JOWETT Frederick William

Né le 31 janvier 1864 à Bradford, West Yorkshire ; mort le 1er février 1944 à Bradford ; socialiste.

Les parents de « Fred » Jowett eurent huit enfants dont trois moururent en bas âge. Le père, Nathan Jowett, était contremaître ; grand admirateur du leader chartiste, Ernest Jones*, il affichait des opinions avancées. De son côté, la mère, originaire du Devon, gardait le souvenir des meetings chartistes auxquels elle avait assisté étant enfant. Le jeune Fred grandit dans cette atmosphère politisée avant de faire lui-même l’expérience des conditions du travail dans les manufactures textiles du Yorkshire. Cette double influence de la famille et du travail en usine le marque profondément et toute sa vie il va défendre la cause du socialisme.

Il est embauché à mi-temps, dès l’âge de huit ans, dans une fabrique de Bradford et à treize ans, il travaille à plein temps, tout en suivant le soir des cours de tissage et de dessin ; à dix-neuf ans, il est un tisserand accompli. Deux ans plus tard, il devient membre qualifié de l’Union des surveillants du tissage mécanique. Après avoir tenté sa chance comme associé d’une modeste firme de laine et déchets, il retourne, l’affaire ayant échoué, comme cadre dans son ancienne manufacture. Il a vingt-huit ans.

Pendant tout ce temps Jowett s’intéresse à la politique locale et en 1892, il est élu conseiller municipal. Il deviendra aussi secrétaire de la Bourse du Travail de Bradford et en 1895, il est fait échevin. Il lit les œuvres de William Morris* et de Blatchford* qui renforcent ses sympathies pour le socialisme. A vingt-deux ans, il avait adhéré à la Socialist League de William Morris et bientôt il subit l’influence de Keir Hardie*. Lorsque la section de Bradford de la Socialist League cesse ses activités en 1889, Jowett la remplace par une association électorale ouvrière dont il est à la fois le fondateur et le secrétaire, la Labour Electoral Association, initiative de courte durée. Cependant en 1890 la grève célèbre des usines Manningham et le lock-out qui s’ensuit entraînent la création, en 1891, toujours sous l’impulsion de Jowett, d’une Bradford Labour Union qui devient la Bradford Independent Labour Party (ILP) dont Jowett assume le secrétariat. C’est encore dans cette ville, au cœur du pays lainier, que se tient, en janvier 1893, le congrès constitutif du Parti indépendant du travail (ILP).

En 1897, sur la proposition de Keir Hardie, Jowett est élu au comité national de l’ILP. Hardie avait milité avec Jowett l’année précédente lorsqu’il s’était présenté à l’élection partielle pour le siège de Bradford-Est, sans d’ailleurs réussir à décrocher ce dernier. Jowett se présente à son tour aux élections législatives de 1900, mais il échoue, notamment à cause de son hostilité à la guerre des Boers. Il se concentre alors sur ses responsabilités municipales. Les adhérents de la section locale de l’ILP se cotisent pour lui assurer une indemnité de deux livres sterling par semaine et il abandonne son emploi à la fabrique en 1901 pour se consacrer à la propagande socialiste. Toutefois il demeurera syndiqué jusqu’à sa mort. Il milite pour l’ILP tant sur le plan local que sur le plan national. Il adhère totalement à l’objectif du parti : une « action politique indépendante ouvrière » afin de transformer le régime social et d’instaurer un État socialiste. A Bradford, Jowett fait passer des réformes qui serviront de modèle au niveau national. Son nom est particulièrement lié à des améliorations du régime scolaire (cantines dans les écoles, bourses pour les élèves du primaire et du secondaire) et du logement ouvrier. Il préside de 1898 à 1906 le comité d’hygiène de Bradford et en 1901 il est élu au Bureau des Gardiens de l’Assistance publique. Enfin il s’intéresse aussi au mouvement coopérateur.

Cependant Jowett doit renoncer à son mandat municipal en 1907, car l’année précédente il a été élu député de Bradford-Ouest sous l’étiquette du Comité pour la représentation du travail (Labour Representation Committee, LRC). À ces élections législatives de 1906, le LRC avait remporté un éclatant succès et vingt-neuf de ses cinquante candidats avaient été élus.

À Westminster, Jowett s’efforce de lutter contre le misère et le chômage et en faveur des cantines scolaires. Il veut aussi faire modifier la procédure du Parlement, car il est hostile aux longues séances de discussions qui empêchent une action positive. Il exprime carrément ses opinions dans le journal Clarion (Le Clairon). Ses articles sont ensuite publiés dans une brochure au titre provoquant : A quoi sert le Parlement ?, qui connaît un large succès.

Jowett est choisi comme président de l’ILP en 1909 mais son mandat n’est pas renouvelé l’année suivante (c’est William Anderson* qui lui succède), car, artisan de la liberté de vote pour les députés du parti il s’était opposé à Ramsay MacDonald*, le leader du groupe parlementaire. Au Clarion également, il entre en conflit avec le rédacteur en chef, Robert Blatchford et il cesse de collaborer au journal. Les deux hommes sentaient venir le danger de guerre mais leurs positions divergeaient. Jowett, pour sa part, voulait l’abolition de la diplomatie sécrète, tandis que Blatchford approuvait les dépenses militaires et le renforcement de l’armée et de la marine. Aussi il n’est pas étonnant que l’on trouve Jowett au bureau de l’exécutif de l’Union pour le contrôle démocratique (Union of Democratic Control, UDC), organisme pacifiste fondé en novembre 1914 (voir E.D. Morel*, p. 135). Toujours aussi pacifiste à la fin de la guerre, il s’oppose à l’idée de faire payer l’Allemagne vaincue et cette prise de position lui coûte son siège aux élections de novembre 1918.

De 1919 à 1922, Jowett continue de militer activement pour l’ILP, sur le plan international aussi bien qu’à l’échelle locale. Aux élections de 1922, il retourne à la Chambre des communes comme représentant de Bradford-Est, mais il sera de nouveau battu en 1924. Pendant le bref gouvernement travailliste de 1924, on lui confie les Travaux publics. Jowett est réélu une dernière fois en 1929, mais la débâcle travailliste aux élections de 1931 lui fait perdre son siège.

Toute sa vie Jowett a été un inconditionnel de l’ILP. Élu trésorier du mouvement en 1927, il conserve cette fonction jusqu’à sa mort. Au lendemain de la crise de 1931, la direction de l’ILP décide de se séparer du Labour Party et la scission officielle a lieu en 1932. Trois ans plus tard, Jowett se présente aux élections législatives comme candidat ILP et il est battu tout en obtenant plus de voix que le candidat travailliste.

Jowett a toujours manifesté une sympathie active pour l’URSS, ce qui ne l’empêchait pas de critiquer sévèrement les méthodes d’action du Parti communiste britannique. Il est un des très rares militants de gauche, qui soit demeuré, sa vie durant, fidèle aux idées de sa jeunesse.

Marié en 1886 il eut trois enfants. Il meurt le lendemain de son quatre-vingtième anniversaire, en 1944.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75675, notice JOWETT Frederick William, version mise en ligne le 5 janvier 2010, dernière modification le 5 janvier 2010.

ŒUVRE ET BIBLIOGRAPHIE : Jowett a écrit de nombreuses brochures sur le socialisme, etc. Fenner Brockway a consacré une biographie très complète à Jowett, et son ouvrage est en même temps une excellente introduction à l’histoire de l’ILP : Socialism over Sixty Years, Londres, 1946. — Voir également P. Snowden, An Autobiography, 2 vol., Londres, 1934. — G.D.H. Cole, History of the Labour Party from 1914, Londres, 1948. — R.E. Dowse, Left in the Centre, Londres, 1966. — B. Barker, « Anatomy of Reformism : The Social and Political Ideas of the Labour Leadership in Yorkshire », International Review of Social History, vol. 18 (1973). — J. Reynolds & K. Laybourn, « The Emergence of the Independent Labour Party in Bradford », International Review of Social History, vol. 20 (1975).

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