GÉRIN Eugène, Antonin

Par Yves Lequin, Roger Pierre.

Né le 7 mars 1875 à Romans (Drôme), mort en juillet 1940 à Romans ; ouvrier en chaussures ; syndicaliste et militant socialiste de la Drôme.

Eugène Gérin devint, en 1898, secrétaire adjoint du syndicat des ouvriers en chaussures de Romans et de Bourg-de-Péage (Drôme), puis secrétaire à partir de 1902. Son arrivée aux responsabilités fut marquée par un gonflement considérable des effectifs, et E. Gérin en fit, jusqu’à la guerre, la plus forte organisation professionnelle ouvrière de l’agglomération. En 1901, il avait participé à la renaissance de la Bourse du Travail, et il prit sa direction en 1903 ; l’année suivante, en septembre, il fut élu délégué par les galochiers, les chapeliers et les maçons pour représenter le prolétariat local au XIVe congrès national corporatif — 8e de la CGT — tenu à Bourges.

D’autre part, Gérin fut, dès février 1901, le secrétaire de l’Alliance républicaine socialiste, citadelle de la Fédération guesdiste dont il devint le dirigeant, assurant également l’administration de l’hebdomadaire Le Réveil Social. Le cumul de ces fonctions avec le secrétariat général de la Bourse du Travail de Romans lui valut de vives critiques de la part des socialistes autonomes et des mutualistes, et il abandonna, en octobre 1903, la direction des syndicats romanais pour se consacrer uniquement à ses fonctions politiques. Élu au conseil municipal de Romans le 1er mai 1904 sur une liste commune d’« Union des forces radicales et socialistes », il fut l’un des artisans de « l’unité par le bas » réalisée par les socialistes romanais dès 1904, mais, s’étant rallié au Parti socialiste SFIO en 1905, il fut éliminé de la direction de la nouvelle Fédération ; il y manifesta longtemps son opposition à l’évolution vers le réformisme et l’électoralisme. En 1909, il posa sa candidature au poste de secrétaire adjoint, mais fut battu par le secrétaire de la section de Valence, Léon Gambert, lors du congrès fédéral de Saint-Jean-en-Royans.

Eugène Gérin tint régulièrement une rubrique professionnelle et revendicative dans Le Prolétaire de la Drôme (1904-1913), puis dans La Drôme socialiste. En 1909, il était d’ailleurs membre du comité fédéral et de la commission administrative du journal ; comme tel, il fut un des principaux responsables de la campagne électorale de J. Nadi pour les législatives de 1910. Quand le siège fut transféré à Romans, en 1912, E. Gérin fut appelé à partager le secrétariat fédéral avec E. Bonnardel et J. Nadi. Il dirigeait par ailleurs la très importante coopérative de consommation « La Prolétarienne », qui assurait aussi l’impression de la Drôme socialiste.

Mobilisé, Eugène Gérin adressa du front, en 1917, une lettre au député socialiste Jules Nadi*, lui reprochant ses votes et son attitude favorable à la participation des socialistes au gouvernement (voir la réponse de Nadi dans Paul Ronin, L’Apostolat de Jules Nadi, Saint-Étienne, 1933, pp. 56-57).

Eugène Gérin n’avait pas été réélu au conseil municipal après sa dissolution en 1907, et il ne le fut pas davantage sur les listes socialistes présentées en 1908 et en 1912, mais il rentra en 1919 à l’assemblée municipale où il devint, en 1925, le deuxième adjoint de Jules Nadi. Par la suite, il n’est plus fait mention de son activité politique. Il était en 1940 directeur de l’Hôpital-Hospice de Romans lorsqu’il mourut après une très longue et douloureuse maladie.

Eugène Gérin était marié.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76253, notice GÉRIN Eugène, Antonin par Yves Lequin, Roger Pierre., version mise en ligne le 8 février 2010, dernière modification le 8 février 2010.

Par Yves Lequin, Roger Pierre.

ŒUVRE : Collaboration au Prolétaire de la Drôme (1904-1913) et à La Drôme socialiste (1913-1914).

SOURCES : Arch. Nat. F7/12493. — Arch. Dép. Drôme, 13 M 265, 265 bis, 80 M 4, 83 M 1. — Le Réveil Social, 1901-1903. — La Dépêche Dauphinoise, 5 juillet 1940. — R. Pierre, Les origines du syndicalisme et du socialisme dans la Drôme, Éd. Sociales, 1973, p. 117, 141, 145, etc.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes I, op. cit., p. 250.

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