ROSSI Jacques

Par Claude Pennetier

Né le 10 octobre 1909 à Breslau (Allemagne) ; kominternien d’origine française ; prisonnier au Goulag soviétique pendant deux décennies.

Jacques Rossi
Jacques Rossi
Entretien avec Claude Pennetier sur CanalWeb, février 2001

Jacques Rossi n’a aucun lien avec son lieu de naissance dû au hasard. Il ne connut pas son père mort très tôt et en raison du décès de sa mère pendant son enfance, il ne lui resta de ses origines que quelques souvenirs visuels où se mêlent Lyon, Paris, Genève. Son père avait des ancêtres italiens de Florence. Sa mère était fille d’un artisan menuisier de Bourg-en-Bresse et d’une Alsacienne. Elle se remaria avec un architecte polonais très riche. Jacques Rossi eut donc l’éducation d’un enfant defamille très aisée. À Paris, à côté du jardin du Luxembourg, il était entouré par sa grand-mère qui lui parlait allemand, et son beau-père le polonais. Lorsqu’il vécut à Varsovie, il eut après la mort de sa mère une gouvernante anglaise et des professeurs à domicile. Son beau-père possédait des domaines à l’Est de la Pologne. La servilité des paysans qui l’appelaient « le petit seigneur » contribua à son esprit de révolte précoce.

La révélation de sa situation familiale réelle (celui qu’il croyait être son père n’était en fait que son beau-père) hâta sans doute son engagement dans les rangs communistes alors qu’il était au lycée. Militant dès dix-sept ans, il fut bientôt engagé dans un appareil clandestin qu’il pensait être polonais et qui s’avéra international. Sa connaissance des langues (auxquelles il ajouta dans les années suivantes le russe et le chinois), son style « bourgeois » en faisait un agent de liaison idéal. Il affirme que sa fonction fut purement technique et qu’en dehors d’une rapide formation au « chiffre », il ne n’eut pas d’apprentissage spécifique. Son employeur était l’OMS, le service secret de transmission du Komintern mais aussi, pense-t-il, le GRU (service de renseignement de l’Armée rouge). Les documents qu’il transportait, cachés dans ses vêtements et ses affaires, étaient ultra-secrets et lui-même en ignorait la teneur. Il dit n’avoir gardé aucun souvenir des contacts qu’il prit et des personnes qu’il rencontra en France, en Allemagne, en Russie… pendant ces huit ans qui précèdent sa présence en Espagne. Au cours de la guerre d’Espagne, on l’envoya, en 1937, côté franquiste avec du matériel de transmission mais son expérience de « chiffreur » ne dura qu’une dizaine de jours. On le rappela à Moscou. Son équipière (son amie) lui demanda de ne pas répondre à cette convocation, mais il passa outre et fut arrêté à son arrivée. Accusé d’espionnage au profit de la France et d’autres pays européens, il fut emprisonné puis déporté au Goulag d’où il ne sortit qu’en 1956. Encore n’était-il pas complètement sorti d’affaire. Lors d’un passage à l’ambassade de France il ne tenta pas, par fidélité à ses engagements, de rester dans les lieux et de se faire rapatrier. Il fut envoyé en Asie soviétique et ce n’est que tardivement qu’il réussit à partir en Pologne où il fut enseignant de langue à l’Université. Il écrivit en russe un Manuel du Goulag pour témoigner de la dureté de la vie des prisonniers. En France, à partir de 1985, il travailla à la publication de ses textes, en particulier de ses « Chroniques du Goulag ».

Passé quatre-vingt-dix ans, Jacques Rossi a conservé une vitalité étonnante et une volonté de faire partager son témoignage. En 2001, il vivait à Montreuil-sous-Bois, se consacrant à l’écriture.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76020, notice ROSSI Jacques par Claude Pennetier, version mise en ligne le 24 janvier 2010, dernière modification le 28 novembre 2018.

Par Claude Pennetier

Jacques Rossi
Jacques Rossi
Entretien avec Claude Pennetier sur CanalWeb, février 2001

ŒUVRE : Le Manuel du Goulag , Le Cherche Midi éditeur, 1997. — Qu’elle était belle cette utopie ! Chronique du Goulag , Le Cherche Midi éditeur, 2000.

SOURCE : Entretien avec Jacques Rossi, 20 février 2001.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément