JUGE Pierre, Albert

Par René Lemarquis, Claude Pennetier

Né le 16 décembre 1917 à Paris (XIIe arr.), mort le 28 mai 2000 à Montauban (Tarn-et-Garonne) ; ouvrier de l’alimentation (commis boucher) ; résistant FTP ; secrétaire fédéral du Parti communiste du Tarn-et-Garonne ; député à la première Assemblée constituante ; député de 1946 à 1951 et de 1956 à 1958.

Pierre Juge était le fils d’un coupeur.Titulaire du certificat d’études primaires, il adhéra en 1934 à la Jeunesse communiste à Tombeboeuf (Lot-et-Garonne) dont il fut secrétaire de section. Il aurait pris sa carte au Parti communiste en 1938, mais il donnait également les dates de 1941 et 1942, sans doute la date d’une adhésion plus formelle au moment de sa reprise de contact. Il assurait la trésorerie d’une section locale de la FSGT (Fédération sportive et gymnique du travail) avant 1939.

Il écrivait en 1945 : « Dès la dissolution du Parti, notre cellule à Tombeboeuf perdit le contact jusqu’à mon départ de ce village, le secrétaire prétendant [qu’il] n’a plus retrouvé la liaison. Dès notre arrivée à Niquillons, j’entrais en contact avec le PC par l’intermédiaire de Christian Genereau, horloger à Verteuil. » Avec son ami Netto, il organisa la solidarité avec les internés. Pendant la guerre il reprit des liens avec son parti en juin 1941 à Aiguillon par l’intermédiaire de Clément Jourdan. Chauffeur à l’usine Weiz de 1941 à 1943, responsable d’un groupe communiste de trois de 1941 à 1942 sous le nom de Bob, il devint, en 1942-1943, responsable politique de section, puis en juin-août 1944 secrétaire régional dans le Tarn-et-Garonne (Polo régional). Il était, début 1944, responsable d’un maquis de Francs-Tireurs. Il fut condamné à mort par contumace. Il participa à la Libération de Montauban et fut homologué comme lieutenant FFI.

À la Libération, commis boucher expéditeur, Pierre Juge devint secrétaire de la fédération communiste du Tarn-et-Garonne. Les commentaires de la commission des cadres étaient positifs : « très bonne formation politique, quotidiennement dans la ligne du PC a contribué, aujourd’hui encore à redresser les “ courants ” gauchistes qui ont tendance à se développer. Caractère calme, mais ferme ». Tête de liste communiste, il fut élu député à la première Assemblée constituante en octobre 1945, siégea à la commission de la famille, de la population et de la santé, et présenta un projet de loi sur le statut des étrangers. Non réélu à la seconde Assemblée constituante, en juin 1946, il fut ensuite élu député à l’Assemblée nationale en novembre de la même année. Il était en 1947 secrétaire fédéral lorsqu’une note intérieure, rappelée dans un rapport du 16 février 1950 de la SMC (Section de montée des cadres), lui reprocha d’avoir « à plusieurs reprises fait preuve de manque de fermeté politique » à l’occasion de trois « affaires ». Il n’aurait pas fermement agi avec les « signataires » (ceux qui avaient signé pour sortir des camps d’internement) Pierre Couchet (Couchet, chirurgien-dentiste à Montauban avait été secrétaire régional en 1939 et maquisard FTP à Saint-Antonin) et Matheron. D’autre part dans l’affaire Marcel Thourel la réaction politique « ne s’affirma que sous les directives de la direction du Parti » (Thourel, exclu le 12 avril 1945, alors qu’il venait d’être réélu secrétaire régional, s’était installé à Montauban où l’hebdomadaire communiste du Tarn-et-Garonne l’Étoile du Quercy lança contre lui une mise en garde en juin 1946). Enfin Juge avait laissé « passer la marchandise trotskiste » de Guenne dans le journal fédéral. Guenne n’avait consacré que huit lignes pour le 45e anniversaire de Maurice Thorez le 28 avril 1945 prétendant que donner de l’importance à cet événement « c’est de l’iconolâtrie et du fétichisme… ». Or Juge avait trouvé qu’il pouvait y avoir une part de vérité dans ces paroles.

Dans la brochure La lutte contre les assassins et les espions de la clique Tito, Georges Cogniot* critiquait sévèrement seize fédérations dont le Tarn-et-Garonne.

Pierre Juge avait suivi l’école centrale de 4 mois du PCF de novembre 1947 à mars 1948. Les appréciations de l’école faisaient état d’une « certaine surestimation » de ses connaissances lors d’un brillant départ, mais qu’il avait compris très vite qu’il se trompait car les problèmes se compliquaient et que le marxisme-léninisme n’était pas si simple qu’il le croyait. Grâce à un gros travail, « après une période de flottement il se ressaisit et termina bien l’école ». Pierre Juge était toujours secrétaire de la fédération du Tarn-et-Garonne en 1953 et le resta jusqu’en 1966 ; Maurice Souleil* lui succéda alors, mais il resta deuxième secrétaire chargé de l’organisation. Pierre Juge était alors maire adjoint de Montauban.

Dans son dossier au RGASPI figurent deux textes (en russe) de l’agence TASS : l’un du 14 septembre 1950 relate un meeting à Castelsarrazin dans lequel une grenade aurait été lancée, l’autre du 20 octobre 1950 rend compte d’une intervention du député Juge à l’Assemblée nationale au sujet d’une libération de prisonniers français en Indochine par Ho Chi Minh.

Juge fut réélu député en janvier 1956 et siégea jusqu’en 1958. Il se présenta sans succès en 1958, 1962, 1967 et 1968. Il fut également candidat au Sénat en 1977 et 1986.

Il avait épousé, en janvier 1939, Camille Laurent, vendeuse, adhérente du PCF, puis, en juin 1985, Ginette Barrot, à Villebrumier (Tarn-et-Garonne).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75918, notice JUGE Pierre, Albert par René Lemarquis, Claude Pennetier, version mise en ligne le 15 janvier 2010, dernière modification le 5 septembre 2011.

Par René Lemarquis, Claude Pennetier

SOURCES : Dossier RGASPI 495 270 313. — Arch. comité national du PCF : composition des comités fédéraux du Tarn-et-Garonne, questionnaire biographique de 1945 et 1951 (notes de Jocelyne Prézeau). — DPF, 1940-1968, t. 4. — État civil.

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