MONMOUSSEAU Gaston, Léon, René. Pseudonyme : BRÉCOT Jean (DBK)

Par Michel Dreyfus

Né le 17 janvier 1883 à Luynes (Indre-et-Loire), mort le 11 juillet 1960 à Paris (XIXe arr.) ; secrétaire de la Fédération des cheminots en avril 1920 ; secrétaire général de la CGTU (juin 1922-novembre 1932) puis membre de son secrétariat ; adhérent au PC en 1925, élu au bureau politique de 1926 à 1940, réélu en 1945 ; secrétaire de la CGT (1945-1960) ; délégué à de nombreusesréunions de l’Internationale communiste et de l’Internationale syndicale rouge (ISR), responsable du Secrétariat européen del’ISR (1933-1934).

Cheminot depuis 1910, Gaston Monmousseau s’opposa à l’Union sacrée puis rejoignit le Comité pour la IIIe Internationale. Actif dans les grèves cheminotes en 1919 puis durant la vague de grèves de 1920, il fut inculpé le 3 mai 1920, arrêté, détenu puis acquitté le 17 mars 1921.

Élu à la commission administrative de la CGTU lors de sa création en décembre 1921, il s’opposa avec les Comités syndicalistes révolutionnaires à la liaison organique entre IC et ISR, votée à Moscou lors du Ier congrès de l’ISR. En janvier 1922, il succéda à Monatte comme gérant de La Vie ouvrière, y exerça une influence prépondérante jusqu’en 1930 et devait la diriger jusqu’à sa mort.
Au 1er congrès de la CGTU (1922), Monmousseau défendit l’adhésion à l’ISR avec réserves et fut nommé secrétaire général. Délégué au IIe congrès de l’ISR (novembre 1922), il évolua ensuite sous la pression de l’ISR et de son secrétaire, Lozovsky* avec lequel il se lia. Toutefois, jus-qu’en 1925, Monmousseau apparut comme un « syndicaliste pur ». Lors du 2e congrès confédéral (Bourges, 1923) où il fut réélu secrétaire général, la motion qu’il fit adopter sur les fractions communistes dans la CGTU affirmait encore la valeur essentielle de l’autonomie du syndicalisme, tout en admettant qu’il n’est pas « au-dessus de tout ».

Le 7 janvier 1923, Monmousseau avait assisté à la conférence internationale d’Essen (Allemagne), qui chercha à établir les bases d’un accord entre organisations révolutionnaires européennes pour dénoncer le Traité de Versailles et empêcher l’occupation de la Ruhr. Revenu en France, il fut arrêté le 10 janvier, inculpé d’attentat contre la sûreté de l’État mais il bénéficia d’un non-lieu le 13 juin. Entre temps, le 8 février, il avait été élu membre honoraire du Soviet de Pétrograd.

En février 1923, Monmousseau avait craint devant Lozovsky* que « le PC n’apparaisse comme l’enfant chéri de l’Internationale en laissant la CGTU comme un enfant bâtard ». La commission française du 5e Exécutif élargi de l’IC (21 mars6 avril 1925) mit un terme aux heurts entre PC et CGTU, en décidant la présence des quatre membres du bureau confédéral — un seul, Berrar, appartenait au PC — à la direction du PC. Le 15 avril 1925, Semard* accueillit solennellement Dudilieux* et Monmousseau au bureau politique, décision ratifiée lors du congrès suivant (Lille, 1926). Dans son autobiographie de 1931, Monmousseau précisa qu’il était « membre du Parti depuis 1925 par décision de l’IC après avoir milité à la tête de la CGTU comme sympathisant depuis 1922 ». Au 3e congrès de la CGTU, (Paris, juillet 1925), lui et la direction confédérale firent voter par 947 voix contre 425 le principe de la rééligibilité des permanents syndicaux, la non-rééligibilité étant défendue par les syndicalistes-révolutionnaires et les anarchistes. Monmousseau qui avait donc définitivement opté en faveur d’un syndicalisme communiste s’opposa avec acharnement à la minorité « syndicaliste-révolutionnaire » de la CGTU, qui fit paraître La Révolution prolétarienne.

Durant l’été 1924, il participa au IIIe congrès de l’ISR puis, à partir d’avril 1925, à la plupart des réunions du BP ainsi que des organismes dirigeants de l’IC et de l’ISR à Moscou : VIIe plénum du comité exécutif de l’Internationale communiste (novembre-décembre 1926) ; IVe congrès de l’ISR et VIe congrès de l’IC (mars-avril et été 1928) où il fut nommé suppléant au CE. Il fut présent au VIe CE élargi de l’IC (6 mars 1926) au cours duquel Staline* déclara : « Je pense que le groupe dirigeant doit se former prochainement autour des camarades comme Semard*, Crémet*, Doriot*, Monmousseau. »

Emprisonné à la Santé du 1er au 16 septembre 1927, il fut réélu secrétaire général aux congrès de la CGTU en 1927, 1929 et 1931. En décembre 1928, Monmousseau avait assisté à Moscou au congrès des syndicats soviétiques et au congrès international des Amis de l’URSS. Arrêté à l’issue de la journée internationale d’action contre la guerre du 1er août 1929, il séjourna à la Santé jusqu’au 9 mai 1930 et publia de nombreux articles sous le pseudonyme de Jean Brécot. Peu à peu, au sein du bureau confédéral, sa conception des rapports entre PC et CGTU l’opposa à d’autres responsables. Réprimandé lors du Ve congrès de l’ISR (août 1930) pour la négligence dont la CGTU avait fait preuve dans le « travail colonial », il resta cependant au bureau exécutif de l’ISR.
Hostile à tout rapprochement avec la CGT, Monmousseau soutint jusqu’en 1933 la ligne « classe contre classe » et prôna la thèse de la radicalisation des luttes sous la direction du Parti et dans les syndicats. Depuis 1931, il s’opposait à Frachon* sur la question de la réunification de la CGT. Mais en avril 1929, Frachon* était devenu le responsable de la section syndicale du PC et à partir du bureau politique du 9 février 1931, il assura le lien entre PC et CGTU. Lors du 11e plénum (mars-avril 1931), Monmousseau, comme le reste de la direction française, subit de sévères critiques de l’IC. Il fut réélu le 19 mars 1932 au BP mais y avait perdu de l’influence. Le 12e Comité exécutif de l’IC (septembre 1932) entérina son remplacement par Frachon*. Contraint de rejoindre Moscou pour travailler au secrétariat de l’ISR, en novembre 1932, Monmousseau fut officiellement remplacé à la CGTU par Frachon*. Il était encore à Moscou en janvier 1933.

Réélu seulement au secrétariat et à la commission exécutive de la CGTU lors de son 7e congrès (septembre 1933), il fut chargé d’assurer la direction du Secrétariat européen de l’ISR, dont le siège était à Paris. Sa position était difficile. Dans une intervention faite à Moscou peu après le 6 février 1934, il s’interrogea sur le fait que le Parti « ... encore coupé des grandes masses… n’avait pas saisi suffisamment à temps le fort mouvement de masse qui se développait autour de lui à Paris et en province ». Le 17 février 1934, lors d’un Présidium de l’IC, il fit une critique de la position prise par le PC au sujet du gouvernement Daladier. Lors de la réunion du Secrétariat latin du 16 avril 1934, Manouilski* félicita Monmousseau « ... venu d’autres couches, des couches anarchisantes… » qui était devenu un « exemple de discipline ». Fin 1934, son départ pour Moscou semblait imminent.

Il fut élu à la Commission internationale de contrôle du CE de l’IC, lors de son VIIe congrès (été 1935) et en janvier 1936, réélu au comité central et au bureau politique du PC lors du congrès de Villeurbanne. En revanche, il ne fut pas élu au bureau de la CGT réunifiée à Toulouse. Il fut également un des dirigeants du Rassemblement universel pour la paix. Responsable de la Région provençale du PC clandestin à partir de 1940, il nesemble pas avoir été à la hauteur de ses fonctions. À nouveau secrétaire de la CGT à la Libération, il eut la responsabilité de la culture ainsi que de la formation et appartint au comité exécutif de la Fédération syndicale mondiale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75846, notice MONMOUSSEAU Gaston, Léon, René. Pseudonyme : BRÉCOT Jean (DBK) par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 8 janvier 2010, dernière modification le 8 janvier 2010.

Par Michel Dreyfus

SOURCES : RGASPI, 495 2 178, 495 12 34, 495 32 134, 517/1/360. — Notice par G. Ribeill, DBMOF, t. 37. — A. Kriegel, S. Courtois, Eugen Fried…, op. cit. — J. Cristofol, Batailles pour Marseille…, op. cit. — M. Cachin, Carnets, t. 3…, op. cit.

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