SPENCE Thomas

Né le 21 juin 1750 à Newcastle upon Tyne, Northumberland ; mort le 8 septembre 1814 à Londres ; propagandiste et agitateur révolutionnaire.

Le père de Thomas Spence, un ouvrier écossais fixé à Newcastle upon Tyne qui avait eu, par ses deux mariages, dix-neuf enfants, avait exercé tour à tour le métier de filetier, de cordonnier et de quincaillier. C’est lui qui apprit à lire à Thomas et comme le jeune garçon manifestait des dispositions pour l’étude, il devient comptable puis maître d’école. À Newcastle, une polémique sur les terres communales attire alors son attention sur les problèmes de la propriété et des droits naturels. Il fait, en 1775, une communication intitulée « Les véritables droits de l’homme » à la Société philosophique de la ville, dont il est aussitôt exclu. Il y exposait déjà les idées essentielles qu’il s’efforcera de propager durant toute sa vie. Partisan convaincu du droit naturel, Spence affirme comme un droit universel le droit à la propriété. Or l’évolution de la société a permis à une minorité d’usurper le sol qu’il faudra, un jour, rendre à ses possesseurs légitimes. Spence propose que la propriété des terres, collectivisée, soit remise aux paroisses, qui les distribueraient aux citoyens moyennant un fermage modique. Le produit de ces fermages pourvoirait seul aux dépenses de l’Etat et des municipalités, tandis que les autres impôts seraient supprimés. Une constitution pleinement démocratique assurerait l’égalité totale des citoyens. Bref, la société idéale, dont rêvait Spence, se situe à mi-chemin entre l’individualisme et le communisme.

A partir de 1782 Spence se fixe à Londres où il finira par ouvrir une librairie à Holborn. Sa réalisation la plus ambitieuse a été la publication, de 1793 à 1795, d’un périodique, « Pâture du cochon : ou leçons de la multitude porcine recueillies par le Défenseur du pauvre » (on se souvient que le terme « multitude porcine » est celui par lequel Burke désignait meprisamment les classes pauvres dans ses « Réflexions sur la Révolution française »). C’est l’époque où le gouvernement harcèle et pourchasse radicaux et jacobins ; pour sa part Spence explique, dans une lettre au quotidien Morning Chronicle du 3 janvier 1795, qu’il a été quatre fois expulsé de sa boutique par huissiers, trois fois traduit en justice et trois fois emprisonné pour être en définitive reconnu non coupable.

En 1796, Spence publie « Le soleil méridien de la liberté », ce livre (qui reproduisait notamment son premier essai) sera retrouvé au British Museum par Hyndman* qui le rééditera en 1882 sous le titre « La nationalisation du sol en 1775 et en 1882 ». En 1796 paraît « Le droit des nouveau-nés », livre dans lequel Spence présente un projet de constitution destiné à sa communauté idéale.

En 1801, Spence est incarcéré pendant une année et condamné à une amende de £ 50 pour avoir publié « Le restaurateur de la société dans son état naturel ». Au banc des accusés, Spence assure sa propre défense et expose ses idées aux membres du jury auxquels il lit de larges extraits de ses œuvres. Plus tard, en 1812, il fonde avec quelques adeptes la « Société des philanthropes spencéens » ; parmi les plus célèbres des « Spencéens », on peut citer le bourrelier Thomas Evans qui avait appartenu à la London Corresponding Society et qui, à la mort de Spence, devient le porte-parole de ses thèses, le médecin James Watson et Arthur Thistlewood qui, impliqué dans la conspiration de Cato Street en 1819, sera arrêté, jugé et pendu le 1er mai 1820.

À l’aube du mouvement ouvrier les idées simples et facilement accessibles de Spence n’ont pas laissé d’exercer une certaine influence. Les char-tistes étaient familiers avec ses théories, que l’on verra reparaître dans les années 1880. Le thème de la terre volée au peuple, en stimulant l’ardeur des réformateurs, servira le développement du socialisme, en particulier du socialisme agraire. La thèse rejoignait du reste l’ancienne croyance au « joug normand » (à savoir que les Normands vainqueurs auraient transformé la société saxonne plus démocratique en une société aristocratique et oppressive) et elle a contribué au mouvement en faveur de la taxation foncière et de la nationalisation du sol.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75809, notice SPENCE Thomas, version mise en ligne le 7 janvier 2010, dernière modification le 7 janvier 2010.

ŒUVRE : The Meridian Sun of Liberty (Le soleil méridien de la liberté), Londres, 1796. — The End of Oppression (La fin de l’oppression), Londres, 1795. — The Rights of Infants (Le droit des nouveau-nés), Londres, 1797. — Etc.

BIBLIOGRAPHIE : T. Evans, A Brief Sketch of the Life of Mr Thomas Spence, Manchester, 1821. — A. Davenport, The Life, Writings and Principles of Thomas Spence, Londres, 1836. — A.W. Waters, Trial of Thomas Spence, Leamington Spa, 1917. — O. Rudkin, Thomas Spence and his Connections, Londres, 1927. — E.P. Thompson, The Making of the English Working Class, Londres, 1963. — « Selected Writings of Thomas Spence 1750-1814 », in P.M. Kemp Ashraf et J. Mitchell eds, Essays in Honour of William Gallacher, Berlin, 1966. — Joyce Bellamy, John Saville (éd.), Dictionary of Labour Biography, t. VIII. — J. Droz (éd.), Histoire générale du socialisme, t. I  : des origines à 1875.

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