WIESER Fritz (DBK)

Par Peter Huber

Né le 13 février 1890 à Hirzel (canton de Zurich, Suisse),décédé le 31 décembre 1952 à Bâle ; rédacteur à l’organe officiel du Parti communiste suisse (PCS) (1921-1930) ; délégué au 3e (1923) et 9e plénum du Comité exécutif de l’IC (1928) ; président du PCS de1927 à 1929 ; élu au CEIC au VIe congrès du Komintern (1928) ; rompt avec le Parti en 1930 ; président de l’Association des locataires.

Fils de pasteur, Fritz Wieser fréquenta le collège à Zurich et à Bâle, ville où il obtint son baccalauréat en 1909. Attiré d’abord par les sciences exactes, il étudia les mathématiques, la physique et la chimie, à Bâle, puis Berlin (1911), Göttingen et Marburg (1913). Abandonnant une thèse presque terminée dans le domaine de l’arithmétique, il se tourna vers la philosophie et l’histoire. En 1919, il soutint à l’université de Bâle « Galilei » en tant que philosophe.

En écrivant sa thèse, il fit partie de la Zofingia, une association d’étudiants ouverte aux questions sociales, et fit ses premiers pas dans le mouvement ouvrier bâlois. Rédacteur en 1917 au Basler Vorwärts, organe du PS, il participa à la préparation des deux grèves générales (1918, 1919) qui secouèrent la ville et se soldèrent par plusieurs morts après l’intervention des forces de l’ordre et de l’armée. Avec son corédacteur F. Schneider, Wieser joua, en 1919-1920, un rôle important au niveau syndical dans la construction de la Fédération des unions ouvrières suisses, rassemblement des forces ouvrières des grandes villes, mécontentes de la politique modérée menée par l’Union syndicale suisse.
Lors de la scission en 1920, comme la majorité des organisations ouvrières bâloises, il choisit leParti communiste. Élu au comité central provisoire du PCS à l’issu du congrès de fondation (1921), rédacteur en chef de son organe Basler Vorwärts, actif au sein du syndicat du commerce, des transports et de l’alimentation, il continua à jouer un rôle de premier plan dans l’application du front unique. Ce ne fut qu’après l’échec du regroupement, au niveau national, des syndicalistes proche du PC (1923), que Wieser se recentra sur le travail politique et devint l’architecte d’une progression remarquable du PC bâlois, qui fut brisée par l’intervention du Komintern à partir de 1929.

Wieser fit son premier voyage à Moscou en juin 1923, en tant que délégué suisse pour le 3e plénum. De nombreux voyages le conduisirent en Allemagne et en France, où il représenta le PCS à des congrès et conférences. Élu au bureau politique en 1925, succédant à F. Welti en tant que président du PCS à partir du 4e congrès (juin 1927), Wieser incarna en Suisse la « période droitière » de l’ère de N. Boukharine. Seul délégué suisse au 9e plénum du CEIC (février 1928), il fut élu au CEIC in absentia quelques mois plus tard, lors du VIe congrès du Komintern (juillet-août 1928).

Le « cours Wieser » eut l’appui unanime de la direction bâloise ; des sections d’autres cantons de la Suisse fédéraliste essuyèrent, par contre, un net recul de leurs membres et de leur représentationpolitique. À Bâle, le Parti progressa de 12, 2 % lors des élections cantonales en 1923, à 17, 4 % en 1926, pour atteindre 20, 1 % en 1929. Sous l’impulsion de Wieser, lors de ces dernières élections du printemps 1929, le parti bâlois avait encore présenté au PS une offre d’apparentement et mena campagne sous le mot d’ordre : « Bloc (écrit bloque) ouvrier contre bloc bourgeois. » Ce ne furent guère ces élections cantonales, dans une Suisse bien loin des préoccupations du Komintern, qui poussèrent ce dernier à se débarrasser de l’équipe de Wieser. Le conflit éclata à propos de la démocratie interne du Komintern, au sujet de l’intervention du Secrétariat politique du CEIC dans le PCA, à l’occasion de la destitution de E. Thaelmann, protégé de Staline . Dans trois lettres au Présidium du Komintern — dont deux au nom du comité central et la troisième en tant que membre du CEIC — Wieser ne mâcha pas ses mots et demanda une réunion urgente du CEIC. Il fustigea « le système des sanctions et la liquidation administrative des oppositionnels » et demanda « un régime différent au sein du Parti ». Au sujet du dernier discours de Staline devant le Présidium publié dans Inprekorr, il écrivit : « Du point de vue politique, ce discours n’a rien d’une brillante performance. Son ton nous a effrayé. On n’attaque pas de cette manière des camarades qui font partie du mouvement communiste. » L’histoire du véritable « putsch » qui, orchestré par des émissaires envoyés par le Bureau pour l’Europe occidentale, s’en suivit est bien connue : lors d’une séance du comité central élargi (mai 1929), Wieser fut démis de sa fonction de président et secrétaire du Parti. Il conserva son poste de rédacteur au Basler Vorwärts jusqu’au 5e congrès (juin 1930), où il fut remplacé par R. Krebs.
Cible préférée de la nouvelle direction, attaqué régulièrement dans la presse du Parti, atteint d’une crise nerveuse, il quitta le Parti en janvier 1931 et présenta sa démission au Grand conseil bâlois auquel il avait appartenu depuis 1919. Wieser se retira de la politique et devint journaliste indépendant, notamment pour le journal centre-gauche National-Zeitung. Élu président de l’Association suisse des locataires en 1937, il s’engagea dans la construction de logements sociaux et fut président de plusieurs coopératives de locataires.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76106, notice WIESER Fritz (DBK) par Peter Huber, version mise en ligne le 29 janvier 2010, dernière modification le 25 août 2010.

Par Peter Huber

ŒUVRE : F. Wieser, Galilei als Philosoph, Bâle, 1919, 68 p.

SOURCES : ARF, 2001 (C) 3, vol. 63. — ARF, dossier personnel, C.16.1384. — Volksrecht (Zurich)16 janvier 1931. — DBC, op. cit, p. 510. — V. Kahan, « The Communist International, 1919-1943, ThePersonnel of its Highest Bodies », International Review of Social History, Vol. XXI (1976), p. 171-172. — P. Huber, Kommunisten und Sozialdemokraten in der Schweiz 1918-1935. Der Streit um die Einheitsfront in der Zürcher und Basler Arbeiterschaft, Zurich, Limmat-Verlag, 1986, p. 230-245. — B. Studer, Sous l’œil de Moscou ; op. cit.

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