JAOUEN Albert, Marie. Pseudonymes dans la Résistance : Roger et Laurent.

Par Christian Bougeard

Né le 21 juillet 1909 à Quimper (Finistère), mort le 28 août 1976 à Châtellerault (Vienne) ; ouvrier puis artisan plombier ; militant JC et PCF, engagé dans les Brigades Internationales ; résistant, interrégional FTP ; conseiller de la République du Finistère (1946-1948).

Albert Jaouen en 1946
Albert Jaouen en 1946
Sénat

Fils d’un journalier et d’une ménagère, Albert Jaouen travaillait comme plombier à Quimper (Finistère). Il adhéra aux Jeunesses communistes en 1925 puis au PCF en 1930. En 1934, il entra au comité régional de la « Région bretonne Finistère-Morbihan » et fut membre du bureau régional du Finistère de 1935 à 1939. Il s’engagea dans les Brigades Internationales et combattit en Espagne comme lieutenant. Blessé et malade, Albert Jaouen fut rapatrié à Brest le 22 octobre 1938.

Mobilisé dans l’artillerie en 1939, Albert Jaouen fut de nouveau blessé pendant la bataille de France. Soigné à l’hôpital d’Angers, il fut fait prisonnier puis libéré comme blessé de guerre quelques semaines plus tard. Il était domicilié à Kergoat-al-Laz en Ergué Armel. À l’automne 1940 et au début de 1941, Albert Jaouen participa à la réorganisation du PCF clandestin dans le Finistère, en particulier à Quimper, participant à la diffusion de la presse clandestine communiste (tracts, premiers journaux). Comme d’autres militants communistes bretons connus des autorités vichyssoises, il fut arrêté le 3 juillet 1941, sans doute à la demande des Allemands, à une période où la propagande communiste s’intensifiait en Bretagne. Albert Jaouen fut successivement interné au camp de Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) (3 juillet 1941), puis au camp de Voves (Eure-et-Loir) où il appartint à la direction politique communiste des camps et organisa, selon Eugène Kerbaul son compagnon de détention, des cours d’instruction militaire, à l’instar d’autres anciens combattants des Brigades internationales. Albert Jaouen fit partie de l’équipe des « évadeurs » du camp de Voves, chargé d’organiser les évasions de cadres du PCF internés. Il s’évada lui-même le 10 janvier 1943, en compagnie d’Eugène Kerbaul, de Pierre Le Queinec, l’un des réorganisateurs du PCF en 1940-1941 dans les Côtes-du-Nord, futur membre de l’état-major national des FTP aux côtés de Charles Tillon* et de sept autres militants communistes.

Du 10 février au 15 août 1943, Albert Jaouen, sous le pseudonyme de « Roger », fut responsable du Front national (FN) du Finistère, assurant la liaison avec les groupes FTP des Monts d’Arrée. Puis, sans doute pour des raisons de sécurité, et sous le pseudonyme de « Laurent », il fut muté dans l’interrégion 24 (Charente, Charente-Inférieure [Charente-Maritime], Gironde, Landes, Basses-Pyrénées [Pyrénées-(Atlantiques]) pour y développer les FTP. Puis, du début mai au début septembre 1944, Albert Jaouen fut chargé de réorganiser les FTP décimés par la répression de l’interrégion 21 (Haute-Marne, Meurthe-et-Moselle, Vosges, Belfort, Doubs, Haute-Saône, Nord du Jura), d’abord sous la direction de Maurice Carroué-Paumier, puis sous son commandement. Le 17 juin 1944, Albert Jaouen fut promu colonel par le comité national des FTP et c’est dans l’Est de la France qu’il participa aux combats de la Libération, étant de nouveau blessé le 26 septembre 1944.

Ce fut donc un cadre communiste chevronné et un combattant des Brigades internationales et de la Résistance qui entreprit une carrière politique à Brest en 1945. S’il ne figurait pas dans la municipalité Lullien (radical) élue au printemps 1945 (13 communistes dont 9 adjoints sur 35 membres), Albert Jaouen défendit aux élections cantonales les couleurs du parti dans le premier canton de Brest (centre-ville) en septembre 1945 où se présentaient Emmanuel Fouyet, militant CFTC et futur député MRP, Guillaume Messager, vieux leader de la SFIO à Brest, premier adjoint au maire, plus deux autres candidats. Avec 27,4 % des suffrages exprimés Albert Jaouen arriva en tête de la gauche au premier tour mais fut battu au second par Emmanuel Fouyet, recueillant néanmoins 46,7 % des voix. À la fin de 1946, lors des élections au Conseil de la République, Albert Jaouen conduisit la liste communiste qui disposait de 28,2 % des mandats et il fut élu comme représentant du Finistère le 8 décembre, siégeant jusqu’en 1948. Le PCF conserva un sénateur en 1948 (23,5 % des mandats).

Aux élections municipales d’octobre 1947, Albert Jaouen conduisit la liste communiste à Brest avec le député Gabriel Paul* et il fut un élu d’opposition dans la municipalité dirigée par le RPF Alfred Chupin. Avec 29,5 % des voix, le PCF eut 11 élus contre 14 RPF, 7 MRP et 5 SFIO. Mais Albert Jaouen ne se représenta pas lors des élections cantonales d’octobre 1951 (1er canton de Brest) et ne fit plus partie des municipalités brestoises en 1953, 1954 et 1959. Selon Eugène Kerbaul, son état de santé l’aurait amené à abandonner ses activités militantes.

Il s’était marié à Vannes (Morbihan) le 14 juin 1932 avec Maire-Rose Guillo.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76302, notice JAOUEN Albert, Marie. Pseudonymes dans la Résistance : Roger et Laurent. par Christian Bougeard , version mise en ligne le 11 février 2010, dernière modification le 20 février 2020.

Par Christian Bougeard

Albert Jaouen en 1946
Albert Jaouen en 1946
Sénat

SOURCES : Eugène Kerbaul, 1 640 militants du Finistère. 1918-1945, chez l’auteur, Bagnolet, 1988. — Marc Guivarch, Les élections à Brest de 1945 à 1959, maîtrise d’histoire, Université de Bretagne Occidentale, Brest, 1993. — Notice DBMOF par Georges-Michel Thomas. — État civil.— Arch. Mun. Quimper 22J 210.

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