MARTIN Kingsley [MARTIN Basil Kingsley]

Né le 28 juillet 1897 à Hereford, Herefordshire ; mort le 16 février 1969 au Caire ; journaliste socialiste.

Le père de Kingsley Martin, pasteur congrégationaliste, choisit comme prénom pour son fils le nom du romancier socialiste chrétien, Charles Kingsley*. Adolescent sérieux et fervent, Martin a une vision idéaliste du monde et subit profondément le choc de la déclaration de guerre de 1914. Pacifiste déclaré, il se porte volontaire pour une unité ambulancière quaker quand il atteint l’âge d’être soldat et il sert en France pendant dix-huit mois.

De retour en Angleterre à la fin des hostilités, il entreprend des études d’histoire à Cambridge, au Magdalen College. Goldsworthy Dickinson* le prend en amitié et Martin devient son disciple. C’est à Cambridge qu’il découvre le socialisme. Il passe brillamment ses examens en 1922 et obtient une bourse qui lui permet d’écrire « Le triomphe de Lord Palmerston » (The Triumph of Lord Palmerston), paru en 1924 et l’oriente vers la carrière universitaire. Il débute en 1924 avec un demi-poste à la London School of Economics, comme assistant d’Harold Laski*, mais il ne s’entend pas avec le directeur, William Beveridge, et la publication de sa brochure polémique contre le gouvernement Baldwin : « L’opinion publique et la grève générale » (The British Public and the General Strike) crée un incident. Aussi démissionne-t-il de la LSE au bout de trois ans.

C.P. Scott propose alors à Martin de collaborer au Manchester Guardian, où il entre au printemps de 1927. Désormais il va se consacrer au journalisme. Au bout de trois ans, en accord avec Scott, Martin quitte le quotidien sur un constat d’échec. Cependant ces trois années lui ont permis de se former et d’acquérir une expérience précieuse du métier de journaliste. Sa réputation est suffisante pour qu’on lui confie, à la fin de

1930, le poste de rédacteur en chef du New Statesman, position qu’il va conserver pendant trente ans.

Le New Statesman, fondé par les Webb* à la veille de la Première Guerre mondiale, venait de fusionner avec le journal libéral Nation au moment précis où Martin entre à la rédaction. A partir de là, et en dépit de quelques flottements, le New Statesman and Nation a constitué le moyen d’expression de la gauche travailliste, en particulier des milieux intellectuels et fabiens auxquels il apporte une analyse hebdomadaire de l’actualité. Grâce à son talent et à son flair, Martin s’affirme un rédacteur en chef exceptionnel, obtenant la collaboration de noms prestigieux, en particulier G.D.H. Cole*, Bertrand Russell*, Graham Wallas*, H.N. Brailsford* et Léonard Woolf*, ce qui porte très haut la réputation du journal.

C’est dans les années 1930 que, sous l’impulsion de Martin, l’originalité et l’influence du New Statesman sont le plus marquées et en particulier contribuent à la reconstruction du travaillisme après la grande débâcle de

1931. Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, Martin n’est plus pacifiste, bien qu’il lui soit arrivé de se demander par moments s’il ne convenait pas de satisfaire, au moins partiellement, les ambitions allemandes vers l’Est. Au cours des années 1950, s’il adopte une attitude ambivalente vis-à-vis du bevanisme, il s’engage à fond dans la campagne pour le désarmement nucléaire.

On peut dire que le New Statesman, pendant trois décennies, a représenté les vues de la gauche intellectuelle jusque dans ses contradictions. En 1960, Martin cède la place à John Freeman. Sa santé s’était détériorée au cours des années précédentes et le comité directeur du journal souhaitait faire appel à un sang neuf pour remédier à la diminution du tirage de l’hebdomadaire. Toutefois Martin continue de collaborer au journal auquel il donne surtout des articles de reportage sur ses voyages à l’étranger. Il suit de très près l’évolution de l’Inde et des pays africains et c’est au cours d’un de ses déplacements qu’il meurt, au Caire, à l’âge de soixante-douze ans.

Kingsley Martin s’était séparé de sa femme au bout de quelques années de mariage et Dorothy Woodman, longtemps secrétaire de l’Union of Democratic Control, était devenue sa compagne. Peu avant sa mort, il a publié deux volumes autobiographiques où il raconte sa vie jusqu’en 1945, mais le troisième volume est resté inachevé.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75712, notice MARTIN Kingsley [MARTIN Basil Kingsley], version mise en ligne le 5 janvier 2010, dernière modification le 5 janvier 2010.

ŒUVRE : En plus des volumes mentionnés dans le texte, on peut citer French Liberal Thought in the Eighteenth Century (Le Libéralisme français au XVIIIe siècle), Londres, 1929. — The Press the Public Wants (La presse que le public désire), Londres, 1947. — Harold Laski : A Memoir (Souvenirs d’H. Laski), Londres, 1953. — The Crown and the Establishment (La couronne et l’Establishment), Londres, 1962.

BIBLIOGRAPHIE : E. Hyams, The New Statesman 1913-1963, Londres, 1963. — Mervyn Jones, Kingsley Martin : Portrait and Self-Portrait, Londres, 1969. — C.H. Rolph, Kingsley : The Life, Letters and Diaries of Kingsley Martin, Londres, 1973. — Dictionary of National Biography, 1961-1970.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément