HUARD Raymond, François, Charles

Par Hélène Chaubin

Né le 15 juin 1933 à Versailles (Seine-et-Oise, Yvelines) ; professeur d’histoire dans le Gard et l’Hérault ; membre du Parti communiste français à partir de 1954 ; militant syndical au SNES puis au SNESup ; universitaire spécialiste d’histoire politique.

Raymond Huard naquit dans une famille d’instituteurs. Son père, Robert, Charles Huard , né en 1903 dans l’Eure-et-Loir et fils d’instituteur, a été lui aussi instituteur à Versailles puis directeur d’école à Sevran, et à Aulnay-sous-Bois (Seine-et-Oise) . Sa mère, née en 1902 à Versailles, y fut également institutrice. Le grand-père maternel de Raymond Huard avait été garde républicain puis guide au château de Versailles. Cette famille était de tradition radicale-socialiste, une tradition laïque, anti-cléricale, rationaliste.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Raymond Huard vécut quelque temps à Ézy-sur-Eure chez ses grands-parents avec sa sœur, née en 1931. Lors de l’exode en 1940, la famille partit avec des cousins vers la Sarthe. Au retour, elle trouva la maison familiale d’Ezy et l’école de Montmagny où exerçait la mère de Raymond Huard occupées par les Allemands. Son père, qui avait été fait prisonnier, revint en France en mars 1941. Raymond Huard entra en classe de sixième en 1943 à Paris, au lycée Rollin, devenu ensuite lycée Jacques Decour.
Pendant la guerre, les membres de sa famille n’eurent pas d’engagement résistant mais n’adhérèrent pas à la mode du pétainisme ni aux thèses de Vichy. Ils furent très attentifs au rôle de l’armée rouge qui leur inspira intérêt et admiration pour l’URSS.

En 1946, Raymond Huard découvrit un milieu nouveau quand son père fut nommé à Sevran, une « banlieue rouge » dont le maire était communiste. Après un baccalauréat obtenu en 1950, il entra en classe préparatoire, Lettres supérieures et Première supérieure, à Louis-le-Grand puis à Henri IV. Il fut admis en deuxième rang à l’École normale supérieure de Saint-Cloud en 1953. C’est dans cette période qu’il adhéra au Mouvement de la paix en 1953, et au Parti communiste l’année suivante, après la mort de Staline. Raymond Huard n’avait jamais approuvé le « culte de la personnalité » qui était inhérent au stalinisme. De même, il apprécia l’œuvre de modernisation entreprise en Chine après 1949 mais non le culte consacré à Mao Zedong. Les motivations de son engagement tiennent donc à des causes assez complexes : l’influence d’un milieu, surtout étudiant, les images d’un monde communiste résistant au nazisme, et capable de conduire de grands peuples à la modernité. Après la guerre, le communisme exerçait une grande séduction : Raymond Huard comptait parmi ceux qui admiraient l’activité intellectuelle du Parti communiste français, son influence sur les arts et le monde des Lettres. Entre 1946 et 1954, ce sont les prises de position du parti contre la guerre d’Indochine qui confirmèrent ses convictions. Cependant, Raymond Huard conserva toujours sa capacité critique et ne fit jamais le sacrifice de ses valeurs républicaines au profit de l’orthodoxie du Parti communiste.

Au terme de ses études supérieures, il obtint d’abord une licence d’Histoire en 1954 à la Sorbonne, puis fut reçu à l’agrégation d’histoire en 1956. D’abord nommé professeur à l’École normale de jeunes filles de Mont-de-Marsan (Landes), en 1956-1957, il fut muté dans le Gard au lycée de garçons de Nîmes où il exerça de 1957 à 1964 avec une interruption de deux ans de 1958 à 1960 pour le service militaire.

Lors d’un stage au CREPS de Montpellier, il avait rencontré Marthe Chanson, élève de l’Ecole normale de Fontenay, militante au SNES, étudiante en physique. Marthe Chanson était née en 1930. Elle obtint l’agrégation de physique en 1955 et fut nommée professeur à Nîmes (Gard). Raymond Huard l’épousa à Nîmes le 4 septembre 1956. Ils eurent quatre enfants : François, né en 1957, Annette en 1958, Irène en 1960, et Mireille en 1965. Marthe Huard adhéra au Parti communiste au début des années 1970. Les quatre enfants devinrent ingénieurs dans des spécialités différentes. François fut un militant de l’UNEF. Annette et Irène adhérèrent au Parti communiste.

Après son service militaire, Raymond Huard rejoignit son poste au lycée de garçons de Nîmes et reprit ses activités syndicales au SNES à une époque où les objectifs de ce syndicat étaient l’obtention d’une revalorisation de la fonction enseignante ainsi que d’une réforme de l’enseignement encore inspirée par les idées de la commission Langevin-Wallon. En 1964, il fut nommé assistant d’Histoire contemporaine, d’abord au Collège littéraire universitaire de Perpignan, puis en 1966 à la Faculté des Lettres et à l’Université Paul Valery de Montpellier. Dans l’enseignement supérieur, il fut secrétaire de section du SNES SUP pour l’Université Paul Valéry puis secrétaire académique du SNES SUP. Il poursuivit son activité militante en manifestant un double refus à l’égard du gauchisme et de la réaction. En 1968, il n’adhéra pas à la critique systématique de la recherche scientifique et ne fut pas affecté par l’échec du mouvement. En décembre 1968, il devint maître assistant d’Histoire contemporaine : une fonction exercée jusqu’en février 1983, date à laquelle lui fut attribuée une chaire de Professeur titulaire qu’il occupa jusqu’à sa retraite en octobre 1993, avec le titre de professeur émérite de l’Université de Montpellier. Il fut appelé à plusieurs reprises à donner des conférences à l’étranger, dans des Universités américaines et en Union Soviétique à l’Université de Moscou.

Les crises internes de l’URSS jusqu’à sa dislocation en 1991, et les positions du Parti communiste français déroutaient bien des militants. Raymond Huard resta fidèle au Parti communiste. Malgré son peu de goût pour les fonctions électives, il fut candidat en 1992 aux élections régionales. Mais pour lui, l’engagement dans le syndicalisme resta essentiel.
 
Son oeuvre fut abondante. D’abord tenté par l’histoire des sciences (il avait écrit en 1963 un article sur le professeur Langevin), il fut ensuite incité par son directeur de thèse, le professeur Girard, à travailler sur le mouvement républicain. Cela correspondait à sa tradition familiale. Il soutint sa thèse pour le Doctorat d’État le 22 octobre 1977 à l’Université de Paris IV : « La préhistoire des partis, le Parti républicain et l’opinion républicaine dans le Gard de 1848 à 1881 ». Raymond Huard manifesta un intérêt constant pour des thèmes dont il approfondit peu à peu l’étude. Après avoir consacré de nombreuses publications au Gard, et plus particulièrement à la ville de Nîmes (les protestants, l’école, les mineurs), deux thèmes dominants se dégagèrent : la genèse des partis en France et le suffrage universel.

Il trouva dans les activités associatives un champ de réflexion et d’action diversifié qui convenait à ses exigences intellectuelles, d’autant plus qu’il choisit souvent de participer à des Associations culturelles, surtout à caractère historique, en fonction des thèmes correspondant à ses convictions et à ses travaux. À la Ligue de l’enseignement du Gard entre 1964 et 1970, il retrouva une tradition familiale et exprima son intérêt pour la région où il exerçait. Il en fut de même plus tard, à partir de 1994, quand il s’impliqua dans les activités de la Médiathèque et du Musée de Nîmes, avec l’Association des Usagers du Carré d’Art. D’autres choix renvoient à des recherches choisies dès la période de sa thèse : son activité dans la Société d’Histoire de la Révolution de 1848 – il fut membre du Bureau- ; à partir de 1980, sa contribution à la fondation de la Société d’Histoire moderne et contemporaine de Nîmes et du Gard dont il fut plusieurs fois président ; puis son rôle dans la préparation des fêtes du bicentenaire de 1789 quand, avec l’association « Vive 89 » de Montpellier, il participa à l’organisation et à l’animation du bicentenaire de la Révolution. Son adhésion à l’Espace Marx du Languedoc après 1989 correspond à un besoin de réflexion sur les problèmes du moment à la lumière du marxisme. Ses activités associatives ont été celles d’un chercheur et d’un militant. Il a adhéré à l’Association Maitron Languedoc-Roussillon depuis sa création en 1999 et participe à ses recherches.
On peut reconnaître dans ses travaux deux grands axes de recherche :
- L’origine des partis,
- Le suffrage universel dans ses évolutions et ses pratiques, non seulement en France – avec une attention particulière à la Seconde république — , mais aussi en Europe et dans le monde, particulièrement avec un ouvrage publié en 2003 sur L’élection du président au suffrage universel dans le monde.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75928, notice HUARD Raymond, François, Charles par Hélène Chaubin, version mise en ligne le 17 janvier 2010, dernière modification le 5 avril 2016.

Par Hélène Chaubin

OEUVRE : « Essai sur les premières démarches de la pensée philosophique de P. Langevin », La Pensée, juin 1963, n° 109, pp. 64-82. – « La bataille pour l’École Primaire dans le Gard »(1866-72), Nîmes, Cercle nîmois de la Ligue de l’Enseignement, 1966, 48 p. — « Aspects du mouvement ouvrier gardois pendant la guerre de 1914-1918. Les grèves de 1917 », Annales du Midi, n° 88, juillet-sept 1968, p. 305-18. — « La défense du suffrage universel sous le Seconde République . Les réactions gardoises et le pétitionnement contre la loi du 31 mai 1850 », Annales du Midi, n° 103, juillet-sept.1971, p. 315-36. — « La Genèse des partis démocratiques modernes en France . L’expérience du XIX°siècle », La Pensée, octobre 1978, p. 96-119. — « Les protestants du Gard, pensée et action dans les débuts de la III° république », Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme français, Actes du colloque : Les protestants dans les débuts de la IIIe république.- 1979, p. 653-78. — « Les courants, les idéologies et les partis politiques de 1789 à nos jours », Histoire de la France contemporaine, t. VIII, éd. Sociales-Livre Club Diderot, 1982, p.457 à 493. — Direction, préface et chapitre Nîmes au XIX° siècle, dans Histoire de Nîmes, Édisud, 1982, p. 7-10 et 267 à 233. – « La laïcisation des Écoles primaires du Gard. Étapes, portée et limites d’une réforme », Études sur l’Hérault, n° 1, 1985, p. 3-10 – « Le suffrage universel en France : jalons pour une histoire, 1848-1981, Cahiers d’Histoire de l’I.R.M., n° 22, 1985, p. 44-66. – « Marx et la France. Du jeune Marx au Coup d’État du 2 décembre 1851 », Cahiers d’Histoire de l’I.R.M., n° 21,1985, p. 5-27. Traduction japonaise en 1993- « Entretiens avec A. Soboul », en collaboration avec M.J.Naudin, Cahiers d’Histoire de l’I.R.M., n° 21, 1985, p. 119-144 – « Opinione publica, suffragio e democrazia in europa. Saggio di tipologia degli Stati », La transformazione politica nell Europa liberale, 1870-1890, Bologne, 1986, 315 p., p .283-307. — « La révolution française, événement fondateur, Le travail de l’Histoire sur l’héritage et la tradition », Cahiers d’Histoire de l’I.R.M., n° 32, 1988, p. 54-71 – Le suffrage universel en France, 1848-1946, Paris, Aubier-Flammarion, collection historique, 1990, 493 p. — « L’organisation du suffrage universel sous la seconde République », dans Serge Berstein et Odile Rudelle : Le modèle républicain, PUF, Paris, 1992, p. 71-90 – « Le centenaire de 1889 et les origines du parti radical . La fédération de 1889 », dans Le XIXe siècle et la Révolution française, Créaphis, Paris, 1992, p. 129-148 – « Aux origines d’un thème républicain, la défense de la République. L’exemple de l’insurrection de 1851 dans le Gard », dans La République en Languedoc-Roussillon, Actes du Colloque de Nîmes, 4 et 5 septembre 1992, Nîmes, 1993, p. 9-12 et 213-227. — La naissance du parti politique en France, 1815-1914, Presses de Sciences PO, 1996, 383 p. – « Las practicas del sufragio universal en Francia entre 1848 y 1914. Avances, pioneros, novedades provisionales, proyectos inacabados » dans Democracia, Elecciones y Modernizacion en Europa, siglos XIX y XX, Catedra, Madrid, 1997, p.47 à 71 – Nîmes, 1900-1950, éditions Sutton, 2001, en collaboration avec Jean Pey et Mireille Tailland-Nomen – « Le coup d’État du 2 décembre 1851, Bibliographie », Revue d’Histoire du XIXe siècle, n° 22, 2001, p. 127-146 ( en collaboration avec Sylvie Aprile) – L’élection du président au suffrage universel dans le monde, La Dispute, Paris 2003,158 p.
Raymond Huard a publié des comptes rendus d’ouvrages dans de nombreuses revues savantes. Il a dirigé, en liaison avec l’Association des professeurs d’Histoire et Géographie (Régionale de Montpellier), la préparation de quatre recueils de documents d’Histoire régionale La Révolution en Languedoc-Roussillon, 1789-1799, C.R.D.P. Montpellier, 1970, Réédition 1989, 181p. L’époque napoléonienne en Languedoc-Roussillon, 1789-1815 C.R.D.P. Montpellier, 1971. Restauration et Monarchie de Juillet en Languedoc-Roussillon 1815-1848, C.R.D.P. Montpellier, 1973 . La Deuxième guerre mondiale en Languedoc-Roussillon 1939-1945, C.R.D.P.Montpellier, 1975.

SOURCES : Entretiens avec Raymond Huard le 15 juillet 2003 et le 16 janvier 2004. — État civil. Voir ŒUVRE.

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