GAMARD Henri

Par Justinien Raymond, Michaël Boudard

Né le 21 octobre 1879 à Guérigny (Nièvre) et mort le 11 novembre 1961 à Nevers (Nièvre) ; instituteur ; conseiller général de la Nièvre (1913-1925) ; député SFIO de la Nièvre de 1924 à 1932.

Claude Guillon et Henri Gamard
Agence Rol.
Gallica

Fils de Edme Gamard, forgeron, et de Louise Rat, négociante, Henri Gamard fréquenta l’école communale de Guérigny jusqu’à treize ans avant d’entrer à l’École primaire supérieure de Decize (Nièvre). Puis, il poursuivit ses études à l’École normale supérieure de la Seine. Durant cette période de formation à son futur métier d’instituteur (1896-1899), Henri Gamard fut marqué par l’affaire Dreyfus et s’engagea dans le combat pour sa réhabilitation.
Ayant effectué son service militaire à Nevers entre octobre 1899 et septembre 1900, Henri Gamard se maria à Guérigny le 25 septembre 1900 avec Louise Antoinette Petit. Le couple partit s’installer à Charenton-le-Pont puis dans le XIIe arrondissement de Paris où Henri Gamard exerça son métier d’instituteur. Il devint alors un militant actif au sein de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) à laquelle il adhéra dès 1901. Il fut président de la section du XIIe arrondissement puis secrétaire général de toutes les sections parisiennes. En plus de nombreuses conférences à Paris, il en réalisa dans le département nivernais pour promouvoir le développement de la Ligue. Et, avant la Grande Guerre, il devient membre du Comité central de la Ligue des Droits de l’Homme.
Dans le même temps, Henri Gamard milita au Parti socialiste français de Jean Jaurès (1903) avant de rallier le Parti socialiste SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière). Membre du Groupe des originaires de la Nièvre à Paris, il fit de nombreuses conférences dans son département natal (ainsi, durant l’été 1910 à Garchizy, Pougues-les-Eaux, Urzy et Arquian) et collabora très régulièrement aux journaux socialistes nivernais, L’Observateur du Centre (jusqu’à la fin 1911) puis Le Socialiste nivernais (à partir de 1912). Il écrivit parfois, à partir de 1911, dans Le Prolétaire de la Nièvre, journal de la Fédération départementale des syndicats.
Bien que non résident dans le département, son activisme et sa connaissance des milieux ouvriers de Guérigny et d’Urzy en particulier le fit préférer à Jean Locquin pour être choisi, en 1913, comme candidat de la Fédération socialiste de la Nièvre à l’élection cantonale de Pougues-les-Eaux : il l’emporta par 1 815 voix contre 1 381 au conseiller sortant radical-socialiste, Émile Serrus.
Appelé en août 1914 par le décret de mobilisation, Henri Gamard fut présent sur le front durant tout le conflit et fut blessé en novembre 1916. Sa conduite lui valut d’être nommé adjudant en octobre 1918 et de recevoir la Croix de guerre.
En fin d’année 1919, Henri Gamard fut présent lors de trois scrutins consécutifs : le 16 novembre, il fut l’un des cinq candidats sur la liste SFIO pour les élections législatives avec Jean Locquin et Eugène Laurent, tous les deux députés sortants, ainsi que le docteur Émile Bramard et Eugène Bondoux. Seul Jean Locquin fut élu.
Le 30 novembre, il se présenta sur la liste ouvrière à Urzy qui fut élue : le 10 décembre, il fut élu par les autres conseillers maire de la ville, fonction qu’il n’accepta pas et finalement dévolue à Germain Sèvre (193049).
Et, le 14 décembre, il fut réélu conseiller général de Pougues-les-Eaux sans concurrent face à lui.
Henri Gamard signa les deux textes du comité pour la reconstruction de l’Internationale le 17 novembre et le 16 décembre 1920. Lors de la scission, il demeura à la SFIO, dont il fut, dans la Nièvre, l’un des principaux restaurateurs notamment dans la presse avec sa participation au journal La Tribune du Centre. Il continua également d’être l’une des personnalités importantes de la Ligue des Droits de l’Homme comme propagandiste à Paris et dans la Nièvre : en 1923 parut son ouvrage intitulé Le Bloc National contre l’École laïque.
Le 6 janvier 1924, pour les élections sénatoriales, Henri Gamard se présenta sur la liste SFIO avec Jean Locquin et Louis Pitois. Aucun d’eux ne fut élu mais leur soutien apporté à François Gay et à Émile Magnien, élus sénateurs, aura une grande importance quelques mois plus tard.
En effet, en mai, se déroula le renouvellement de la Chambre des députés : une liste dite du Cartel des Gauches groupa, aux côtés de Jean Locquin et de Henri Gamard, le socialiste indépendant Arsène Fié et le radical-socialiste Jacques Poulet. Les trois premiers furent élus députés de la Nièvre.
En juillet 1925, alors que son mandat de conseiller général doit être renouvelé, Henri Gamard se trouva confronté à la candidature tardive du maire de Fourchambault, Adhémar Faucher, ancien radical-socialiste qui, après s’être rapproché des socialistes, opta pour l’étiquette de républicain-socialiste. Il fut nettement battu au premier tour, ne recueillant que 1 285 suffrages contre 1 975 au docteur Faucher. Dans les jours suivants, et pour expliquer sa défaite, Henri Gamard montra la collusion entre M. Faucher et les communistes de Fourchambault qui auraient voté pour celui-ci. Dans le journal communiste Le Travailleur, Sylvain Debret se réjouit d’ailleurs de la défaite de Gamard, « non battu mais rossé ».
Pour les élections législatives de 1928, le scrutin par arrondissement a été rétabli : Henri Gamard fut candidat dans celui de Château-Chinon qui n’avait jamais élu de candidat SFIO. Il retrouva alors en face de lui Jacques Poulet pour les partis radical-socialiste et républicain-socialiste, le candidat communiste Ernest Girault et le candidat des droites, C.-M. Lauféron. Si ce dernier virait en tête à l’issue du premier tour avec 4 898 suffrages, Henri Gamard réussissait un excellent résultat avec 4 540 voix, loin devant les deux autres candidats de gauche, Jacques Poulet (1 704 voix), pourtant très bien implanté dans le Sud-Morvan et Ernest Girault (1 641 voix). Au second tour, il l’emporta avec 7 035 voix contre 6 200 à M. Lauféron.
Pour affermir sa position dans cet arrondissement, Henri Gamard put obtenir le soutien entre mars 1929 et mars 1930 de L’Écho du Morvan, qui, de journal radical-socialiste devint un journal socialiste dont il était le directeur politique. Mais, à la suite de désaccords, le gérant du journal, Henri Genty, reprit la main sur L’Écho du Morvan qui redevint l’organe du Parti radical-socialiste.
Par conséquent, aux élections législatives de mai 1932, Henri Gamard ne pouvait compter sur le soutien d’aucun journal de cet arrondissement. Son principal concurrent de droite, Félix Aulois, n’avait pas de lien direct avec la Nièvre mais sa famille détenait des parts dans l’industrie sidérurgique de Gueugnon (Saône-et-Loire). À l’issue du premier tour, Félix Aulois arriva en tête avec 5 832 voix contre 5 473 à Henri Gamard et 916 à Charles Thépénier, candidat communiste.
Alors que la participation s’élevait à près de 82 % au premier tour, elle atteignit plus de 87 % au second tour et Félix Aulois l’emporta avec 7 093 contre 6 389 à Gamard et 234 à Thépénier.
En octobre 1932, lors des élections sénatoriales, Henri Gamard fut l’un des trois candidats socialistes avec Jean Locquin, lui aussi battu aux élections législatives, et le docteur Bramard. Mais, ils furent battus par trois candidats de droite.
En mars 1933, Henri Gamard fut nommé inspecteur régional des assurances sociales à Dijon. Pour les élections législatives de 1936, il participa à la campagne aux côtés du candidat SFIO, le docteur Léon Bondoux qui l’emporta face à Félix Aulois.
Henri Gamard n’en continua pas moins son activité militante à la SFIO et à la Ligue des droits de l’Homme (il en fut délégué à la propagande de 1934 à 1939). Pendant l’Occupation, résistant, il fit partie du mouvement Libération-Nord.
Après la guerre, Henri Gamard reprit son intense activité au sein de la SFIO à la fois comme candidat à plusieurs scrutins mais aussi comme homme de plume pour le journal Le Progrès social du Centre. Avec Léon Dagain député sortant, Edmond Nessler et Marcelle Laurent, Henri Gamard fut candidat SFIO aux élections législatives du 10 novembre 1946 mais seul Léon Dagain fut élu. Pour les élections au Conseil de la République le dimanche 7 novembre 1948, Henri Gamard fut candidat avec Edmond Nessler. En tête à l’issue du premier tour avec respectivement 245 et 239 voix, ils furent battus à l’issue du deuxième tour par MM. Jean Doussot, RPF, et Jacques Gadoin, UDSR (369 et 377 contre 296 et 280).
Lors du renouvellement pour ce Conseil le 18 mai 1952, la Fédération socialiste présenta de nouveau Henri Gamard associé à Jean-Robert Gérard, maire de Fourchambault et conseiller général de Pougues-les-Eaux. Mais, les deux sortants Doussot et Gadoin furent reconduits dans leur mandat.
Henri Gamard quitta la SFIO pour le PSA (Parti socialiste autonome) en 1958 et fut membre du PSU (Parti socialiste unifié) dès sa fondation.
En juillet 1949, Henri Gamard avait été promu chevalier de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76152, notice GAMARD Henri par Justinien Raymond, Michaël Boudard, version mise en ligne le 31 janvier 2010, dernière modification le 25 avril 2021.

Par Justinien Raymond, Michaël Boudard

Claude Guillon et Henri Gamard
Agence Rol.
Gallica
Le Progrès social, 1952.

SOURCES : Arch. Dép. Nièvre : état civil de Guérigny et Nevers ; M 334 : élections sénatoriales de 1924 ; M 335 : élections sénatoriales de 1932 ; M 367 : élections législatives de 1928 (correspondance, rapports, pronostics, résultats) ; M 369 : élections législatives de 1932 (instructions, candidatures, notices, professions de foi) ; M 741 : élections municipales d’Urzy ; 1250 W 63 : dossier ONAC-VG n°2440 ; journaux L’Observateur du Centre, Le Socialiste nivernais, La Tribune du Centre, Le Progrès social du Centre et le Journal du Centre. — Arch. Dép. Yonne : Le Travailleur, organe des Fédérations Communistes du Loiret, de la Nièvre, de Saône-et-Loire et de l’Yonne (SFIC). — Site Gallica

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