JOURDAN Émile, Paul

Par Raymond Huard

Né le 29 octobre 1914 à Chamborigaud (Gard), mort le 30 août 1999 à Nîmes (Gard) ; mineur du bassin des Cévennes ; dirigeant communiste du Gard ; maire de Nîmes (1965-1983) ; conseiller général du Gard (1951-1958, 1967-1973 et 1988-1999) ; député (1973-1986).

Émile Jourdan en 1967
Émile Jourdan en 1967

Émile Jourdan naquit à Chamborigaud (Gard), petite localité du bassin minier d’Alès. Son grand père paternel ainsi que son père étaient cordonniers. Le second, mutilé de guerre, devint receveur buraliste. Sa mère, issue d’une famille de treize enfants, fille d’un ouvrier agricole, était ouvrière de filature. Le père d’Émile Jourdan adhèra au Parti communiste dès 1920, et fut conseiller municipal de Chamborigaud, entre les deux guerres avant de devenir à la Libération, président du Comité local de Libération de Florent-sur- Auzonnet, autre localité minière. Émile Jourdan suivit l’école primaire et poursuivit jusqu’au brevet sa scolarité au cours complémentaire du Martinet. Il fut ensuite embauché à la mine, d’abord en surface puis au fond.

En 1929, il adhéra aux Jeunesses communistes, et devint secrétaire de rayon puis, en 1935, adhéra au Parti communiste. Durant l’Occupation, il participa à la grève des mineurs de 1941. L’année suivante, victime d’un grave accident dans la mine, il eut les deux jambes fracturées et dut marcher plusieurs années avec des béquilles. À la Libération, il fut désigné comme secrétaire de la section du PCF du Martinet et fut élu membre du comité fédéral du Gard. À l’occasion des élections municipales de 1945, il fut également élu conseiller municipal de Saint-Florent, localité dont il devint ensuite premier adjoint.

En 1946, il quitta la région minière, avec son épouse Monique et son fils Alain, pour s’établir à Nîmes où il devint secrétaire à l’organisation de la Fédération. Néanmoins, il conserva des attaches dans le Nord du département car le 14 octobre 1951, il fut élu conseiller général pour le canton de Saint-Ambroix. Il était alors, à trente-sept ans, le benjamin de l’assemblée départementale. Il ne fut pas réélu en avril 1958. Toujours en 1951, il fut désigné comme premier secrétaire de la fédération communiste du Gard. Il le demeura jusqu’à son élection comme maire de Nîmes en 1965. Entre temps, il fut aussi suppléant de Roger Roucaute élu député de la 3e circonscription du Gard en 1962.

Émile Jourdan, jusqu’ici peu connu des Nîmois, acquit une notoriété beaucoup plus grande lorsqu’en 1965, il fut élu maire de Nîmes à la suite de la victoire d’une liste de gauche (PCF, socialistes dissidents, PSU) dans le cadre d’une triangulaire. Il s’imposa peu à peu par son efficacité, sa simplicité, sa modestie, sa courtoisie à l’égard de ses adversaires politiques. La municipalité qu’il dirigea réalisa une œuvre importante pour répondre aux besoins les plus essentiels (équipements scolaires, sportifs et culturels) de la ville, alors en plein développement. Il fut réélu maire cette fois dans le cadre de duels, toujours serrés, en 1971 et 1977 face à divers candidats de droite. Dans la même période, en septembre 1967, il revint au conseil général comme élu du 1er canton de Nîmes (contre Brugueirolle, candidat socialiste). La politique d’union de la gauche qu’il avait soutenue, lui permit d’être élu à une courte majorité, député de la première circonscription du Gard (Nîmes-Saint-Mamert) en mars 1973, contre Jean-Claude Servan Schreiber (30 782 voix contre 30 508). Il abandonna alors son siège de conseiller général occupé par un autre membre du PCF, M.Fayet. Il fut réélu député, dans la même circonscription, dans des conditions un peu plus favorables en 1978 et très facilement en 1981 (57,53 % des voix).

En 1983, lors des élections municipales, à la suite de dissensions internes à la gauche, il fut battu de quelques centaines de voix par le PDG de Cacharel, Jean Bousquet et en 1986, dans le cadre d’un recul général de la gauche, il perdit son siège de député au profit du maire de Nîmes. Il resta cependant populaire parmi les Nîmois et en octobre 1988, il fut à nouveau élu conseiller général du deuxième canton de Nîmes contre Gilbert Raynal (CDS) et réélu en 1994. Il était alors doyen de l’assemblée départementale. Affaibli par l’âge, il mourut le 30 août 1999 à quatre-vingt quatre ans. Sa mort suscita une grande émotion à Nîmes. La valeur de l’homme et de l’élu fut alors unanimement reconnue.

Émile Jourdan a incarné dans le Gard un certain type de militant communiste, issu du monde ouvrier, toujours attentif aux besoins populaires, imperméable à toute démagogie et à toute personnalisation du pouvoir. Par son action, il a donné toute sa dignité à la fonction d’élu politique.

Il s’était marié en avril 1941 à Saint-Florent (Gard) avec Monique Gimenez.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76272, notice JOURDAN Émile, Paul par Raymond Huard, version mise en ligne le 9 février 2010, dernière modification le 16 juillet 2011.

Par Raymond Huard

Émile Jourdan en 1967
Émile Jourdan en 1967

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Notes biographiques d’E. Jourdan, Le Midi libre, 31 août 1999. — l’Humanité, 31 août 1999. — Pierre Bosc, Les Notables en questions, Presses du Languedoc, 1977, p.213-228. – 70 ans de communisme gardois 1920-1990. Documents et témoignages, Nîmes, 1990, notamment p. 24-25. — Who’s who in France, Lafitte, Paris, 1979-1980. — État civil.

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