MANN Thomas

Né le 15 avril 1856 à Foleshill, Warwickshire ; mort le 13 mars 1941 à Grassington, Yorkshire (aujourd’hui North Yorkshire) ; leader syndicaliste, communiste.

Troisième enfant d’un employé d’une compagnie minière, Tom Mann n’a pas trois ans quand il perd sa mère. Pour toute instruction, il fréquente durant trois ou quatre années des écoles élémentaires de quartier et dès qu’il a neuf ans, il se place à la campagne dans des fermes. À l’âge de dix ans il entre à la mine. En 1870 il accompagne sa famille qui s’établit à Birmingham et là il commence un apprentissage de métallo dans une fabrique d’outillage, tout en suivant des cours du soir. Très marqué par les quakers, il s’affilie à une société de tempérance et se fait prédicateur dans une Sunday school. A la fin de son apprentissage, il part pour Londres chercher de l’embauche et c’est là que commence sa vie de militant tout en travaillant dans diverses usines.

Fortement influencé par les idées de Bradlaugh* et d’Henry George, Tom Mann se sent peu à peu attiré par la Fédération social-démocratique (Social Democratic Federation, SDF) fondée en 1884. Aussi s’inscrit-il en 1885 à la section de Battersea. C’est une recrue de choix et, en 1887 et 1888, la SDF l’envoie comme propagandiste dans la région industrielle de la Tyneside et du Lancashire ; il tient des meetings en plein air et organise de multiples réunions. Il s’affirme un orateur à l’éloquence puissante et mène campagne pour la journée de huit heures (sa première brochure, publiée en 1889, est consacrée à cette revendication). Peu de temps après son retour à Londres en 1889, le secrétaire général du syndicat des dockers, Ben Tillett*, fait appel à lui pour l’aider à conduire la grande grève des dockers du port de Londres.

Sous la direction de Tom Mann, John Burns* et Ben Tillett, les dockers remportent la victoire et obtiennent satisfaction sur presque toute la ligne. Cette grève attire l’attention sur Tom Mann qui est considéré comme un leader ouvrier assez influent pour être appelé à siéger à la Commission royale d’enquête sur le travail de 1892 à 1894. En 1894, Tom Mann et trois autres membres de la commission signent le rapport de la minorité réclamant, entre autres, la municipalisation des docks de Londres. En 1893, Tom Mann avait été élu le premier président du syndicat des dockers.

L’autorité de Tom Mann dans le monde ouvrier ne cesse de gagner au cours des dernières années du siècle. A la naissance du Parti indépendant du travail (Independent Labour Party, ILP), en 1893, il compte parmi les personnalités marquantes : secrétaire du parti de 1894 à 1897, il s’en sépare ensuite pour présider la Fédération internationale des dockers qu’il avait contribué à créer. Poursuivant son combat en faveur des ouvriers sans qualification (les unskilled), il joue un rôle de premier plan dans le lancement en 1898 de la Workers’ Union, organisation regroupant les travailleurs pour lesquels aucun syndicat n’existait jusque-là. En revanche il échoue dans ses diverses tentatives (1895, 1896, 1897) pour entrer à la Chambre des Communes.

En 1901 Tom Mann émigré en Nouvelle-Zélande où il entreprend une tournée de propagande auprès des organisations ouvrières. Puis, l’année suivante, il s’installe en Australie où il va rester neuf ans. Dans ce pays le mouvement ouvrier en est encore à ses débuts. Chargé de fonder un Labour Party dans l’État de Victoria, Mann parcourt aussi le Queensland et l’Australie occidentale. De retour en Victoria, il entame une série de meetings sur la question sociale à l’issue desquels naît le Social Questions’ Committee, et de ce comité sortira le Parti socialiste de l’État de Victoria, parti dont les adhérents vont se multiplier et l’influence aller croissant. Ce parti, qui se réclame du collectivisme et de l’Internationale socialiste, tente d’orienter le Labour Party dans la même voie. L’année 1906 voit la création d’un hebdomadaire, The Socialist, dont Tom Mann est rédacteur en chef. La propagande pour le socialisme révolutionnaire va alors bon train. Pour avoir fait campagne pour la liberté de parole Tom Mann est arrêté avec un groupe de millitants et emprisonné à Melbourne.

C’est en Australie que Tom Mann commence à se lancer dans le syndicalisme révolutionnaire. Militant pour le syndicat d’industrie qu’il faut selon lui substituer au traditionnel syndicat de métier, il écrit de nombreuses brochures et articles, en particulier « Comment vaincre… » (The Way to Win, 1908), publication dans laquelle il affirme le primat de l’action directe, l’action parlementaire étant reléguée au second rang dans la libération des travailleurs. Tom Mann quitte l’Australie en 1910 et rentre en Angleterre, en s’arrêtant au passage en Afrique du Sud où il s’efforce de fédérer les trade-unions sur la base du syndicalisme d’industrie.

Leader prestigieux et militant infatigable, Tom Mann compte, dès son retour en Grande-Bretagne, parmi les dirigeants les plus influents du monde ouvrier. Il est très impressionné par l’anarcho-syndicalisme de la CGT et se rend en France avec d’autres trade-unionistes britanniques pour étudier sur place les idées et les méthodes du syndicalisme français. Le terme syndicalism est d’ailleurs un emprunt au vocabulaire français. En juillet 1910, Mann crée un périodique Industrial Syndicalist, mais ce mensuel dure moins d’un an et il est remplacé par Syndicalist que lance Guy Bowman. Dans son combat syndicaliste révolutionnaire, Tom Mann obtient le soutien des dirigeants mineurs de Galles du Sud, qui dans leur célèbre brochure The Miners’ Next Step (1912) revendiquent la propriété des mines pour les ouvriers.

On retrouve encore Tom Mann aux côtés de J. Havelock Wilson* pour consolider le syndicat des gens de mer et il prête aussi son concours à la fondation de la Fédération des transports (Transport Workers’ Federation) ainsi que de la Ligue éducative des syndicats révolutionnaires (Industrial Syndicalist Education League). En 1912 Tom Mann est condamné à six mois de prison pour incitation à la rébellion, mais devant l’ampleur du mouvement de protestation il est relâché au bout de sept semaines.

En 1916 Tom Mann entre au British Socialist Party, futur noyau du Parti communiste, dont lui-même est en 1920 l’un des fondateurs. De 1919 à 1921, il est secrétaire général du syndicat de la métallurgie (Amalgamated Society of Engineers, ASE, devenu en 1920 The Amalgamated Engineering Union, AEU) et en 1921, il participe au premier congrès de l’Internationale syndicale rouge à Moscou. A soixante-huit ans, Tom Mann fait une dernière tentative pour se faire élire au Parlement et se présente comme candidat communiste de la circonscription de East Not-tingham, il est derechef battu.

De 1924 à 1932, Tom Mann préside le « mouvement de la minorité » (National Minority Movement). D’inspiration communiste, ce mouvement cherche à imposer le « contrôle ouvrier » dans les entreprises sous la pression des syndicats. Au début des années 1930, Mann joue un rôle de premier plan dans la campagne communiste du National Unemployed Workers’ Movement, ce qui lui vaut d’être à nouveau inculpé pour propos « séditieux » et emprisonné en 1932. En 1937, Mann se rend en URSS pour la quatrième et dernière fois. Jusqu’à sa mort, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, il est resté un communiste convaincu et militant.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75710, notice MANN Thomas, version mise en ligne le 5 janvier 2010, dernière modification le 5 janvier 2010.

ŒUVRE : Tom Mann a écrit de multiples brochures sur le socialisme, le syndicalisme, etc. Il publie ses Mémoires (Tom Mann’s Memoirs) en 1923, deuxième édition en 1967 avec une introduction de Ken Coates.

BIBLIOGRAPHIE : D. Torr, Tom Mann and his Times, vol. I : 1856-1890, Londres, 1956. — B. Holton, British Syndicalism 1900-1914 : myths and realities, Londres, 1976. — Reproduction en fac-similé de The Syndicalist 1912-1914, introduction de G. Brown, Nottingham, 1976. — Dictionary of National Biography, 1941-1950.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément