VAILLANT-COUTURIER Paul [COUTURIER Paul, Charles dit] (version DBK)

Par Claude Pennetier

Né et mort à Paris : 8 janvier 1892-10 octobre 1937 ; avocat, écrivain, journaliste ; fondateur de l’Association républicaine des anciens combattants ; membre du comité directeur du PC (1920-1924) puis du comité central (1925-1937).

Paul Vaillant-Couturier naquit dans une famille d’artistes lyriques. Comme beaucoup d’enfants de la bourgeoisie libérale protestante parisienne, Vaillant-Couturier fit sa scolarité au lycée Janson-de-Sailly. Titulaire d’un doctorat de droit, il avait une vocation littéraire. Mobilisé le 6 août 1914, officier, il fut blessé par des éclats d’obus en 1915.
Vaillant-Couturier, sous le patronage de son ami Raymond Lefebvre* fit, en 1916, ses premiers pas dans les milieux pacifistes. Le 20 décembre 1916, il adhéra à la SFIO. Au préalable, les deux hommes avaient déjà contacté Romain Rolland pour lancer un appel aux intellectuels pacifistes du monde entier. Et ils avaient envisagé, sans la concrétiser, la création d’une association d’anciens combattants qui devait naître en février 1917 sous le nom d’Association républicaine des anciens combattants.

À l’automne 1919, il militait pour l’avènement de trois Internationales, celle des Anciens combattants, celle de la Pensée et celle de Lénine . Il se lança avec succès dans la campagne électorale, dans le deuxième secteur de Paris. Selon le témoignage d’Ida Treat (recueilli par Annie Burger), sa compagne puis sa femme, une universitaire américaine rencontrée à Paris en 1919, le Comité de la IIIe Internationale aurait hésité entre Lefebvre* et Vaillant-Couturier comme délégué au IIe congrès de l’IC. En 1920, Vaillant soutint sans réserves les conditions posées par l’Internationale. Lors du congrès de Tours, porte-parole du Comité de la IIIe Internationale, il fut un orateur écouté et devint membre du nouveau comité directeur.

À l’été 1921, il fut désigné pour diriger la délégation française au IIIe congrès de l’Internationale. Sa rencontre avec Lénine le conforta dans ses engagements et le sentiment que, seule, la discipline envers l’Internationale pouvait dénouer la crise que traversait le Parti communiste. Au congrès de Marseille, en décembre, il fut l’un des quatre démissionnaires du comité directeur, solidaires avec Boris Souvarine*, mais il adopta bientôt une position plus prudente. Comme les autres dirigeants de la gauche, il fut éliminé de la direction du Parti en octobre 1922 lors du congrès de Paris puis réintégré par l’Internationale en décembre 1922 à l’occasion du IVe congrès de l’IC.
Au sein de l’ARAC et du Groupe Clarté, Vaillant-Couturier défendit également les positions de l’Internationale. De novembre 1923 à janvier 1924, il fut, à la demande de l’IC, rédacteur en chef de l’Internationale.
Lors de son deuxième séjour en URSS en mars 1925, il s’engagea dans une production théâtrale militante qui fut jouée en France par des troupes d’amateurs dans les meetings et aux fêtes de l’Humanité, puis en URSS. Mais, dès décembre 1925, Manouilski* de passage en France le soutint et contribua à sa nomination, en avril 1926, à la tête de la rédaction de l’Humanité. Fin janvier 1928, le secrétariat contesta les options journalistiques de Vaillant-Couturier et il fut contraint de s’adapter aux nouvelles exigences ouvriéristes.

Vaillant-Couturier ne fut pas réélu député en mai 1928. La liste communiste qu’il conduisait remporta les élections municipales à Villejuif dans la banlieue sud-est mais il n’exerça pas son mandat avant février 1932. Vaillant-Couturier perdit ses responsabilités à l’Humanité en septembre 1929, à la suite de la prise en main autoritaire de la rédaction par Florimond Bonte*. Il s’inclina et se retira en Ariège, prétextant son état de santé (altéré par son dernier séjour en prison) et les poursuites pour refuser la direction de la rubrique littéraire de l’Humanité.

Pendant son exil intérieur, Vaillant-Couturier se consacra à l’écriture d’une autobiographie à la troisième personne. Maurice Thorez transmit à Vaillant-Couturier l’offre qui le décida à quitter sa retraite ariégeoise : faire un reportage sur l’URSS du premier plan quinquennal, une offre que Renaud-Jean* venait de décliner. Il partit en mars 1931 et séjourna en URSS onze mois. Le bilan dressé insistait sur le chemin parcouru depuis 1917 et sur les obstacles qui retardaient la construction du socialisme (l’asiatisme). Ses articles furent revus et corrigés par un responsable de l’Internationale.

En février 1932, Vaillant-Couturier revint en France avec la mission d’y organiser le front culturel rouge, à la tête de deux organisations unitaires, l’AEAR (Association des artistes et écrivains révolutionnaires) et les Amis de l’Union soviétique. Il représenta en août 1932 l’association au congrès d’Amsterdam contre la guerre et fit de l’AEAR un des lieux du combat antifasciste en l’ouvrant à André Gide et André Malraux. Le bureau politique délégua Vaillant-Couturier au congrès mondial contre la guerre prévu à Shanghai en septembre 1933 ; à son retour il s’arrêta à Moscou en novembre.

En janvier 1934, le Parti communiste l’intégra dans le collège de direction nouvellement créé à l’Humanité et placé sous l’autorité politique d’André Marty*. Vaillant-Couturier était chargé de superviser la confection technique du journal. En juillet 1935, il retrouva, grâce à l’envoi de Marty* à Moscou, son poste de rédacteur en chef de l’Humanité. Signe de la fin de sa longue traversée du désert, la fonction lui donnait le droit d’assister aux réunions du bureau politique.
Grand orateur et défenseur des nouvelles orientations culturelles du Front populaire, Vaillant-Couturier réalisa le premier reportage publié par l’Humanité sur la guerre d’Espagne. Il effectua un second reportage en mai 1937, toujours au pays basque. Le bataillon n° 10 des Brigades internationales, créé en décembre 1936, porta le nom de Vaillant-Couturier.

Il suivit aussi, sur demande du secrétariat, aux côtés de Marcel Cachin*, le second procès de Moscou, en janvier 1937. Vaillant-Couturier n’envisagea pas l’innocence des accusés. À son retour, il fut chargé de la campagne de meetings destinée à justifier les procès et il rédigea à leur sujet avec Marcel Cachin*, une brochure intitulée : Guerre, sabotage, assassinat, trahison.

Paul Vaillant-Couturier mourut subitement le 10 octobre 1937, à quarante-cinq ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76090, notice VAILLANT-COUTURIER Paul [COUTURIER Paul, Charles dit] (version DBK) par Claude Pennetier, version mise en ligne le 28 janvier 2010, dernière modification le 30 novembre 2015.

Par Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 9013. — S. Wolikow, Le PCF et l’Internationale communiste (1925-1934), Th., Paris VIII, 1990. — Notice par Annie Burger, DBMOF.

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