée, sur l’Arsenal de Toulon, un ballot de journaux Le Conscrit de septembre 1930, des tracts sur le sabotage, des brochures et un ensemble de notes, de rapports, de procès-verbaux de réunions, une correspondance avec des militants connus, un carnet d’adresses). On s’aperçut aussi que Girard était un sujet tchécoslovaque : Georges Krauss appelé parfois Jean Essert (d’où le nom de « Jean » sous lequel on le désignait) et qu’il résidait dans le Var depuis août 1930. Il ne s’était pas soumis à la loi sur les étrangers et ne possédait ni récépissé d’immatriculation, ni carte d’identité d’étranger. Il fut inculpé de vagabondage et d’usurpation d’état civil et le préfet du Var prit contre lui un décret d’expulsion, le 20 novembre 1930. Il quitta Toulon, le 29 novembre 1930 pour la Belgique.

Il avait certainement été un des envoyés par la Région marseillaise du Parti communiste pour réanimer la vie politique dans le Var, surtout à Toulon, que l’on jugeait trop faible et sans rapport avec l’orientation générale du Parti. On saisit dans sa chambre des rapports au bureau régional sur la situation du Parti communiste dans le Var. Des lettres en italien indiquaient des contacts avec des militants immigrés. Des lettres au « camarade Jean » émanant de la direction communiste régionale de Marseille indiquaient qu’il jouait un rôle dans le Vaucluse. Il est certain que le passage de Krauss dans le Var — outre son activité auprès des étrangers — fut lié à la « reprise en mains » par la direction régionale du Parti communiste à Toulon. Les papiers saisis chez lui permettent de mieux mesurer l’ampleur de la crise. Il y apparaît comme un militant responsable qui ne ressemblait pas aux « pélerins marseillais qui venaient nous sermonner à Toulon » (G. Ceretti*). Les multiples témoignages oraux recueillis ne peuvent éclairer davantage son rôle et son influence. Toutefois, Lucien Thomazo, qui le reçut à Saint-Tropez, se souvenait avoir été longuement interrogé sur la situation du mouvement ouvrier dans la région. Ce militant conclut ainsi son témoignage écrit : « Il m’avait fait l’effet d’un adjudant [...] on se quitta plutôt [...] en froid. »

Toujours menuisier, il partit pour Nancy (Meurthe-et-Moselle) et milita à la cellule des Trois maisons.Secrétaire du rayn de Nancy, il siégea au bureau régional de l’Est. Membre du conseil syndical du bâtiment de Nancy, il siégeait également à la commission exécutive de la 3e Union régionale de la CGTU.

En 1931, il était élève de l’École léniniste internationale de Moscou dans le cadre d’un école de neuf mois. On ignore son itinéraire à partir de cette date.

Il était parfois qualifié par erreur de polonais.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75597, notice KRAUSS Georges [ou KRAUS]. Pseudonymes : MARTINON, GIRARD et ESSERT Jean (DBK) par Jacques Girault, version mise en ligne le 31 décembre 2009, dernière modification le 8 septembre 2010.

Par Jacques Girault

SOURCES : RGASPI, 517 1 1111 (questionnaire du 1er septembre 1931, classé A), mais pas de dossier personnel dans les fonds biographique France. — Arch. Nat. F7/13123, 13164. — Arch. Dép. Var, 4 M 594 1 ; 4 M 59 4 2 ; 7 M 3 61. — Bibliothèque marxiste de Paris, bobine 453. — G. Ceretti, À l’ombre des deux T, Paris, Julliard, 1973.

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