SERGE Victor. Pseudonyme de KIBALTCHITCH Victor, Lvovitch, Napoléon. Autres pseudonymes : ALBERT R., BERLOWSKI Aleksei, GARINE Georges, GOTTLIEB, KLEIN Victor, Le MASQUE, PODEREVSKI, RALPH, SIEGFRIED, V. STERN. (version DBK)

Par Michel Dreyfus

Né le 30 décembre 1890 à Ixelles (Bruxelles, Belgique), mort le 17 novembre1947 à Mexico (Mexique) ; anarchiste, communiste, oppositionnel puis socialiste indépendant ; journaliste, traducteur, essayiste, poète, romancier ; responsable des éditions de l’IC en 1919, chef de la propagande de l’IC pour l’Europe centrale puis responsable de l’Internationale communiste jus-qu’en 1925.

Victor Serge
Victor Serge

Fils d’un étudiant en médecine, Victor Serge connut une enfance difficile, n’alla jamais à l’école et commença à travailler très jeune. Après un bref passage aux Jeunes gardes socialistes, il milita dans les milieux anarchistes, d’abord en Belgique puis en France à partir de 1909 ; dans le cadre de l’affaire de la Bande à Bonnot, il fut condamné à cinq ans de réclusion en 1913. Libéré en 1917, marqué par cette expérience, il évolua vers le bolchevisme à la suite de la Révolution russe, mais, de son propre aveu, cette évolution de l’anarchisme au communisme fut « longue et difficile ». Après un séjour à Barcelone où il se lia aux syndicalistes catalans sous le nom de Victor Serge qu’il allait conserver, il revint clandestinement Paris en août 1917 et, après avoir été à nouveau arrêté, il gagna la Russie en février ou mars 1919.
Dès son arrivée à Pétrograd, il rencontra de nombreux dirigeants bolcheviques. G. Zinoviev premier président du Komintern, tout récemment fondé, lui proposa d’organiser les services de son Exécutif. Bien que n’appartenant pas au Parti bolchevique, Serge accepta cette proposition et se mit au travail avec V. O. Mazine avec qui il se lia d’une solide amitié. Durant ces premiers mois, il assuma de multiples responsabilités vivant « entre les téléphones…, réquisitionnant des imprimeries, sélectionnant du personnel, corrigeant des épreuves jusque dans les trams, négociant avec le Conseil de l’économie pour de la ficelle, avec l’imprimerie de la Banque d’État pour du papier, courant à la Tchéka ou à de lointaines prisons de banlieue dès qu’on [leur] signalait quelque abomination, erreur mortelle ou sévices — et c’était tous les jours — conférant le soir avec Zinoviev ». Il participa à de nombreuses réunions de l’Exécutif de l’IC, dirigea le service des langues latines de l’IC et de ses éditions, reçut des délégués étrangers, supervisa les archives de l’ex-ministère de l’Intérieur, l’Okhrana.
Lié au Groupe communiste français, il adhéra au Parti communiste russe en mai 1919 et s’en expliqua dans une lettre publiée dans Le Libertaire du 7 novembre 1920 : « Antiautoritaire, je le suis aussi autant que toujours, irréductiblement » mais « le temps n’est plus où l’on pouvait se croire un anarchiste parce qu’on était végétarien. Il faut aujourd’hui en acceptant toutes les nécessités de la lutte — organisation, usage de la violence, dictature révolutionnaire — demeurer au sein du vaste mouvement communiste ».

Mobilisé pendant la guerre civile au 2e Rayon, puis rattaché à l’état-major de la place de Pétrograd, service civil, il travailla à la préparation du IIe congrès de l’IC (traduction de textes, notamment Terrorisme et communisme de Trotsky , réception de délégués), auquel il assista. En 1920, il fut employé au Commissariat aux Affaires étrangères tout en collaborant à L’Internationale communiste, ainsi qu’à la presse communiste et d’extrême gauche française : La Vie ouvrière, l’Humanité, le Bulletin communiste, Clarté, L’École émancipée auxquelles il donna des chroniques sur la vie culturelle et intellectuelle soviétique. Il traduisit de nombreux textes de Lénine , Trotsky et Zinoviev pour la Librairie de l’Humanité et donna aussi en 1924 un essai sur la Révolution russe, à la Librairie du travail animée par Marcel Hasfeld.

Troublé par la révolte de Cronstadt (mars 1921), il décida, après avoir assisté au IIIe congrès de l’IC (juin-juillet 1921), de partir. Après avoir refusé une proposition de carrière diplomatique en Orient, il accepta la direction de la propagande de l’IC pour l’Europe centrale qui lui semblait le terrain des révolutions à venir. Arrivé à Berlin fin 1921, il appartint à la rédaction d’Inprekorr qu’il qualifia dans ses Mémoires « d’une saisissante nullité ». Il travailla également à la Rote Fahne, sous divers faux noms (Dr. Albert, Victor Klein, etc.) En avril 1922, il assista en tant que journaliste, à la conférence des trois internationales (IIe Internationale, Union de Vienne, IC), tenue à Berlin et qui resta sans lendemain. Après un court voyage, fin 1922 à Moscou, il vécut en octobre 1923 l’échec de la tentative révolutionnaire menée par l’IC en Allemagne puis gagna immédiatement Vienne, via Prague. Il y séjourna jusqu’à la fin 1925 ou début 1926, tout en faisant plusieurs voyages dont un à Moscou au printemps 1925. Il y assura l’édition française de La Correspondance internationale, tout en continuant à collaborer à la presse communiste.

Dès 1923, Serge avait suivi avec attention le conflit survenu entre Staline et Trotsky au sein du Parti bolchevique. Revenu à sa demande en URSS, début 1926 — il trouvait que l’air des services de l’Internationale était devenu « irrespirable » — il fut frappé par l’ampleur des changements. Il se lia aux milieux oppositionnels de Leningrad et participa aux combats de l’Opposition de gauche. Exclu du Parti bolchevique début 1928, il fut arrêté une première fois en avril 1928. Libéré, vivant dans une situation précaire, il prit alors conscience de sa vocation d’écrivain. À nouveau arrêté en mars 1933, relégué à Orenbourg dans l’Oural, il fut défendu par le comité pour la libération de Victor Serge. Il fallut attendre 1936 pour qu’il soit libéré. Il gagna Bruxelles puis Paris en mai 1937. Il se lia avec le Parti d’unification marxiste (POUM) espagnol et, après avoir été proche de Trotsky , s’en éloigna peu à peu jusqu’à la rupture complète début 1939.

La guerre venue, il quitta Paris le 10 juin 1940, parvint à Marseille en septembre et put s’embarquer vers le Nouveau Monde le 24 mars 1941. Grâce au Président Lazaro Cardenas, il obtint un visa pour le Mexique, où il arriva en septembre 1941. Il y poursuivit son activité littéraire et poétique. Ses dernières années furent pour lui des « années sans pardon », assombries par la pauvreté, les difficultés cardiaques. Jusqu’à son dernier jour, il dénonça le « totalitarisme » russe et ceux qui le soutenaient.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76047, notice SERGE Victor. Pseudonyme de KIBALTCHITCH Victor, Lvovitch, Napoléon. Autres pseudonymes : ALBERT R., BERLOWSKI Aleksei, GARINE Georges, GOTTLIEB, KLEIN Victor, Le MASQUE, PODEREVSKI, RALPH, SIEGFRIED, V. STERN. (version DBK) par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 26 janvier 2010, dernière modification le 17 mars 2021.

Par Michel Dreyfus

Victor Serge
Victor Serge

ŒUVRE : Bibliographie choisie de Victor LvovitchKibaltchitch, dit Victor Serge, établie par J. Rière in Victor Serge. Vie et œuvre d’un révolutionnaire. Actes du Colloque organisé par l’Institut de sociologie de l’Université libre de Bruxelles (21-23 mars1991), Socialisme, n° 226-227, juillet-octobre 1991, p. 471-478.

SOURCES : Notice par J. Rière, M. Dreyfus et N. Racine, DBMOF, t. 41. — Mémoires d’un révolutionnaire…, op. cit.Victor Serge. Vie et œuvre d’un révolutionnaire, op. cit. — P. Broué, Histoire de l’Internationale…, op. cit.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément