JAGER André, Eugène, Pierre

Par Laurent Besse

Né le 4 juin 1920 à Aumetz (Moselle), mort le 8 mai 2015 à Paris ; résistant ; directeur, puis délégué de la Fédération française des maisons des jeunes et de la culture (FFMJC), bâtisseur de leur appareil administratif et de leur service architecture, avant de jouer un rôle décisif au moment de la crise de la fédération en 1969.

Né d’un père boulanger devenu représentant de commerce et d’une mère sans profession, André Jager vécut à Metz une enfance modeste, marquée par les difficultés matérielles. Après ses études primaires, il prit différents emplois dans la banque et le transport. Il pratiqua des activités d’éducation populaire, grâce à son cousin Paul Jansen qui, à l’issue de son service militaire dans l’armée de l’air, fonda une petite section d’ « aviation populaire » (initiation à la reconnaissance du son et à la radio). En 1939, André Jager fut mobilisé dans l’armée de l’air. Il connut la débâcle et, après de multiples péripéties, fut affecté à Nîmes dans le groupe 1068 de travailleurs démobilisés, dépendant de la Main d’œuvre nationale. Affecté à la gestion du centre, il assista au départ progressif de ses camarades, jusqu’à se retrouver à la tête d’une structure vide. Il fut mis en relation avec des hommes de la résistance. Ses fonctions lui laissaient beaucoup de temps et lui offraient des possibilités de déplacement dans le Sud-est. Comme mosellan, il était en outre germanophone. Il fournit régulièrement à des correspondants anonymes des « plans de bataille », synthèses d’observations des mouvements de troupes allemandes. Bien des années plus tard, il apprit du ministère des anciens combattants qu’il travaillait pour le compte du réseau F2, service de renseignement polonais en France.

Mobilisé en mai 1945, il fut envoyé cinq mois au Maroc, avant de revenir en métropole. Son cousin Paul Jansen* l’incita à devenir directeur de « maisons de jeunes » (qui n’allaient officiellement nommées MJC qu’à partir de janvier 1948). Il anima une maison à Volmunster (Moselle) où les locaux étaient misérables, avant de prendre la direction de la MJC de Metz, fin 1946. Il y développa une action diversifiée, auprès de jeunes de milieux modestes. Il fit la connaissance de son épouse Régine Krawczyk, parisienne d’origine polonaise, lors d’une rencontre franco-allemande initiée par Pierre Teissier*, et animée par Joseph Rovan*. Ils se marièrent à Paris en avril 1950. Le couple aura deux garçons.

En février 1951, André Jager devint délégué administratif de la FFMJC au siège de Neuilly-sur-Seine. Avec le délégué général Albert Léger*, il bâtit les structures administratives et comptables de la FFMJC, qui se distinguait de la plupart des autres associations d’éducation populaire par sa professionnalisation précoce. Au moment du grand essor des MJC à partir de 1959, il se pencha sur les questions d’équipement et mit en place le service construction aménagement de la FFMJC, reprenant ce qui avait été esquissé par Guy Madiot* en ce domaine. Il sensibilisa les militants des MJC, leurs directeurs, les élus locaux aux questions architecturales, en multipliant les visites et voyages d’études en France et à l’étranger. Il noua des liens avec des architectes de générations différentes (André Wogensky, Claude Parent, Paul Chemetov…) pour sensibiliser la profession à la question des équipements socioéducatifs et diffusa l’information dans des brochures, revues et ouvrages. Il fut convaincu que l’éducation populaire devait intégrer la dimension du cadre de vie (« une forme pour notre temps ») et que « l’architecture est une forme silencieuse d’enseignement », selon l’expression de Georges Mesmin, directeur des constructions scolaires.

Au moment de la crise de la FFMJC en 1969, il refusa de céder aux pressions de ceux qui souhaitaient le voir rejoindre le délégué général démissionnaire Lucien Trichaud* qui avait pris l’initiative de susciter une nouvelle fédération qui donnera naissance à l’UNIREG (Union des fédérations régionales de MJC). Avec son cousin Paul Jansen, délégué général adjoint, il forma le tandem qui sauva la FFMJC face aux menaces ministérielles de Joseph Comiti et face aux risques de faillite. Jusqu’en 1975, le duo Paul Jansen, André Jager assura la survie puis le redressement de la FFMJC, André Jager se chargeant des aspects financiers, très liés à la FFMJC à la question des directeurs de MJC. Il mit en place en particulier le SIRP (service interrégional de la paie). En revanche, il ne s’occupa plus de l’architecture, le ministère de tutelle ayant sanctionné la FFMJC en 1969 en lui retirant ses prérogatives en matière de formation des directeurs, de diffusion culturelle et d’architecture. Au moment où le délégué général Paul Jansen prépara sa retraite, son cousin paraissait désigné pour lui succéder. Cette perspective avait la faveur du ministère qui voyait en lui un rempart contre l’influence communiste et surtout cégétiste qui avait pris de l’ampleur à la FFMJC depuis 1969. Le conseil d’administration de la FFMJC se prononça en faveur d’un concurrent, Claude Dade-Brenjot, un des leaders du syndicat CGT des directeurs de MJC. Celui-ci renonçant finalement à prendre le poste en octobre 1975, c’est donc André Jager qui devint délégué général. Mais une partie du conseil d’administration lui était hostile et mit en cause son action, jugée trop peu revendicative, dans l’opération Help, à l’automne 1976, destinée à interpeller les pouvoirs publics sur les difficultés des MJC et de l’éducation populaire. Les compétences de gestionnaire d’André Jager avaient rendu de grands services à la FFMJC au cours des années précédentes. Mais dans le contexte de radicalisation de la fédération sous la pression des directeurs, André Jager souffrait d’apparaître comme un homme d’ordre, voire de droite disent certains de ses adversaires, ce que n’était pourtant pas ce catholique de gauche modéré. En avril 1977, le conseil d’administration refusa sa titularisation et c’est un ancien responsable du syndicat CGT des directeurs, Gérard Kolpak qui lui succéda.

Licencié, André Jager continua à représenter à titre bénévole la FFMJC dans différentes instances, en particulier internationales, jusqu’à la fin des années 1980, où il mit à profit son goût pour les langues étrangères. Il fut vice-président de l’ECYC (Confédération européenne des centres de jeunesse) de 1978 à 1988. Dans les années 1990 et 2000, il voyageait et continuait à suivre avec son épouse l’actualité architecturale avec passion.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76322, notice JAGER André, Eugène, Pierre par Laurent Besse, version mise en ligne le 12 février 2010, dernière modification le 4 décembre 2018.

Par Laurent Besse

ŒUVRE : Aménager, équiper, construire pour les jeunes… et les autres, hors-série de Pas à pas, juin 1962. — Implanter, construire, aménager, équiper, financer les MJC, Paris, GM Perrin, 1966, 345 p. [hors-série de Équipement pour la jeunesse et les sports]. — Très nombreux articles sur l’architecture, en particulier dans la revue Pas à pas.

SOURCES : Entretiens avec André et Régine Jager, Marc Malet et Paul Jansen. — Arch. de la FFMJC déposées aux Arch. Dép. Val-de-Marne (513J). — Laurent Besse, Les MJC 1959-1981. De l’été des blousons noirs à l’été des Minguettes, PUR, Rennes, 2008.— État civil.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément