VAN EXTERGEM Josef, dit Jef. Pseudonyme : VOSS Jacob (DBK)

Par José Gotovitch

Né le 18 février 1898 à Termonde (Flandre Orientale), mort à Dora en mars 1945 ; exerça différents métiers et fut longtemps chômeur ; leader nationaliste flamand pendant la Première Guerre mondiale ; en URSS avec le Secours rouge international à sa sortie de prison ; élève de l’École léniniste internationale ; membre du bureau politique du Parti communiste belge, dirigeant du Parti communiste flamand.

Né dans une famille de petits marchands ambulants de poissons, d’appartenance socialiste, Jef Van Extergem, suivit, après l’école primaire, l’école professionnelle de typographie à Anvers de 1915 à 1917. Membre de la Jeune garde socialiste d’Anvers depuis 1912, secrétaire de celle-ci, il s’engagea avec elle sous l’occupation dans le mouvement « activiste » flamand, prônant la paix immédiate et la création d’une République flamande, se démarquant à gauche des activistes bourgeois comme des patriotes « belgicistes ». Il mena cette action dans l’ensemble de la Flandre et collabora à divers journaux. En fuite en Allemagne en 1918, il entra en rapport avec les Spartakistes. Revenu à Anvers, il fut condamné en juin 1920 à vingt ans de détention pour trahison, peine réduite à cinq ans par leministre Émile Vandervelde, et mis en liberté conditionnelle en 1921. Il ne tint pas sa promesse de ne plus faire de politique et reprit l’action en faveur du nationalisme flamand. Il fut remis en prison en 1925. En liberté, il avait exercé divers petits métiers, magasinier, steward, etc.

Le SRI mena une campagne active pour la libération des activistes, « victimes de la bourgeoisie belge » et le rapprochement se fit avec les communistes qui organisèrent pour sa sortie de prison en juin 1928 une grande manifestation. Il prit la tête d’un organe d’opposition socialiste, De Socialistische Strijd. Confronté au choix entre le retour au Parti ouvrier belge, le courant trotskyste et le PC, sans encore choisir définitivement, Van Extergem accepta d’effectuer en décembre 1928, sur invitation du SRI, un voyage en URSS pour étudier la question nationale. Mais il fut rappelé pour devenir le « candidat d’amnistie » du PC dans une élection partielle à Anvers. Hésitant sur la tactique en matière nationale et blâmé après coup pour ce geste par l’IC, le PC décida finalement de faire voter pour le candidat des nationalistes flamands, alors toujours en prison. Celui-ci fut élu, mais son élection invalidée. Van Extergem donna son adhésion formelle au PC le jour du scrutin. Dans une fédération d’Anvers passée majoritairement aux trotskystes, l’action était difficile. Excellent agitateur, il anima divers mouvements de grève, notamment au port d’Anvers et dans le nord de la France. Il encourut encore de brefs emprisonnements (février-mars et mai-juin 1930) et condamnations, dont une pour injure à la famille royale. Le congrès de mars 1929 l’élut comme membre candidat du comité central.

D’août 1930 à septembre 1931, sous le pseudonyme de Jacob Voss, il étudia à l’ELI, secteur français. Il déclara à la réunion de clôture : « J’ai pris conscience de n’avoir été jusqu’ici en fait qu’un allié nationaliste flamand révolutionnaire du mouvement communiste. Je ne veux pas rester un allié. Après mon retour, par ma liaison avec les ouvriers, je veux devenir réellement un communiste. »

De fait, « bourreau de travail, orateur et journaliste talentueux », il parcourut la Flandre et y devint le drapeau du PC, comme le décrivent diverses notices de son dossier à l’IC. Si Jacquemotte en particulier soulignait que Van Extergem avait définitivement rejeté le nationalisme flamand, tel n’était pas l’avis de son successeur Relecom, qui soulignait également qu’il était piètre organisateur. Ceci explique que la direction du Parti communiste flamand, créé en janvier 1937, ne lui fut pas attribuée, mais fut confiée à Van den Boom. Lui-même fit état dans sa biographie de 1936 d’une « tendance de déviations petites bourgeoises » dans la question nationale. Pendant toutes ces années, Van Extergem, chômeur sans indemnités, vécut de manière misérable, et divers rapports soulignèrent son état de santé lamentable. En avril 1935, il avait été élu au bureau politique, et il siégeait au bureau flamand. En 1936, il devint rédacteur en chef de l’organe flamand du Parti, Het Vlaamsche Volk. En 1938, il œuvra, sans grand succès, à la constitution d’un Front démocratique flamand pour l’autonomie, destiné à contrer le nationalisme flamand passé dans l’orbite fasciste.
En 1940, Van Extergem prit une part dirigeante à la publication d’un organe fort ambigu, Ulenspiegel, nationaliste flamand, prosoviétique, antibelge et antianglais, qui parut légalement jusqu’en février 1941. Devenu clandestin, il dirigea la rédaction de l’illégal Roode Vaan. Il fut aussi à la tête du Parti flamand qui disposait alors d’un appareil spécifique. Il aurait eu également la liaison avec le KPD. Arrêté en mars 1943, torturé, il fut déporté en Allemagne et mourut à Ellrich (Dora) en mars 1945. Veuf et remarié, il laissait derrière lui un enfant.
Ainsi sur le terrain du nationalisme, l’IC avait conquis une figure charismatique, disputée un moment de haute lutte aux trotskystes belges, fortement implanté dans le communisme flamand. Maisis elle ne put faire totalement confiance à un homme issu d’une culture étrangère à la sienne, et le tint en réserve pour des occasions et des rôles spécifiques. Van Extergem est devenu la figure emblématique d’un communisme flamand qui ne lui a pas reconnu de son vivant la prééminence qu’il lui accorde désormais dans sa mémoire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76095, notice VAN EXTERGEM Josef, dit Jef. Pseudonyme : VOSS Jacob (DBK) par José Gotovitch, version mise en ligne le 28 janvier 2010, dernière modification le 17 août 2010.

Par José Gotovitch

SOURCES : RGASPI, 495 193 144. — Dossier Jef Van Extergem, in Vlaams Marxistisch Tijdschrift, 1976, 1, p 1- 87.

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