BONNAIRE Georges [pseudonymes dans la Résistance : Jean Bernard, Noël]

Par René Lemarquis, Jean-Marie Guillon

Né le 1er avril 1909 à Rouen (Seine-Inférieure-Seine-Maritime) ; employé d’hôtel, commerçant, directeur de journal ; militant communiste et syndicaliste CGTU puis CGT des Alpes-Maritimes ; interné pendant la guerre ; membre des Francs-tireurs et partisans (FTP), responsable départemental FTP et des Forces françaises de l’Intérieur (FFI) des Basses-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence).

Georges Bonnaire était le fils de petits commerçants marchands de charbon à Rouen, venus ensuite à Vichy (Allier) et Menton (Alpes-Maritimes) où ils tenaient des « magasins d’excursions ». Il fut élève à l’école communale jusqu’à dix ans puis, les cinq années suivantes, dans une école privée à Vichy. Il possédait le certificat d’études primaires et un certificat de fin d’études primaires supérieures. Il se brouilla avec son père (libre penseur) avec lequel il rompit en 1925. Sa mère mourut en 1927. Il se sépara en 1936 de son épouse, fille de catholiques pratiquants.
Bonnaire commença à travailler dans l’hôtellerie en 1924. Il fut chasseur à Menton et Nice en 1924-1925, postier puis concierge à Monte Carlo et Vichy de 1926 à 1936, également comme conducteur. Employé par saisons, soit d’hiver, soit d’été, il gagnait selon le poste de 6 000 à 10 000 francs et jusque 15 000 par saison (nourri et logé). À partir d’octobre 1936, devenu permanent des syndicats d’employés d’hôtels, cafés, restaurants (HCR) de Nice, il recevait 1 500 F par mois. Il eut comme employeurs des hôtels connus : Negresco, Plazza, du Parc, Majestic…
Membre, dès 1934, du mouvement Amsterdam-Pleyel, il fut amené au Parti communiste par une Niçoise Lili Grellet en juin 1936, mais il militait surtout dans le mouvement syndical n’ayant eu en cette année que la responsabilité de sa cellule où il suivit quelques soirs une école de rayon. Il forma en août 1935 le syndicat CGTU des employés d’hôtels de Vichy (après avoir « torpillé le syndicat national »). En octobre 1935, il devenait secrétaire général du syndicat des employés d’HCR. Après l’unification, il fut membre du conseil d’administration de l’UD dès l’été 1936 puis secrétaire général du Cartel CGT des travailleurs de l’industrie hôtelière de la Côte d’Azur. En novembre de la même année, il entrait à la commission nationale fédérale de l’hôtellerie et il fut délégué de l’Alimentation (Nice) au congrès de la CGT en 1938. Il écrivait des articles revendicatifs dans Le Cri et dans le journal corporatif Le Travailleur des HCR. Apprécié AS par la commission des cadres du PC, il était indiqué : École de section et École régionale. Il fréquentait également l’Aviation populaire.
Mobilisé en 1939, il fut fait prisonnier à Cornimont (Vosges) le 26 juin 1940, mais réussit à s’évader et à rentrer à Nice. Il fut assigné au camp d’internement d’Oraison (Alpes-de-Haute-Provence) le 28 octobre 1940 avec huit autres communistes des Alpes-Maritimes. Il fut contacté par Pierre Girardot* pour organiser le parti communiste dans le camp. Pour la Noël 1940, ils décidèrent de donner les oranges qu’on leur avait distribuées au maire (socialiste) de la localité pour les enfant des prisonniers de guerre. Il fut transféré au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn), puis à celui de Bossuet (Algérie) le 5 mars 1941. Sa mère étant malade, il obtint une permission pour revenir à Nice et y resta. Les conditions de cette libération furent jugées peu claires par le PC clandestin et il fut mis sur la touche, peut-être momentanément exclu. Affecté dans les Alpes-Maritimes pour développer le Front national en septembre 1942, Marcel Guizard le rencontra et, de ce fait, devint suspect au point d’être mis au vert un moment. Le fait est que Bonnaire fut blanchi et réintégré dans l’organisation clandestine, peut-être grâce à Jean Laurenti*. Il était alors épicier, gérant avec sa compagne Rosette L’Abeille dorée, 20 boulevard Joseph-Garnier. Ce magasin, servait de dépôt, de base de ravitaillement, de boîte aux lettres, de planque. Son nom apparut dans plusieurs enquêtes de la police de Vichy qui indiquait n’avoir pas de renseignements défavorables sur lui. Il était en relations avec des communistes des Bouches-du-Rhône arrêtés en avril 1943 et, peu après, apparaissait parmi les contacts des militants arrêtés à Nice. Il fut perquisitionné et interrogé le 20 avril 1943 et inculpé le 5 mai. Il était alors en fuite. Il aurait été envoyé dans les FTP du Puy-de-Dôme, puis dans les Basses-Alpes en décembre 1943 comme délégué à la propagande. Probablement en février 1944, il fut muté à Marseille comme commissaire aux effectifs régional, mais il fut arrêté par la police française vers le 20 mars. Henri Faurite*, commissaire aux effectifs interrégional, pris deux jours avant, en voulait beaucoup à Bonnaire qui aurait avoué qu’il était son chef. Bonnaire parvint à s’évader le 21 mars par les toilettes du commissariat central. Il fut renvoyé dans les Basses-Alpes. Son pseudonyme de Jean Bernard se changea en Noël. Son matricule était 62 420 (ou 62 150). Sa planque, peut-être dès avant sa mutation à Marseille, se trouvait au col du Trébuchet (commune d’Amirat, Alpes-Maritimes) à la lisière des Basses-Alpes. Il y tirait la propagande de la résistance communiste avec Odette Raybaud. Il créa Le Chant du départ, journal des FTP du département dont le premier numéro parut en mai et fut suivi de quatre autres. Ayant su qu’ils étaient dénoncés, Bonnaire aurait abattu leur délateur, gendre du maire de Saint-Pierre (Alpes-de-Haute-Provence) au col Saint-Raphaël. Il fut désigné comme officier de liaison des FTP auprès du commandement FFI quand celui-ci fut mis en place au début mai 1944. Son entregent fit merveille dans cette fonction et lui assura une promotion remarquable alors qu’il n’avait sans doute pas fait disparaître certaines suspicions à son égard. Participant aux réunions de l’état-major FFI et à certaines réunions du comité départemental de Libération (CDL), notamment lors du déclenchement de la mobilisation résistante après le 6 juin, il s’imposa et parut avoir probablement plus de pouvoir sur les FTP qu’il n’en avait réellement. Tant et si bien que l’état-major régional FTP refusa de le renvoyer à la base comme il en reçut l’ordre le 29 juin car il faisait un excellent travail. Il entretenait de bonnes relations avec toutes les composantes de la Résistance et jouait un rôle de conciliateur dans l’affrontement qui opposait représentants des Mouvements unis de la Résistance (MUR) et de l’Armée secrète (AS) d’un côté et ceux de l’Organisation de résistance de l’armée (ORA) et le capitaine Chaumont, chef départemental FFI et membre de l’ORA, de l’autre. C’est ainsi que, lors de la réunion du CDL du 15 juillet portant sur le financement de la Résistance, il rédigea une motion qui fut adoptée à l’unanimité alors que la tension était à son comble entre Louis Martin-Bret*, « patron » des MUR, et le chef départemental AS, qui ne bénéficiaient d’aucune aide alors que l’ORA percevait argent et armes et que Bonnaire reconnaissait avoir reçu pour les FTP 50 000 francs des services britanniques (probablement le réseau Jockey du Special Operations Executive). Cette motion entérinait le partage des financements reçus et interdisait tout contact entre le commandant FFI Chaumont et le capitaine Lécuyer, chef régional ORA. C’est cette habileté qui le fit choisir à la surprise générale (à commencer par la sienne) comme chef départemental FFI le 4 août 1944 à la réunion du col Saint-Jean (commune de Seyne-les-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence) où devait être tranché à nouveau le conflit AS/ORA. La proposition de nommer Bonnaire à ce poste vint du capitaine Lécuyer, chef de l’ORA. Le premier ordre du jour de Bonnaire devenu le colonel Noël date du 5 août. Il participa de façon triomphale à la libération de Digne, préfecture du département.
Homologué lieutenant-colonel le 27 septembre 1944, il commandait alors la subdivision des Basses-Alpes. Il était également membre du bureau départemental du Front national.
Retourné à Nice vers novembre 1944, il fut nommé à la tête du quotidien niçois L’Aurore du Sud-Est et du Patriote de Nice et du Sud-Est, journal du parti communiste des Alpes-Maritimes. Il fut exclu du parti à la fin de 1946.
Il rejoignit la région parisienne où se trouvait sa famille et serait devenu un industriel prospère.
Il existe une avenue du Colonel-Noël à Digne-les-Bains.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76327, notice BONNAIRE Georges [pseudonymes dans la Résistance : Jean Bernard, Noël] par René Lemarquis, Jean-Marie Guillon, version mise en ligne le 12 février 2010, dernière modification le 9 octobre 2017.

Par René Lemarquis, Jean-Marie Guillon

SOURCES : SHD 13P53 R2 BA/AM (Journal de marche du commandant Chaumont). — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône 8W51 et 8W 40 (cour d’appel d’Aix-en-Provence). — RGASPI 495-270 2903 (autobiographie fin 1936). — Michel Brot, ⎨Le Front populaire dans les Alpes-Maritimes⎬, Nice, Éditions Serre, 1988. — Max Burlando, ⎨Le Parti communiste et ses militants dans la Résistance des Alpes-Maritimes⎬, La Trinité, Parti communiste français, Fédération des Alpes-Maritimes, 1974. — Stéphane Courtois, thèse, op. cit., annexe n° 18. —Jean Garcin, ⎨De l’armistice à la Libération dans les Alpes de Haute-Provence 17 juin 1940-20 août 1944⎬, Digne, 1983. —René Gilli, ⎨1936…1946. Tranches de vie⎬, La Trinité, sd. —Pierre Girardot, ⎨La lavande et le Palais-Bourbon. Souvenirs pour une histoire du Parti communiste dans les Basses-Alpes⎬, Paris, Éd. Sociales, 1980. —Marcel Guizard, ⎨Mémoires de Simon 1941-1945⎬, Marseille, imprimerie Seilpca, 1990. —André Moine, ⎨Déportation et résistance en Afrique du Nord 1939-1944⎬, Paris, Éditions sociales, 1972. —Sapin et quelques autres (Général Jacques Lécuyer dir.), ⎨Méfiez-vous du toréador, des soldats sans uniforme témoignent de leur combat contre l’occupant...⎬, Toulon, AGPM, 1987. —Témoignage Henri Faurite 30 avril 1981.

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