SEXTON James

Né le 13 avril 1856 à Newcastle upon Tyne ; mort le 27 décembre 1938 à Liverpool ; dirigeant docker, député travailliste.

Né dans une famille irlandaise chassée de son pays par la Grande Famine, James Sexton a six mois quand ses parents, marchands ambulants, se fixent à Saint-Helens, près de Liverpool, et deviennent raccom-modeurs de parapluies. Le jeune garçon — l’aîné de six — quitte l’école à huit ans pour s’embaucher dans une verrerie où les équipes travaillent douze heures consécutives. Son père était lié à l’organisation secrète des Fenians, la Fraternité républicaine irlandaise (Irish Republican Brotherhood), et James, suivant l’exemple paternel, débute en politique comme nationaliste irlandais. Auparavant, il avait fait une fugue à douze ans et s’était embarqué sur un voilier. Il revient au bout de quatre mois d’aventures et travaille pendant trois ans dans une usine de produits chimiques ; mais la mer l’attire à nouveau et il repart naviguer quelque temps. A son retour, il s’engage comme docker. Il a vingt-cinq ans lorsque un grave accident du travail le défigure définitivement sans qu’il puisse toucher la moindre indemnité. A sa sortie de l’hôpital, il n’est employé que par intermittence et reste souvent sans travail, jusqu’à ce qu’il parvienne à monter un petit commerce.

Sexton compte parmi les pionniers du syndicalisme des dockers. En 1889, il entre à la nouvelle Union des dockers (Dock, Wharf, Riverside and General Labourers’ Union) et en devient le secrétaire en 1893, à trente-sept ans, poste qu’il conservera jusqu’à ce que l’Union des dockers soit absorbée dans le puissant syndicat des transports (Transport and General Workers’ Union, TGWU) en 1922. Il assume aussi plusieurs responsabilités au TUC, où il siège au comité parlementaire de 1900 à 1905, en 1907 et surtout de 1909 et 1921 ; il préside le congrès annuel du TUC en 1905 et enfin, en 1923, il entre au conseil général. Sexton milite également à l’échelon international, s’efforçant, par exemple, d’organiser les dockers d’Amsterdam, ce qui lui vaut d’être expulsé de Hollande en 1896 ; plus tard, il collaborera étroitement avec la Fédération internationale des ouvriers des transports.

Ses activités syndicales ne l’empêchent pas de jouer un rôle politique. On le compte parmi les fondateurs, en janvier 1893, du « Parti indépendant du travail » (Independent Labour Party), première ébauche du parti travailliste. En 1899, il appuie la fameuse motion du congrès annuel du TUC qui aboutit à la création, en février 1900, d’un Comité pour la représentation du travail (Labour Representation Committee). Il s’était présenté, sans succès, aux élections de 1895, et après deux autres échecs, en 1906 et 1910, il entre au Parlement en 1918 comme député Labour de Saint-Helens, siège qu’il garde jusqu’en 1931. Mais cette année-là le désastre électoral travailliste Péloignera définitivement de Westminster.

Riche en talents, Sexton fut le premier correspondant ouvrier du Labour Gazette, le bulletin du ministère du Travail, dès sa création en 1893 ; il collabore aussi à des journaux syndicalistes et à la presse locale. Dans sa jeunesse, il avait fait du théâtre d’amateur et écrit plusieurs nouvelles et une pièce : La loi contre les émeutes (The Riot Act, 1914). Cette pièce raconte la grève des transports londoniens en 1911 et plaide pour l’action législative plutôt que pour l’action directe (des parlementaires jouèrent la pièce rebaptisée « Démocratie », en 1929). Enfin — sous un pseudonyme — Sexton a écrit des poèmes politiques.

Catholique fervent, Sexton est profondément hostile à l’enseignement laïque ; il s’affirme anticommuniste convaincu et se range parmi les trade-unionistes partisans de la conciliation et de l’arbitrage. Au cours de la Première Guerre mondiale, Sexton prend une position intensément patriotique. Zélé recruteur de l’armée, il organise des bataillons de dockers de Liverpool sous le commandement du comte de Derby, ce qui lui vaut d’être décoré de l’ordre du CBE (Commander of the Order of the British Empire) en 1917. En 1931, il est fait chevalier et en 1934 citoyen d’honneur de Liverpool, en récompense de ses longues fonctions de conseiller municipal et (à partir de 1905) d’échevin.

Marié, sans enfants, Sexton reste veuf et publie ses mémoires deux ans avant sa mort.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75794, notice SEXTON James, version mise en ligne le 7 janvier 2010, dernière modification le 7 janvier 2010.

ŒUVRE : Sir James Sexton, Agitator : the Life Story of the Dockers’ MP (Sir J. Sexton, agitateur ouvrier : la vie d’un docker devenu député), Londres, 1936.

BIBLIOGRAPHIE : B.C. Roberts, The Trades Union Congress, 1868-1921, Londres, 1958. — H.A. Clegg, A. Fox & A.F. Thompson, A History of British Trade Unions, Oxford, 1964. — E.L. Taplin, Liverpool Dockers and Seamen, 1870-1890, Université d’Hull, 1974. — P. J. Waller, Democracy and Sectarianism : a political and social history of Liverpool, 1868-1939, Liverpool, 1981. — Who Was Who, 1929-1940. — Dictionary of National Biography, 1931-1941.

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