MITCHELL John Thomas Whitehead

Né le 18 octobre 1828 à Rochdale, Lancashire ; mort le 16 mars 1895 à Rochdale ; coopérateur.

Enfant naturel, John Mitchell est élevé par sa mère, une ouvrière pauvre, selon des principes religieux très stricts, et tout au long de sa vie il demeurera un chrétien convaincu. Le jeune garçon va à l’école primaire et le dimanche à la Sunday School. Il commence à travailler à onze ans dans une manufacture de coton. A l’âge de vingt ans il est embauché dans une manufacture de flanelle où il restera vingt ans et où il finira directeur. En 1867 il s’établit à son compte comme marchand de flanelle.

A dix-huit ans Mitchell avait rejoint la Sunday School de la chapelle indépendante de la Providence de Rochdale et était devenu teetotaller ; un an plus tard il avait signé l’engagement de s’abstenir totalement d’alcool — engagement auquel il restera fidèle jusqu’à la fin de ses jours. Mais son existence a été surtout consacrée au mouvement coopérateur. En 1853, Mitchell adhère à la célèbre Société des équitables pionniers de Rochdale (The Rochdale Equitable Pioneers’ Society), qui avait eu des débuts plus que modestes en 1844 dans un pauvre entrepôt situé dans Toad Lane (la « ruelle du crapaud »), association qui avait été au point de départ du mouvement coopérateur en Grande-Bretagne. Mitchell entre au Comité directeur en 1856 pour devenir l’année suivante secrétaire à mi-temps de la Société. Il avait trouvé sa vocation.

C’est au milieu des années 1840 que le mouvement coopérateur, s’éloi-gnant des théories oweniennes, avait mis l’accent sur les coopératives de consommation tournées vers le commerce de détail. Ces coopératives ont pour principes la vente au comptant sans crédit, la gestion démocratique par les adhérents, la distribution de dividendes sur les bénéfices réalisés au prorata des achats de chacun. Dans les manufactures coopératives on maintient les méthodes habituelles de la concurrence et on s’oppose au partage des bénéfices ; cette position de principe trouve son application lors de la fameuse controverse de la Société de Rochdale à propos de la « prime au travail » qui est supprimée en 1862. Incontestablement c’est là un recul par rapport à l’idéal ambitieux et utopique d’Owen* ; mais le mouvement coopérateur — de gros et de détail — opte pour une conception plus réaliste de la coopération.

Mitchell est un des fondateurs de la manufacture coopérative de Rochdale en 1854 et il en assure la présidence en 1860 et 1862. Néanmoins il faut attendre la création de la Société coopérative de gros en 1862-1864 pour que s’affirment l’exceptionnelle personnalité de Mitchell et ses qualités de leader. Il participe comme délégué au premier congrès coopérateur de 1869 et il est élu membre du directoire de la Société coopérative de gros. En 1874 il accède à la présidence de la société et y demeure jusqu’à sa mort. On peut dire de John Mitchell qu’il a été le dirigeant le plus remarquable du mouvement coopérateur. Quelques phrases de son discours au Congrès de Rochdale en 1892 résument son idéal :

« La religion, la tempérance, la coopération, voilà les trois forces motrices du progrès humain. Mais de ces trois forces la coopération en tant que force commerciale et à condition d’être étayée par les deux autres, est la plus grande, la plus noble, et celle qui est le mieux en mesure d’assurer la rédemption des classes laborieuses. » (Ce texte est gravé sur le monument funéraire élevé dans le cimetière de Rochdale par la Société coopérative de gros à la mémoire de John Mitchell.)

Pareille profession de foi n’est du reste pas l’apanage de Mitchell et dans sa force comme dans sa faiblesse elle exprime bien la philosophie d’une large partie de l’élite ouvrière dans la seconde moitié du XIXe siècle. De plus elle éclaire l’opposition de nombreux milieux d’ouvriers à la radi-calisation politique de la fin du siècle, en particulier dans le Lancashire, bastion du mouvement coopérateur.

John Mitchell n’a jamais été un permanent rémunéré du mouvement coopérateur et en dépit de ses capacités en affaires, il est resté volontairement pauvre. Au siège du mouvement coopérateur de gros de Manchester, on a donné son nom à une grande salle, le Mitchell Hall.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75721, notice MITCHELL John Thomas Whitehead, version mise en ligne le 5 janvier 2010, dernière modification le 5 janvier 2010.

BIBLIOGRAPHIE : P. Redfern, John T. W. Mitchell : Pioneer of Consumers’ Co-operation, Manchester, 1923. — Idem, The New History of the CWS, Manchester, 1938. — M. Cole, Makers of the Modem Labour Movement, Londres, 1948. — Joyce Bellamy, John Saville (éd.), Dictionary of Labour Biography, t. I.

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