HORNER Arthur Lewis

Né le 5 avril 1894 à Merthyr Tydfil, Mid Glamorganshire ; mort le 4 septembre 1968 à Londres ; dirigeant mineur, communiste.

Anglais par son père — un cheminot — et Gallois par sa mère, Arthur Horner était l’aîné d’une très nombreuse famille. Aussi c’est à douze ans qu’il commence à travailler. Ses parents, baptistes convaincus, envoient régulièrement l’enfant à la Sunday School ; à l’âge de quinze ans, Arthur Horner prêche dans les chapelles baptistes, ce qui lui vaut le surnom de « petit prédicateur gallois ». Il entre à la mine à dix-huit ans et s’intéresse très vite à la politique ; il s’inscrit alors à l’Independent Labour Party. Deux hommes l’ont fortement marqué, Keir Hardie*, député de Merthyr Tydfil, et surtout Noah Ablett*, personnalité de premier plan du syndicalisme gallois, coauteur du The Miners’ Next Step, brochure révolutionnaire parue en 1912. Horner étudie le marxisme dans les classes de la Plebs League et quand éclate la Première Guerre mondiale, il dénonce ce conflit « impérialiste ». En 1916, il se marie, quitte la mine (de ce fait, il est immédiatement disponible pour le service militaire) et va rejoindre à Dublin les révolutionnaires irlandais. De retour au pays de Galles, il est arrêté et comme il refuse de servir dans l’armée, on le condamne en janvier 1919 à deux ans de travaux forcés. Il obtient sa mise en liberté à la suite d’une grève de la faim et s’installe à Maerdy au cœur du district « rouge » de Rhondda, où on l’avait élu vérificateur des pesées (la loi autorisait les mineurs à élire leurs checkweighmen et c’était la coutume à Maerdy, comme ailleurs, d’élire de préférence des hommes figurant sur les listes noires des propriétaires de mines).

Au début des années 1920, Horner, qui comptait parmi les membres fondateurs du parti communiste britannique, milite au mouvement pour la Réforme (Unofficial Reform Movement) ; puis, lorsque le « Mouvement de la Minorité » (National Minority Movement) est lancé en 1924, il y joue un rôle de premier plan (le NMM était une création de l’Internationale syndicale rouge de Moscou ; son président, Tom Manit* et son secrétaire Harry Pollitt étaient deux dirigeants communistes, mais pendant un certain temps le mouvement a été soutenu également par des travaillistes et des syndicalistes de gauche).

Engagé à fond dans les batailles syndicales et politiques de 1926-1927, en particulier la grève générale, puis l’année suivante, la marche de la faim des Gallois vers Londres, Horner se trouve mêlé entre 1927 et 1931 aux conflits internes du CPGB. Sur ordre de l’Internationale communiste, le parti prend un brusque virage à gauche et Pollitt est nommé secrétaire général du parti. Horner qui, pour sa part, veut faire des trade-unions la base de l’action du parti et plaide pour le renforcement de l’action syndicale, est désavoué par le Bureau politique — dont il est pourtant membre. Il en appelle alors au congrès du parti à Leeds (1929). Battu devant cette instance, il se rend à Moscou et défend son point de vue devant un comité international de cinq membres dont le jugement est moins sévère, ce qui lui permet de se considérer comme partiellement approuvé.

En 1931 Horner est inculpé pour une affaire d’expulsion et il est incarcéré pendant quinze mois à la prison de Cardiff. Quand il en sort, il retourne à Maerdy mais le puits où il travaille ferme peu de temps après. Avant sa condamnation, Horner s’était présenté deux fois aux élections législatives, en 1929 et en 1931, comme candidat communiste de la circonscription de Rhondda et en mars 1933, il tente encore sa chance lors d’une élection partielle, mais il est derechef battu.

C’est en janvier 1934 que la situation d’Horner se modifie brusquement : il est en effet élu agent des mineurs d’anthracite de Galles du Sud. A ce poste, il s’oppose avec acharnement aux tentatives patronales pour implanter un syndicalisme jaune. Les mineurs ripostent par la tactique de la grève sur le tas, refusant de remonter à la surface tant que leurs revendications ne seront pas satisfaites. En mai 1936, Horner est élu président de la Fédération des mineurs de Galles du Sud (South Wales Miners’ Federation) et entre au Comité de la Fédération des mineurs de Grande-Bretagne (Miners’ Federation of Great Britain).

Pendant la guerre d’Espagne, Horner se rend deux fois dans le pays pour soutenir les Républicains ; en 1937, il fait partie de la première délégation officielle de la Fédération des mineurs en visite en URSS ; et en 1944, il est envoyé aux États-Unis comme délégué du TUC.

Aboutissement des longs et patients efforts vers l’unification de toutes les organisations de mineurs, la National Union of Mineworkers (NUM) voit le jour en 1945. La même année, à la suite de la victoire des travaillistes aux élections législatives, Horner est nommé responsable syndical de la production nationale du charbon (National Coal Production Officer) à la demande d’Emanuel Shinwell*, le nouveau ministre des Carburants et de l’Énergie, mais il abandonne cette responsabilité en 1947 quand il est élu secrétaire général de la NUM, alors que le débat parlementaire sur le projet de nationalisation des houillères battait son plein. Horner se maintiendra à la tête de la NUM jusqu’à sa retraite en 1959. Il rédige alors ses mémoires qui paraissent sous le titre « L’éternel rebelle » (Incorrigible Rebel).

Horner est l’exemple typique du militant communiste issu de la classe ouvrière qui réussit à s’imposer à la tête du mouvement syndical. Si les électeurs ont refusé de l’envoyer à Westminster, les mineurs lui ont toujours témoigné leur confiance, et sa popularité était grande parmi eux, d’autant que ses convictions politiques ne l’ont pas empêché de collaborer avec des non communistes et de réussir dans de nombreuses négociations industrielles. Dans les dernières années de sa vie, même ses adversaires reconnaissaient le caractère raisonnable et responsable de sa conduite syndicale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75656, notice HORNER Arthur Lewis, version mise en ligne le 5 janvier 2010, dernière modification le 7 janvier 2010.

ŒUVRE : Coal : The Next Round (Avenir du charbon), Londres, [1926]. — Communism and Coal (Le charbon et le communisme), Londres, 1928. — The Soviet Trade Unions (Syndicats soviétiques), Londres, 1942. — Incorrigible Rebel (L’éternel rebelle), Londres, 1960.

BIBLIOGRAPHIE : R.P. Arnot, The Miners : Years of Struggle... from 1910 onwards, Londres, 1953. — S. Macintyre, Little Moscows, Londres, 1980. — H. Francis et D. Smith, The Fed : a history of the South Wales Miners in the twentieth century, Londres, 1980. — Who Was Who, 1961-1970. — Dictionary of National Biography, 1961-1970. — Joyce Bellamy, John Saville (éd.), Dictionary of Labour Biography, t. V.

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