MANGUINE Louis, Jean. Pseudonyme à l’ELI : DUPRÉ Henri

Par Odette Hardy-Hémery, Yves Le Maner, Claude Pennetier

Né le 25 août 1905 à Houplines (Nord), mort le 30 novembre 1982 à Toulon (Var) ; ouvrier métallurgiste ; militant syndicaliste et communiste ; élève de l’École léniniste internationale de Moscou (ELI) ; secrétaire du syndicat unitaire des Métaux de Lille et de l’Union locale CGTU ; secrétaire général de l’UD-CGT du Nord.

Né dans une famille de petits fonctionnaires, « sympathisants communistes » — son père, nommé aussi Louis Manguine, était préposé des douanes et d’opinions anarcho-syndicalistes et sa mère, née Marguerite Fabre sans profession —, Louis Manguine eut un frère, Edgar Manguine, militant communiste, et une sœur, Gisèle, épouse de Charles Nédélec*, militant communiste et dirigeant syndical des Bouches-du-Rhône.

Louis Manguine passa son enfance et suivit sa scolarité à Marseille (Bouches-du-Rhône). Après son certificat d’études primaires, il suivit les cours d’une École pratique de commerce et d’industrie. Il apprit le métier de ferblantier, en sortit ajusteur et trouva, à l’âge de seize ans, un emploi de soudeur autogène à la Compagnie transatlantique à Marseille, exerça les professions de chaudronnier en cuivre et enfin de dessinateur industriel. Il était alors sympathisant anarchiste, initié par un membre des comités syndicalistes révolutionnaires. Membre de la CGTU dès sa création (1922), il milita activement au sein du syndicat unitaire des Métaux de Marseille jusqu’à son installation à Paris, en 1924, où il travailla à la TCRP comme dessinateur. Il fréquenta alors un groupe anarchiste de la rue des Pyrénées (XXe arr.).

Appelé sous les drapeaux en fin 1925, il participa pendant deux ans à la guerre du Maroc. À son retour à Paris, après un séjour de sept mois en Allemagne, il devint l’un des dirigeants les plus actifs du syndicat unitaire des dessinateurs. En 1927, Louis Manguine adhéra aux Jeunesses communistes du XVIIIe arr. et accéda à d’importantes responsabilités dans l’appareil des JC ; en 1928 il adhéra au PC. Il participa à de nombreuses tournées de propagande syndicales et organisa, en 1928 et 1929, les grèves des dessinateurs de Lyon, Saint-Étienne et Grenoble. Il regagna le Nord en juillet 1930 pour aider Arthur Ramette* à mettre au pas une région communiste agitée par de nombreuses exclusions résultant de l’affiliation de plusieurs dirigeants à des courants oppositionnels. Louis Manguine effectua d’abord un important travail de propagande dans les centres industriels de la vallée de l’Escaut (Valenciennes, Denain, Onnaing) qui appelaient notamment à la grève contre les prélèvements ouvriers pour les assurances sociales. Il était membre de la cellule Saint-Sauveur. En 1931, il organisa les mouvements de chômeurs lors de la grève du textile de Roubaix-Tourcoing. Puis, dans le courant de l’été, il se chargea de la structuration des syndicats agricoles unitaires de l’Avesnois et du Cambrésis, alors qu’il était rémunéré par le parti pour remplir cette tâche. Il était également secrétaire de rayon et secrétaire du syndicat des métaux. Enfin, en septembre 1931, il décida de se fixer à Lille où il trouva un emploi aux établissements Paindavoine, Bouchery et Mortreux. Il ne devait l’occuper que quelques jours car la direction nationale du PC décida, en octobre 1931, de l’envoyer en URSS. Le comité de la région nord donnait l’appréciation suivante :« ce camarade possède des aptitudes lui permettant de devenir un bon militant avec une éducation politique plus complète. Approuve et applique avec conscience la politique du Parti. A été utilisé pour des délégations au nom du Parti et les a remplies d’une façon satisfaisante. »

Louis Manguine avait été pressenti pour suivre une formation de 9 mois, il effectua un séjour de vingt-six mois et suivit les cours de l’École léniniste internationale à Moscou. Il appartenait au 5e contingent de trois ans, avec Decaux*, Coutheillas*, Barbé*, Roca* et Baechler* Dans la fiche de présentation, le PCF le disait « ajusteur », célibataire sans charge de famille, permanent du parti depuis juillet 1931, doté d’une « instruction générale secondaire » et d’une « instruction politique moyenne ». Son dossier au Komintern comporte trois évaluations d’avril 1932 : une de Martha Desrumeaux*, une d’Henri Barbé et une d’Havez. Celle de Martha Desrumeaux est la plus favorable : « Militant très actif, politiquement fort, a défendu la ligne du parti, a lutté contre les déviations droitières dans le groupe français à l’école ». Pour Havez, il était « Intelligent- assez sérieux- un peu bavard- un peu curieux – travaille assez bien à l’école. À d’assez grandes possibilités – mais il est assez ‘léger’. Ne marque ni grandes capacités de travail d’organisation, ni pour le travail de masse. Beaucoup de laisser-aller. Peut faire le travail dans l’illégalité. Pas de travail spécial. N’a pas de copine. Confiance avec réserves. ». Barbé écrit : « Ce camarade a milité dans la région du Nord. Il a travaillé comme dessinateur et aussi comme ouvrier. Très intelligent, il possède une instruction générale assez élevée. Il a de grandes facilités d’études. Mais il ne travaille pas courageusement. Il ne lit pas beaucoup. Dans le travail de l’école il procède par a coup. Pendant un certain temps il est très actif, puis, après il ne fait presque rien. Il se fie trop à ses capacités et à sa facilité. Ce camarade a certaines tendances au sectarisme dans les discussions mais il a en général défendu la ligne du parti et de l’IC. Il pourrait être orienté vers le travail d’agit-prop ou bien encore dans le mouvement syndical pour le travail parmi les techniciens. »

Revenu à Lille en décembre 1933, Louis Manguine entra au bureau régional du PC et fut nommé secrétaire de l’Union locale CGTU de Lille, poste qu’il conserva jusqu’à la fusion syndicale de 1935. Dans cette période qui précéda la guerre, Manguine représenta le PC aux élections législatives générales de 1936 et aux législatives partielles du 17 janvier 1937 destinées à pourvoir le siège de la 2e circonscription de Lille laissé vacant par la mort de Roger Salengro*. Le 27 septembre 1938 à Aniche (Nord), Louis Manguine épousa la militante syndicaliste et communiste Martha Desrumeaux, sa condisciple à l’ELI.

Mobilisé en 1939, Louis Manguine fut fait prisonnier lors de l’invasion allemande de 1940, le 19 juin, avec trois cent cinquante soldats du Génie à 11 km de la frontière suisse par une divisioin motorisée allemande. De là, il fut emmené en escorte jusqu’à Besançon où il séjourna du 23 juin au 29 septembre 1940 à la caserne Ruthy puis à la caserne Vauban. Puis il fut détenu en Allemagne du 3 octobre 1940 au 4 avril 1945 dans les stalags XVII A et XVII B. Il fut affecté à de nombreux camps de travail où il fut en contact avec les membres du parti, sauf du 27 juillet au 18 août 1942, dans un camp de culture où aucun communiste ne se fit connaître. Louis Manguine mena dans ce cadre une activité de propagande, notamment en faveur du Pacte germano-soviétique, puis au moment de l’entrée en guerre de l’Allemagne contre l’URSS, lors de la lutte pour l’ouverture d’un second front, lors de la formation des “groupements Pétain” au moment de la transformation des prisonniers en travailleurs libres. En effet, dans les camps, cette action était contrecarrée par le développement du marché noir et la diffusion du Trait d’Union et de L’Écho de Nancy. Mais dans la compagnie de travail de Louis Manguine, seule vingt-trois hommes adhérèrent à la formation des “groupements Pétain”, les autres refusant comme lui d’être “transformés”.

Louis Manguine et ses compagnons furent libérés par les partisans tchèques les 7 et 8 mai 1945 et furent rapatriés par avion par l’armée américaine. Il contribua à armer les prisonniers de guerre soviétiques qui faisaient route vers leur pays et pouvaient être amenés à rencontrer en Tchécoslovaquie les derniers SS refusant de se plier à l’ordre de capitulation.

À son retour en France, Louis Manguine participa à la restructuration des groupements communistes et cégétistes du Nord. Il fut membre du comité fédéral du Nord du Parti communiste, secrétaire général de l’UD-CGT, membre du bureau fédéral, conseiller municipal de Lille et membre du comité exécutif de la Fédération des Métaux.

Il tomba dans une relative et très temporaire disgrâce en 1950 quelques mois après sa femme qu’il avait paradoxalement remplacée pendant quelque temps au secrétariat de l’UD du Nord. Mais, en 1953, il était toujours membre du bureau fédéral du Nord du Parti communiste, secrétaire général permanent de l’UD-CGT, membre de la commission administrative de la CGT et conseiller municipal de Lille en 1956. Il resta au bureau fédéral communiste jusqu’en 1963 et au comité fédéral jusqu’en 1966.

Louis Manguine et Martha Desrumeaux se retirèrent à Evenos (Var).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75680, notice MANGUINE Louis, Jean. Pseudonyme à l'ELI : DUPRÉ Henri par Odette Hardy-Hémery, Yves Le Maner, Claude Pennetier, version mise en ligne le 5 janvier 2010, dernière modification le 19 octobre 2020.

Par Odette Hardy-Hémery, Yves Le Maner, Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, 517 1 1111 ; mais pas de dossier personnel aux archives du Komintern (495 270), sans doute communiqué à un autre service. — Archives de la Fédération du Nord du PCF, dossier de 1957. — Notes de Mikhaïl Pantéleiev, notes du fils de Manguine. — Notice par Y. Le Maner, DBMOF. — État civil.

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