BENTOLILA Jacques [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 10 août 1906 à Perrégaux [Mohammadia] (Algérie) ; cheminot en Algérie ; syndicaliste CGT ; communiste, résistant, condamné dans le procès dit « des 61 » (communistes).

Dès le début des années 1930, Jacques Bentolila était un syndicaliste communiste des plus actifs parmi les cheminots. Il était originaire de Perrégaux (Mohammadia, Algérie) et employé des chemins de fer dans cet important dépôt. Sanctionné pour son activisme, il fut muté aux ateliers de Sidi-Bel-Abbès vers 1932-1933. Non seulement il fut un responsable syndical mais milita aussi à l’association France-URSS ; en 1933, il participa aux manifestations de soutien à la grève des terrassiers de la ville.
Actif à la CGT réunifiée, il fut aussi un partisan communiste de premier rang dans le mouvement de Front populaire. En mars 1937, il fut condamné par le tribunal correctionnel de Sidi-Bel-Abbès pour avoir actionné la sirène des CFA (Chemins de fer d’Algérie) pour appeler à une manifestation de secours contre l’agression dont étaient victimes des vendeurs algériens de l’Humanité ; il y eut deux morts et huit blessés. La droite coloniale anti-arabe et anti-juive était particulièrement violente à Sidi-Bel-Abbès qui était aussi la base militaire de la Légion étrangère.
Jacques Bentolila partit ensuite pour Alger où il travailla au dépôt de la gare. Sans titre de fonction, à la CGT ou au PCA, il devint « Bentolila des chemins de fer » ou « Bentolila des cheminots ». Il continua à militer dans la clandestinité sous le gouvernement de Vichy et le commandement de Weygand en Algérie qui appliqua les lois raciales. Quand les organisateurs du PC clandestin qu’étaient les anciens des Brigades internationales, Maurice Laban* et Georges Raffini* réussirent à s’évader de prison en 1941, c’est Jacques Bentolila qui les récupéra et les cacha ensuite à Birmandreis où Gaby Gimenez* les rejoignit. Malheureusement ils furent tous arrêtés en novembre 1941 et firent nombre au procès dit « des 61 » (communistes) condamnés en mars 1942. C’est au contact du cheminot Bentolila qu’Henri Alleg fut amené au PCA, d’abord par le mouvement des Jeunesses après le débarquement allié du 8 novembre 1942.
Secrétaire de l’Union Algérie, Bentolila la représenta au bureau de la Fédération CGT des cheminots de 1951 à 1953. Arrêté comme communiste en 1956, il fut interné au camp de Lodi.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article760, notice BENTOLILA Jacques [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 14 novembre 2020.

Par René Gallissot

SOURCES : La Lutte sociale, mars et mai 1937. — « Les souvenirs d’Henri Alleg », A. Harris et A. de Sédouy Voyage à l’intérieur du Parti communiste, Le Seuil, Paris, 1974 ; — Interviews de J. Bentolila, A. Moine et P. Ginestar par J. Delorme, Mémoire sur Sidi-bel-Abbès, op.cit. — H. Alleg, Mémoire algérienne, Stock, Paris 2005. — Comptes rendus des congrès fédéraux. — Notes de Georges Ribeill. — Arch. Nat. France Outre-mer, Aix-en-Provence, ALG 91 3 F/120 (Notes de Louis Botella).

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