PIATAKOV Georgi (Iouri) Leonidovitch Pseudonymes : KIEVSKY P., ARVID (DBK)

Par Pierre Broué

Né le 6 août 1890 dans la province de Kiev (Empire russe), exécuté le 30 janvier 1937 à Moscou ; anarchiste puis bolchevik ; adversaire de Lénine dans les débats antérieurs à la Révolution et de ses débuts ; chef du gouvernement ouvrier et paysan d’Ukraine de 1917 à 1919, puis dirigeant politique dans l’Armée rouge ; envoyé en Allemagne en 1923 pour la préparation de l’insurrection ; membre de l’Opposition de gauche qu’il quitta en 1928, condamné à mort au 2e procès de Moscou, après des « aveux ».

Le père de Iouri Piatakov dirigeait une raffinerie de sucre dans la région de Kiev. Iouri Piatakov fut militant très jeune, notamment comme membre de la coordination qui dirigea la « révolte lycéenne » en 1905, milita dans les rangs anarchistes, puis après quatre ans d’études et de lectures, devint marxiste en 1910, et dirigea avec Evgenia Bosch, sa compagne, l’organisation du Parti à Kiev.

Arrêté en 1912, exilé, il s’évada en octobre 1914 par le Japon, et prit part à la conférence bolchevique de Berne. Avec N. Boukharine et E. Bosch, il publia Kommunist en Suisse et s’opposa à Lénine sur le droit à l’autodétermination nationale. Lié en Suède à la gauche social-démocrate, il regagna Kiev avec Bosch en février 1917, y présida le comité du Parti et le Soviet à partir de septembre 1917.

Après Octobre, il fut nommé directeur adjointde la banque d’État. Comptant parmi les dirigeants des « communistes de gauche » hostiles à la signature du traité de Brest-Litovsk, il était prévu pour remplacer Lénine à la tête du gouvernement avec les s. r. (socialistes révolutionnaires) de gauche.

Il démissionna de ses responsabilités, partit combattre en Ukraine où il reforma le PC. De décembre 1917 à juillet 1919, il présida le gouvernement provisoire ouvrier et paysan d’Ukraine, se révéla homme d’action, mais combattit comme « contre-révolutionnaire » le mot d’ordre d’autodétermination de l’Ukraine. Au 8e congrès du Parti en 1918, il fut attaqué par Lénine pour sa politique de « chauvin grand-russe ». Écarté d’Ukraine, il collabora avec Trotsky, qui avait sur lui un grand ascendant, sur divers fronts de la guerre civile et se distingua notamment en Crimée.
Suppléant du comité central en 1921, chargé de la réorganisation économique du Donbass avec la Nouvelle politique économique ; membre en 1923, 1924 et en 1925, président du tribunal suprême, il dirigea le procès des s. r. en 1922. En 1923, il fut envoyé avec Radek en Allemagne où se préparait l’insurrection pour y représenter l’Exécutif sous le nom d’Arvid dans ces préparatifs et son déroulement.
Revenu en URSS, il fut l’un des signataires de la lettre des 46, et devint l’un des dirigeants de l’Opposition de gauche dont il fut l’un des responsables à Moscou. Il était toujours fasciné par l’industrialisation et demeurait vice-président du Conseil économique supérieur (VNSKh).
Envoyé en exil politique à Paris en 1927 à la Représentation commerciale, il prit contact avec les oppositionnels français et s’efforça de les unifier. Selon Maurice Paz, il finança la publication de Contre le Courant. Staline devait l’accuser de l’avoir fait avec des fonds appartenant à l’État soviétique.

Envoyé aux États-Unis aussitôt après l’exclusion de l’Opposition de gauche, il y milita quelque temps avec E. B. Solntsev, qui en parle dans sa correspondance avec Trotsky , avant de capituler en février 1928. Sa femme ne le suivit pas et fut exilée. Sa capitulation à peine connue, il fut attaqué par Contre le Courant, en mars 1928, à travers une déclaration d’un dirigeant de l’Opposition de gauche belge et un commentaire rédigé par Maurice Paz.

Rappelé en URSS, il fut réintégré dans le Parti, devint vice-commissaire à l’Industrie lourde, le vrai constructeur de l’industrie pendant les premiers Plans quinquennaux, en qualité d’adjoint d’Ordjonikidze. Arrêté après le procès Zinoviev*, contre lequel il protesta en secret tout en demandant publiquement l’arrestation des accusés, il comparut au deuxième procès de Moscou, où il fit des aveux outrageusement faux.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75935, notice PIATAKOV Georgi (Iouri) Leonidovitch Pseudonymes : KIEVSKY P., ARVID (DBK) par Pierre Broué, version mise en ligne le 17 janvier 2010, dernière modification le 30 décembre 2019.

Par Pierre Broué

SOURCES : « Avtobiografija » dans Encyclopédie Granat, Moscou 1927-29. — G. Haupt & J.-J. Marie, Les Bolcheviks par eux-mêmes, 1969. — Andrea Graziosi, « Building the First System of State Industry in History : Piatakov’s VNSKh and the Crisis of the NEP, 1923-1926 », Cahiers du monde russe et soviétique ; 32, n° 4, octobre-décembre 1991, p. 539-580. — Andrea Graziosi, « G.L.Pïatakov (1890-1937) : A Mirror of Soviet History », Harvard Ukrainian Studies, XVI, 1-2, décembre 1992, p. 102165. — Andrea Graziosi, « At the Roots of Soviet industrial relations and practices. Piatakov’s Donbass in 1921 », Cahiers du Monde russe, XXXVI, 1-2, janvier 1995, p. 95-138.

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