LANE Joseph

Né le 2 avril 1851 à Benson, près de Wallingford, Oxfordshire ; mort le 3 septembre 1920 à Londres ; socialiste et anarchiste.

Joseph Lane était fils de cordonnier ; sa mère était complètement illettrée, et l’enfant ne reçoit guère d’instruction. Tout jeune, il travaille aux champs, et commence à se passionner pour la politique et le radicalisme. A quinze ans, il devient charretier à Londres.

Au début des années 1870, Lane participe aux campagnes pour la réforme agraire et devient, comme beaucoup de radicaux en cette période, un adepte des idées républicaines. Puis un peu plus tard, il fréquente les milieux socialistes ou socialisants qui contribuent à la reconnaissance du mouvement. Vers 1880, on le trouve à la fois à la Ligue pour le suffrage universel masculin (Manhood Suffrage League), à l’Association radicale de Marylebone et à la section anglaise du Club social-démocrate de Rose Street à Soho. Lors des élections législatives de 1880, il soutient les candidats radicaux et en 1881, il participe à la campagne socialiste pour la libération de l’éditeur de Die Freiheit (La liberté), Johann Most, emprisonné pour avoir applaudi à l’assassinat du tsar.

Cette année-là, Lane s’installe dans l’East End où il fonde le club social-démocratique d’Homerton ; c’est comme délégué du club qu’il prend part au congrès révolutionnaire international de Londres et signe, deux ans plus tard, en 1883, le Manifeste mondial des Travailleurs. En 1882, il crée, avec d’autres socialistes de l’East End, la,Ligue pour l’émancipation ouvrière (Labour Emancipation League) qui tient une place émi-nente parmi les organisations socialistes de Londres, et dont Lane devient le secrétaire. Sa réputation de propagandiste déborde le cadre des associations qu’il anime, d’autant qu’il s’occupe aussi de diffuser plusieurs publications radicales, en particulier The Radical et Justice. En 1884, il pousse à la fusion de la Labour Emancipation League avec la Democratie Federation pour créer la Social Democratic Federation dont le programme est exclusivement socialiste. Au mois d’août, il est élu au comité exécutif, mais il appartient à la fraction conduite par William Morris* qui décide en décembre de faire sécession et de fonder la Socialist League. Entré au conseil de la Ligue en janvier, il devient le gérant et le coéditeur (avec W. Morris) du nouveau périodique du mouvement, le Commonweal (le Bien Public). Bientôt, il prend la tête de ceux qui au sein de la Ligue s’opposent à la voie parlementaire et en 1887 il est l’auteur du rapport minoritaire du sous-comité politique. Quand la Ligue renonce à publier les deux rapports — majoritaire et minoritaire — Lane édite le sien sous un titre provocant : « Manifeste communiste contre l’État » Giiin 1887). Dans cette brochure il préconise un socialisme libertaire directement inspiré du communisme anarchiste. En 1888, c’est encore Lane qui contribue à créer deux comités, le Comité de propagande socialiste de l’East End et le Comité commémoratif des événements de Chicago. Mais l’année suivante, il quitte discrètement la Ligue et le mouvement socialiste, prématurément usé physiquement et moralement. Toutefois, il reste en contact avec quelques-uns de ses anciens camarades et continue, jusqu’en 1912, d’écrire des brochures où se reflète son esprit démocratique d’antan.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75688, notice LANE Joseph, version mise en ligne le 5 janvier 2010, dernière modification le 5 janvier 2010.

ŒUVRE : Plusieurs brochures notamment An Anti-Statist, Communist Manifesto (Manifeste communiste anti-étatique), Londres, 1887, 2e éd., avec introduction de N. Walter, Orkney, 1978.

BIBLIOGRAPHIE : Mémoires manuscrits, collection Nettlau, Institut international d’histoire sociale, Amsterdam. — Freedom (janvier-juillet 1912), souvenirs de F. Kitz, Freedom (octobre 1934), souvenirs de M. Kavanagh, Direct Action (novembre 1952), souvenirs de G. Cores. — H.W. Lee & E. Archbold, Social-Democracy in Britain, Londres, 1935. — H. Pelling, The Origins of the Labour Party, Oxford, 1954, 2e éd. 1965. — E.P. Thompson, William Morris : Romantic to revolutionary, Londres, 1955, 2e éd. 1977. — G. Woodcock, Anarchism, New York, 1962. — S. Shipley, Club Life and Socialism in Mid-Victorian London, brochures de l’History Workshop, n° 5, Oxford, 1972. — P. Meier, La pensée utopienne de William Morris, Paris, 1972. — Y. Kapp, Eleanor Marx, vol. 2, The Crowded Years (1884-1898), Londres, 1976. — J. Quail, The Slow Burning Fuse, Londres, 1978. — J. Droz (éd.), Histoire générale du socialisme, t. II : de 1875 à 1918.

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