JACQUEMARD Marius, François, Honoré

Par Jacques Girault

Né le 13 mars 1896 à Rennes-sur-Loue (Doubs), mort le 10 décembre 1984 à Nice (Alpes-Maritimes) ; instituteur dans le Doubs ; syndicaliste, militant communiste.

Fils de cultivateurs, Marius Jacquemard, titulaire du baccalauréat, ancien comptable, commença son service militaire dans l’infanterie, avec le grade de caporal, mais amputé de la main droite, fut réformé.

Jacquemard entra dans l’enseignement et était, en 1929, instituteur à Vandoncourt par Dasle (Doubs), secrétaire du conseil syndical de l’enseignement pour le Doubs et responsable du Bulletin mensuel de l’organisation.

Membre du Parti socialiste SFIO, Jacquemard se prononça, lors du congrès de Tours, pour la motion d’adhésion à la Troisième Internationale, mais il n’adhéra à la Section française de l’Internationale communiste qu’en juillet 1927. Il collabora fréquemment au Semeur ouvrier et paysan de 1932 à 1934 et fut candidat à plusieurs reprises (élections législatives en 1932 dans la circonscription de Gray (Haute-Saône), 84 voix sur 15 265 inscrits ; élections au conseil d’arrondissement dans le canton d’Audincourt le 12 février 1933 ; élections cantonales du 10 octobre 1937 à Sochaux, 1 434 voix au premier tour ; élections législatives de 1936 dans la circonscription de Montbéliard, 1 116 voix sur 28 198 inscrits).

Jacquemard se maria religieusement en août 1926 à Rennes-sur-Loue (Doubs) avec l’institutrice, Cécile Jacquemard*. Le couple eut deux enfants qui ne reçurent aucun sacrement religieux. Ils divorcèrent en 1930 puis se remarièrent en juillet 1932 à Seloncourt (Doubs). Ils divorcèrent à nouveau après la guerre.

Marius Jacquemard, secrétaire de la section communiste de Montbéliard, membre du comité régional du Doubs du Parti depuis 1938, devint secrétaire régional en 1939.

Jacquemard, mobilisé, reprit contact avec le Parti communiste en janvier 1940. Convoqué par l’inspecteur d’Académie, il refusa de désavouer le pacte et le Parti communiste peu après.

Responsable interrégional pour le Doubs, le Jura, le territoire de Belfort et le Haut-Rhin, à la suite de trois perquisitions, Jacquemard fut arrêté avec sa femme, le 11 mars 1940, pour distribution de tracts communistes. Emprisonné à Besançon, lors de l’occupation de la ville, il fut conduit par les Allemands à la ligne de démarcation en octobre 1940. Il essaya de reprendre contact avec l’organisation communiste mais fut à nouveau arrêté le 20 octobre 1940. Révoqué, il fut interné à Fort-Barraux, le 29 janvier 1942. Transféré au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe, il fut libéré, le 22 décembre 1941, après avoir signé un document s’engageant à admettre la politique du Maréchal Pétain, et fut assigné en résidence surveillée à Alès (Gard). Mis en demeure, après la guerre de fournir des explications sur sa non-activité entre décembre 1942 et février 1943, il indiqua qu’il ne voulait pas nuire à sa femme et à son fils et ne chercha pas à reprendre contact avec l’organisation clandestine communiste. À nouveau arrêté, le 14 février 1943 à Albi, transféré à Besançon, il fut condamné, le 25 juin 1943 à deux ans de prison. Il ne put se rendre à l’enterrement de son fils en octobre 1943. Transféré au camp de Compiègne, en janvier 1944, il aida à creuser le tunnel qui permit des évasions. Déporté à Buchenwald (Allemagne), le 10 janvier 1944 où, en contact avec l’organisation communiste du camp, il fit partie de la Brigade française d’action libératrice et fut libéré le 11 avril 1945.

Après la guerre, Marius Jacquemard, réintégra l’enseignement. Il renouvela son adhésion au Parti communiste français. Membre du bureau de la section communiste de Besançon, il devint membre du comité de la fédération communiste du Doubs dès 1945 et le demeura jusqu’en 1958.

Jacquemard fut désigné, le 28 mars 1947, comme membre du secrétariat de la section communiste de Montbéliard, mais il refusa, estimant qu’il n’avait pas la confiance du Parti. Il fut absent pour cause de maladie de la conférence fédérale du 2 avril 1947. Lors de cette dernière, la proposition de le déléguer au congrès national du PCF ne fut pas retenue sous le prétexte de la signature donnée en décembre 1941. Apprenant cette sanction, il donna sa démission du PCF par lettre du 24 avril. Cette affaire fit grand bruit car il était très populaire auprès des jeunes militants qu’il avait contribué à former. Aussi diverses démarches furent-elles faites pour qu’il revienne sur sa décision, ce qu’il fit en s’expliquant par lettre dans laquelle il indiquait que « pour moi la confiance ne se mesure pas à la cellule ou à la section, mais elle doit être celle de tout le Parti » et n’entendait pas être un « citoyen diminué ».

Jacquemard entra au bureau fédéral en 1954 puis au secrétariat fédéral en 1955 mais il n’y fit qu’un bref passage. Lors de la conférence fédérale des 7-8 juillet 1956, dans son intervention, il demanda la publication du rapport Krouchtchev. Il appartenait en 1959 au bureau de la section communiste de Besançon.

Ces reproches faits à Jacquemard n’étaient pas nouveaux. Il avait figuré en quatrième position sur la liste communiste pour l’Assemblée nationale constituante en octobre 1945. Lors de l’établissement de la liste pour l’élection de la deuxième assemblée, en juin 1946, il dut donner des précisions mais le secrétariat du PCF refusa d’entériner sa candidature. Candidat au Conseil général à Montbéliard en 1945, il fut à nouveau proposé comme candidat au Conseil général en 1948 mais le secrétariat du PCF refusa à nouveau, ce qui provoqua la protestation du secrétariat fédéral.

Retraité depuis la fin des années 1940, Jacquemard militait aussi dans le Mouvement de la Paix et devint le secrétaire départemental de l’organisation en 1955.

Jacquemard se remaria en février 1955 à Marseille (Bouches-du-Rhône). Il divorça l’année suivante et alla habiter Nice dans les années 1960.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76264, notice JACQUEMARD Marius, François, Honoré par Jacques Girault, version mise en ligne le 8 février 2010, dernière modification le 23 avril 2010.

Par Jacques Girault

SOURCES : RGASPI, 495 270 315, 517 1 1864, 1892, 1908. — Archives du Comité national du PCF.— DBMOF, notice par Jean Maitron. — Presse locale et syndicale. — Bulletin mensuel du syndicat de l’enseignement du Doubs, octobre 1929. — Mémorial de Buchenwald, Dora et Kommandos, édité par l’Association française Buchenwald, Dora et Kommandos, 1999. — Note de Jean-Pierre Besse.

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