JACQUEMARD Marius, François, Honoré

Par Jacques Girault

Né le 13 mars 1896 à Rennes-sur-Loue (Doubs), mort le 10 décembre 1984 à Nice (Alpes-Maritimes) ; instituteur dans le Doubs ; militant syndicaliste ; militant communiste.

Fils de petits cultivateurs, Marius Jacquemard, d’abord berger, ensuite jardinier-domestique, puis ouvrier agricole, fut mobilisé en 1915 dans l’infanterie. Caporal en 1916, blessé au Chemin des Dames fin octobre 1917, il fut amputé de la main droite. Démobilisé en avril 1918, plus tard réformé (mars 1921), il fut affecté aux écoles professionnelles de rééducation de Saint-Etienne (Loire), puis à celle de Montpellier (Hérault), et fut reçu au brevet élémentaire. Il travailla pendant quelques mois comme employé de bureau à Saint-Etienne en 1920-1921, notamment à la Manufacture d’Armes.

Admis à l’École normale d’instituteurs de Besançon (Doubs), Marius Jacquemard devint instituteur en 1923. Titulaire du certificat d’aptitude pédagogique, il fut nommé avec son épouse à Vandoncourt (Doubs) en 1926. il s’était religieusement en août 1926 à Rennes-sur-Loue (Doubs) avec l’institutrice Cécile Jacquemard. Ils eurent deux enfants qui ne furent pas baptisés. Ils divorcèrent en 1930 puis se remarièrent en juillet 1932 à Seloncourt (Doubs). Ils divorcèrent à nouveau en 1957.

En 1929, toujours instituteur à Vandoncourt, Marius Jacquemard était secrétaire de la section départementale du Syndicat unitaire de l’enseignement auquel il avait adhéré en 1927, responsable du Bulletin mensuel.

Membre du Parti socialiste SFIO en 1919, acquis aux idées pacifistes, Marius Jacquemard se prononça, lors du Congrès de Tours, pour la motion d’adhésion à la Troisième Internationale, mais il n’adhéra définitivement à la Section française de l’Internationale communiste qu’en juillet 1928. Il collabora fréquemment au Semeur ouvrier et paysan de 1932 à 1934 et fut candidat à plusieurs reprises (élections législatives en 1932 dans la circonscription de Gray dans la Haute-Saône, 84 voix sur 15 265 inscrits ; élections au conseil d’arrondissement dans le canton d’Audincourt le 12 février 1933 ; élections législatives de 1936 dans la circonscription de Montbéliard, 1 116 voix sur 28 198 inscrits ; élections cantonales du 10 octobre 1937 à Sochaux, 1 434 voix au premier tour).

Secrétaire de la section communiste de Montbéliard, membre du comité régional du Doubs du Parti depuis 1938, il devint secrétaire régional en 1939.

Assigné à résidence à Montbéliard (où le couple enseignait) à la suite de l’interdiction du PC en septembre 1939, il commença en octobre à organiser sur place une activité clandestine du Parti. Recontacté en janvier 1940, il accepta la proposition de la direction clandestine nationale de réorganiser le parti au niveau régional. Convoqué peu après par l’inspecteur d’Académie, il refusa de désavouer le Pacte germano-soviétique et le Parti Communiste.

Responsable interrégional pour le Doubs, le Territoire de Belfort, le Jura, la Haute-Saône et le Haut-Rhin, à la suite de trois perquisitions, Jacquemard fut arrêté avec sa femme, le 11 mars 1940, pour distribution de tracts communistes. Torturé à Montbéliard, emprisonné à Besançon, il fut, lors de l’occupation de la ville, conduit par les Allemands à la ligne de démarcation en septembre 1940. Il essaya de reprendre contact avec l’organisation communiste mais fut à nouveau arrêté le 20 octobre 1940 et incarcéré à la prison militaire de Lyon (Montluc) jusqu’en février 1941. Révoqué, interné à Fort-Barraux (Isère) le 29 janvier 1942, il y passa l’été en même temps que Léon Nicod. Transféré au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn), libéré, le 22 décembre 1942, après avoir signé l’engagement à admettre la politique du Maréchal Pétain, il fut assigné à résidence surveillée à Alès (Gard).

Après la guerre, mis en demeure de fournir des explications sur sa non-activité entre décembre 1942 et février 1943, il indiqua qu’il ne voulait pas nuire à sa femme et à son fils et ne chercha pas à reprendre contact avec l’organisation clandestine communiste. À nouveau arrêté et incarcéré le 14 février 1943 à Albi, transféré à Besançon, il fut condamné, le 25 juin 1943 à deux ans de prison, peine largement couverte par ses détentions provisoires. Il ne put se rendre à l’enterrement de son fils en octobre 1943. Transféré aux autorités allemandes, d’abord à Dijon (Côte d’Or), puis au camp de Royallieu à Compiègne (Oise) le 11 novembre 1943, il aida en janvier 1944 à creuser le tunnel qui permit des évasions. Déporté le 10 janvier 1944 à Buchenwald (Allemagne), en contact avec l’organisation communiste, il fit partie de la Brigade française d’action libératrice et participa à la libération du camp, le 11 avril 1945.

Après la guerre, Marius Jacquemard réintégra l’enseignement à Montbéliard. Il renouvela son adhésion au Parti communiste français. Membre du bureau de la section communiste de Besançon à partir de 1951, il devint membre du comité de la Fédération communiste du Doubs dès 1945 et le demeura jusqu’en 1958.
Marius Jacquemard, désigné, le 28 mars 1947, comme membre du secrétariat de la section communiste de Montbéliard, refusa, estimant qu’il n’avait pas la confiance du Parti. Lors de la Conférence fédérale du 2 avril 1947, alors qu’il était malade et absent, la proposition de le déléguer au congrès national du PCF ne fut pas retenue sous le prétexte de la signature de décembre 1942. Apprenant cette sanction, il donna sa démission du PCF par lettre du 24 avril 1947. Cette affaire fit grand bruit car il était très populaire auprès des jeunes militants qu’il avait contribué à former. Aussi diverses démarches furent-elles faites pour qu’il revienne sur sa décision, ce qu’il fit en s’expliquant par une lettre dans laquelle il indiquait que « pour [lui] la confiance ne se mesure pas à la cellule ou à la section, mais elle doit être celle de tout le Parti » et n’entendait pas être un « citoyen diminué ». Sa réadhésion fut acceptée en 1948.

Ces reproches faits à Jacquemard n’étaient pas nouveaux. Il figurait en quatrième position sur la liste communiste pour l’Assemblée nationale constituante en octobre 1945. Lors de l’établissement de la liste pour l’élection de la deuxième assemblée, en juin 1946, il dut donner des précisions à propos de la signature de 1942, mais le secrétariat du PCF refusa d’entériner sa candidature. Candidat au conseil général à Montbéliard en 1945, il fut reproposé comme candidat en 1948, mais le secrétariat du PCF refusa à nouveau, ce qui provoqua la protestation du secrétariat fédéral.
Jacquemard entra au bureau fédéral en 1954 puis au secrétariat fédéral en 1955 pour peu de temps. En effet, lors de la conférence fédérale des 7-8 juillet 1956, dans son intervention, il demanda la publication du rapport Khrouchtchev et ne fut pas réélu dans ces responsabilités. Il appartenait en 1959 au bureau de la section communiste de Besançon, où il avait pris sa retraite en 1951, son épouse y ayant obtenu sa mutation.

Jacquemard militait aussi dans le Mouvement de la Paix et devint le secrétaire départemental de l’organisation en 1955.

Après son divorce, Marius Jacquemard partit habiter Nice pour des raisons de santé. Il se remaria en février 1965 à Marseille (Bouches-du-Rhône), avec une institutrice, divorça l’année suivante et retourna habiter Nice jusqu’à son décès.

Toujours membre du PCF, à la fin comme vétéran, il milita dans ses années niçoises particulièrement à la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés, Internés, Résistants Patriotes), dont il contribua à la rédaction des articles et à l’édition du bulletin local jusqu’au début des années 1980.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76264, notice JACQUEMARD Marius, François, Honoré par Jacques Girault, version mise en ligne le 8 février 2010, dernière modification le 2 juillet 2021.

Par Jacques Girault

SOURCES : RGASPI, 495 270 315, 517 1 1864, 1892, 1908. — Archives du Comité national du PCF. — DBMOF, notice par Jean Maitron. — Presse locale et syndicale. — Bulletin mensuel du syndicat de l’enseignement du Doubs, octobre 1929. — Mémorial de Buchenwald, Dora et Kommandos, édité par l’Association française Buchenwald, Dora et Kommandos, 1999. — Marcot (François), La Franche-Comté sous l’Occupation, tome II : Les voix de la Résistance, (1989). — Cuénot (Claude), Ouvriers et mouvement ouvrier dans le Doubs de la fin de la Première Guerre Mondiale au début des années 1950, (thèse soutenue à Dijon en 2000). — Renseignements fournis par sa fille Annie Vexliard-Jacquemard. — Note de Jean-Pierre Besse.

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